Identification

Sans fin sera la quête, Colette Gibelin

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 16.06.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Sans fin sera la quête, éd. Sac à mots, 2016

Ecrivain(s): Colette Gibelin

Sans fin sera la quête, Colette Gibelin

 

Le cheminement poétique de Colette Gibelin s’accomplit dans la ferveur d’une quête sans fin. Où l’incandescence des mots embrase avec contenue les « balbutiements du vivre » et brûle d’une émotion retenue les fêlures de la vie, où la poète cherche « un surplus d’être ». Un supplément de flamme. Les titres de chaque partie expriment la quête inlassable de nos désirs turbulents, équilibristes fragiles, le vide au-dessus, du vide sous les pas chancelants de nos errances – « Grands chasseurs d’éternel », « Par-delà toute nuit », « Quel éclat perfore le noir ? », « Toute splendeur éclate ».

« Grands chasseurs d’éternel,

nous transitons

À travers l’éclat fragile des genêts

l’éblouissant miracle des cerises,

nous transitons

Vers d’autres paysages

et des brûlures plus nouvelles

Torturés d’infini,

nous transitons à travers

nos constructions les plus durables

Mais nos regards fixés sur des horizons sans limites

ne rencontrent peut-être

que nos prisons intérieures »

 

La poésie de Colette Gibelin s’inscrit au cœur de nos espaces de vie, déchirés, brûlés, blessés, et sa force est de celle de « l’ombre qui flamboie » et du scintillement d’une bougie plus fervente que nos émois. Si nos prisons, nos fissures sont intérieures, l’extérieur lui nous engloutit de ses « sons ruisselantsd’odeurs effervescentes », nous fait toupie « dans des crissements de lumière, / proies vivantespour des émotions carnassières ». La submersion et la saturation nous immergent toujours un peu plus, frêles esquifs dérivant.

 

« Nos sens résonnent de mille brûlures,

caresses, messages

Le monde extérieur nous pénètre

par chaque pore de notre peau

jusqu’à saturation

Nous sommes fissures

ouvertes aux naufrages

Et nous ne parvenons à retrouver

en nous

ce centre inaltérable

par lequel nous pourrions à notre tour

envahir l’univers ».

 

Mais notre quête reste inaltérable, et nos démons, de mauvais assaillants contre lesquels nous nous dressons durablement pour que ne s’abatte sur nous la forteresse du vide, habités que nous sommes et restons par la ferveur de vivre.

 

« Nous dérivons,

passants énigmatiques,

cherchant, toujours,

cherchant, têtus,

une autre incandescence ».

 

C’est cela, la poésie fervente de Colette Gibelin : le cri d’une traversée féline dans les soubresauts du temps et la quiétude recherchée, dont les feulements hurlent la douleur pour qu’elle s’achève ; dont les ronronnements rauques se tiennent à l’affût du vivre, prêts de bondir à chaque rebondissement du risque, du « feu d’être » et du « rugueux de la vie » pour faire face et non s’en effrayer, pour que chaque passant énigmatique que nous sommes « ose vivre / dans les éclats de l’éphémère », dans les ratures du temps où l’on trébuche ; dont les ronronnements sereins aussi parfois s’accordent à l’instant sauvage où se sentir apaisé, où « sur les débris d’hier, / les mots retrouvent leur fraîcheurtracent les routes nouvelles /jonchées de feuilles et des pétales pourpresde l’azalée perdue ».

Vertige d’être, la poésie de Colette Gibelin en transmet le flambeau…

 

Murielle Compère-Demarcy

 


  • Vu : 818

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Colette Gibelin

 

Colette Gibelin est née en 1936 à Casablanca, au Maroc. Elle y a passé son enfance et son adolescence, avant de poursuivre ses études supérieures à l’École Normale supérieure de Paris. Elle est nommée professeur de Lettres à Fez en 1961, puis en 1967 à Brignoles, dans le Var, où elle a pris racine et vit une retraite active.

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

(en cours de publication) Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole (à paraître été 2017)

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (FPM, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec Lignes d’écriture des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Traversées, Sitaudis.fr, La Pierre et le Sel, Texture.

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2017

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front