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Quand les ténèbres viendront, Isaac Asimov (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart 23.09.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Nouvelles, Science-fiction

Quand les ténèbres viendront, trad. anglais (USA) Simone Hilling, 700 pages, 10,20 €

Ecrivain(s): Isaac Asimov Edition: Folio (Gallimard)

Quand les ténèbres viendront, Isaac Asimov (par Patryck Froissart)

 

Les amateurs de science-fiction en général et les lecteurs d’Isaac Asimov en particulier devraient fort goûter cette volumineuse anthologie des nouvelles d’un des maîtres du genre. L’ouvrage ne rassemble pas moins de vingt nouvelles publiées dans diverses revues et autres anthologies entre 1941 et 1967, choisies par l’auteur lui-même dans l’impressionnant corpus de ses œuvres, et présentées ici dans l’ordre chronologique de leur publication originale.

Outre l’intérêt que représente, pour les aficionados d’Asimov, l’occasion de découvrir ou de redécouvrir des textes allant des plus connus pour les uns aux moins diffusés pour d’autres, ce florilège offre, en prologue à chaque récit, une présentation exceptionnelle, par l’auteur lui-même, de l’intrigue, de sa genèse, de l’historique et des circonstances de sa publication, des échanges circonstanciels avec les éditeurs des revues qui l’ont initialement accepté ou refusé. A ceci s’ajoute une auto-analyse de la création narrative souvent empreinte d’humour, parfois teintée d’autodérision, toujours pleine de saveur métalittéraire. Le procédé, rare quand il est appliqué de manière ainsi systématique, jette sur la pratique personnelle de l’écrivain un éclairage tout autant susceptible de plaire au lecteur lambda que de se révéler précieusement utile pour un éventuel exégète.

Illustration : Quand les ténèbres viendront, la nouvelle dont le titre est repris pour être celui de l’ensemble du recueil, est celle qui, révèle Asimov, l’a véritablement « lancé », et qui lui a valu, à l’âge de vingt-et-un ans, cependant qu’il se considérait déjà comme un écrivain professionnel, d’être soudain pris au sérieux, alors que ses deux douzaines d’écrits précédents, affirme-t-il avec agacement et humour, n’avaient guère fait sensation, la moitié d’entre eux ayant même purement et simplement été refusés.

Au fil des ans, je commençai à ressentir quelque irritation à m’entendre inlassablement dire et répéter que « Quand les ténèbres viendront » était ma meilleure nouvelle. Après tout, quoique je sois toujours aussi ignorant qu’alors en ce qui concerne l’Art d’Ecrire, il me semblait que la seule pratique aurait dû améliorer ma technique d’année en année…

D’évidence, l’auteur a eu le dessein de montrer, par la sélection qui a abouti à cette collection, toute la diversité de son inspiration qui, fondée sur ses connaissances scientifiques, s’inscrit d’abord en grande part dans le domaine de la science-fiction telle que la délimitent les puristes du genre. En ce cadre, pour la plupart, les histoires collectées ont pour décor multidimensionnel l’espace infini des univers inter et intra galactiques, pour contexte temporel l’anticipation sans bornes de futurs proches ou incommensurablement lointains, et pour acteurs tantôt des humains téléportés ou génétiquement modifiés, tantôt ou en même temps des êtres extraterrestres à qui l’imagination sans limite d’Asimov attribue des caractères physiques, philosophiques, sociologiques, sexuels, culturels, biologiques, robotiques des plus surprenants et des pouvoirs intellectuels, technologiques, expansionnistes des plus redoutables.

Ceci étant posé, tel récit paraît plutôt relever du surnaturel, comme l’angoissante nouvelle intitulée Et si…, tel autre du genre fantastique, c’est le cas de l’étrange texte Les mouches, tel autre de l’étude de caractère (Personne ici, sauf…), tel autre, paradoxe selon l’auteur lui-même qui avoue « avoir horreur du beau temps » et pour qui « la belle vie consiste à monter dans |son] grenier et à taper allégrement sur [sa] machine électrique », du militantisme écologique sous forme d’un hymne à la nature (Quelle belle journée !). L’une des plus belles surprises est probablement la présence de Introduisez la tête A dans le logement B, dont il convient de laisser au lecteur le plaisir de découvrir l’intrigue et les circonstances pour le moins originales de son écriture.

La parole est à l’auteur pour la conclusion de cette présentation, avec cet extrait, dans lequel il s’adresse au lecteur, et qui « donne le ton » de l’ensemble de ses commentaires :

Vous pourrez donc enfin vous rendre compte par vous-même comment mon style a évolué (ou comment il n’a pas évolué) au cours des ans.

Je suis trop ignorant en l’Art d’Ecrire pour être capable d’en décider moi-même.

Forcément savoureux…

 

Patryck Froissart

 

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A propos de l'écrivain

Isaac Asimov

 

Isaac Asimov, né à Petrovitch en 1920, mort en 1992 à New-York, est un écrivain américain d’origine russe, et a été professeur de biochimie à l’Université de Boston. Arrivé aux États-Unis en 1923, il travaille dans le magasin familial et vers l’âge de onze ans, il commence à écrire ses premières nouvelles. Il est surtout connu pour ses œuvres de science-fiction et ses livres de vulgarisation scientifique. Il a signé Paul French pour ses romans pour les jeunes. Il est le créateur de la robotique et une grande partie de son œuvre tourne autour de ce sujet.

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ipagination Editions); en mars 2018, Frères sans le savoir, Bracia bez wiedzy, Brothers without knowing it, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ipagination Editions), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc.