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Nos conversations célestes, Jean-Christophe Attias (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier 19.05.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Alma Editeur, Roman

Nos conversations célestes, Jean-Christophe Attias, janvier 2020, 344 pages, 18 €

Edition: Alma Editeur

Nos conversations célestes, Jean-Christophe Attias (par Gilles Banderier)

Quand un universitaire éminent, professeur à l’École pratique des Hautes-Études, auteur d’un excellent livre sur Les Juifs et la Bible (Fayard, 2012), entreprend un premier roman, il est naturel qu’il prenne comme toile de fond le milieu professionnel qu’il connaît le mieux (ou le moins mal) : le monde académique. C’est donc dans une université parisienne qu’un professeur disparaît, aussi complètement qu’il est possible de disparaître, tranchant tous les fils qui, de nos jours, pendent à la patte d’un individu. Si prestigieux soit-il, un professeur d’université est un fonctionnaire, pourvu de droits statutaires, mais également d’obligations, à commencer par celle de faire ce pour quoi on l’a recruté et pour quoi l’État le paie.

Plutôt que d’avertir la police (disparaître n’est pas illégal), le doyen de la faculté charge un collègue de Ben Halfman – ainsi se nomme le disparu – de le retrouver. Le professeur ainsi promu détective se voit flanqué de la secrétaire du doyen, histoire de former avec elle un improbable tandem cinématographique. Comment retrouver un personnage qui a coupé tous les liens avec ce qu’il est convenu d’appeler la civilisation ? En outre – nomen, omen – Ben Halfman n’était-il que ce qu’il prétendait être, un professeur atypique, ou était-il encore (ou en même temps) autre chose, un ange, par exemple ?

Le professeur et la secrétaire se lancent dans une chasse à l’homme qui les conduira de Paris à la Terre sainte, dans un monde mouvant, quantique, non-cartésien et non-euclidien, où les objets et les êtres ne sont pas obligatoirement ce qu’ils semblent être au premier regard.

De l’universitaire qu’il demeure, Jean-Christophe Attias a conservé l’habitude, déroutante dans un roman, des notes en bas de page. On accompagne avec plaisir ses personnages dans leurs déambulations à travers un univers enchanté, qui évoque Boris Vian, un monde bien reconnaissable (ils croisent de proches connaissances de l’auteur, comme la sénatrice Esther Benbassa), mais où la cloison entre nature et surnature se déchire en plusieurs endroits.

 

Gilles Banderier

 

Jean-Christophe Attias est historien des religions, directeur d’études à l’École pratique des Hautes-Études, spécialiste du judaïsme.

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A propos du rédacteur

Gilles Banderier

 

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Docteur ès-lettres, coéditeur de La Lyre jésuite. Anthologie de poèmes latins (préface de Marc Fumaroli, de l’Académie française), Gilles Banderier s’intéresse aux rapports entre littérature, théologie et histoire des idées. Dernier ouvrage publié : Les Vampires. Aux origines du mythe (2015).