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N’être que ça, Yves Namur (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres le 20.09.21 dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

N’être que ça, Yves Namur, éditions Lettres Vives, juin 2021, 96 pages, 16 €

N’être que ça, Yves Namur (par Didier Ayres)

 

Être, silence, oiseau

Cette poésie très claire et très travaillée, qui côtoie l’essentiel, est satisfaisante en tout point. J’y ai deviné par exemple, un tempérament, et vu nettement le poète lui-même, retrouvant dans l’écume de la réalité poétique, le sens du vrai et de la quintessence, en gros, d’une présence, de la Présence. Donc, l’être. Donc le Dasein de l’être, de l’être en train d’être.

Le poète est au présent – même si ce recueil a été rédigé durant une décennie. Car son poème tire vers le contemplatif, à la japonaise peut-être, en tout cas comme décantation de l’observation, qui, en silence, veille pour l’être, parmi les oiseaux, créatures qui ne sèment ni ne récoltent. La récolte du poète, c’est son poème et sa timide apparition, sa façon de faire place, de rendre vacant ou d’éblouir.

Oui, cette poésie baigne dans le silence, là où s’adosse le signe de l’écriture, qui ne vient pas troubler la paix du silence, mais la souligner et comme la saturer. Le métrage est nécessaire pour que la parole existe. Comme le vide et le néant sont nécessaires pour faire advenir la Présence. Et même, sinon grâce, à un travail de retrait, à celui des travaux de relecture qui se devinent tant le soin apporté à l’expression du poème est lumineux, comme gommés pour que la lumière soit plus pure, plus principielle.

– Naître et écrire : le poète en parle souvent comme étant une seule et même chose.

– Comme s’il s’agissait d’un seul et même verbe, une seule parole sortie de sa bouche.

– Une même attitude, dit-il, avec fermeté.

Le silence se confond avec la naissance, l’éclosion. Et de la simplicité de la relation de la vérité de l’être, de celle du silence ou celle de l’oiseau, il ne reste pour finir que l’être, le silence et l’oiseau dans une nudité belle et transparente. Pas de bavardage, pas de mots en trop, juste le frissonnement deviné d’un geai, la danse imaginée des alouettes, donc une vie exemplaire et propre à l’éducation évangélique de Saint François. Le jardin n’est pas l’Eden, mais un humble jardin privatif, sans doute attenant au bureau du poète. Et ainsi, c’est bel et bien François qui est sujet de cette attention.

Ces oiseaux migrateurs que mon regard a croisés aujourd’hui, le long de la Sambre, savent-ils seulement combien ils participent à cette écriture de la pensée ?

– Une écriture géante qui couvre des pages et des pages de ciel, me dis-tu gentiment dans la lettre reçue ce matin.

Ou

– N’être que ça, m’avait-elle dit, des miettes pour un oiseau. Oui, je veux bien n’être que ça.

Notons que N’être que ça est déjà un octroi merveilleux, presque mystique. Le poète garde sa mutité, retranchant ce qui ne sert pas directement la lumière. Et l’oiseau n’est que la plus petite créature, à portée de tous, qui souligne l’importance de cette naissance, ou un Naître que ça.

 

Didier Ayres


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A propos du rédacteur

Didier Ayres

 

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Rédacteur

domaines : littérature française et étrangère

genres : poésie, théâtre, arts

période : XXème, XXIème

 

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplômé d'une thèse de troisième cycle sur B. M. Koltès. Il a voyagé dans sa jeunesse dans des pays lointains, où il a commencé d'écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu'esthétique, il a trouvé une assiette dans l'activité de poète. Il a publié essentiellement chez Arfuyen.  Il écrit aussi pour le théâtre. L'auteur vit actuellement en Limousin. Il dirige la revue L'Hôte avec sa compagne. Il chronique sur le web magazine La Cause Littéraire.