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Murmures de l’absence, Gérard Mottet

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 21.09.17 dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Poésie

Murmures de l’absence, éd. Tensing, avril 2017, 103 p. 12 €

Ecrivain(s): Gérard Mottet

Murmures de l’absence, Gérard Mottet

 

Cette Note de lecture est dédiée à la mémoire de l’éditeur Éric Jacquet-Lagrèze, disparu brutalement.

Les auteurs publiés par les éditions Tensing appréciaient chez Éric Jacquet-Lagrèze son dévouement et sa générosité d’esprit remarquable.

Puisque ce livre de poèmes d’incomplétude a l’originalité de se clore par une citation en exergue à la toute dernière page, je souligne ce trait, au parfum de bruyère – celui connu par les poètes, cette bruyère d’Apollinaire entrevue sous les paupières lorsque celles-ci se recueillent ou lorsque l’on veut faire murmure au milieu du bruit qui nous prend parfois malgré nous :

« J’ai cueilli ce brin de bruyère

L’automne est morte souviens-t’en

Nous ne verrons plus sur terre

Odeur du temps brin de bruyère

Et souviens-toi que je t’attends ».

Ces vers reviennent vers nous comme ils disent la poésie de Gérard Mottet. Une poésie de claires-voies. Non pas la ferveur, mais la douceur ; non pas le feu, mais l’étincelle ; non pas la mélancolie, mais le Dire de l’Absence par le Poème. Car la poésie est recours, ici, incontestablement. Par la voix de la chair et du souffle. La voix de l’arbre et du ruisseau. L’efficacité de sa parole est tacite dans la voix du poète :

 

« (…)

 

Car la voix seule du poème accorde chair et souffle

de présence à l’inexistant

aux brumes de l’imaginaire

aux ombres indécises

aux légendes ensevelies

aux possibles dévoilements

au silence des gouffres infinis

à tout ce qui occulte la lumière

à l’invisible à l’inaudible à l’irréel

à la béance du désir à l’impossible… »

 

Le poète Gérard Mottet vient par la parole dire l’absence, « pour qu’elle vienne (l’)habiter ».

Ce dernier verbe doit s’entendre dans son agir fort – peut-être, probablement, au sens Hölderlin.

L’absence s’exprime sur le seuil.

Le murmure est ce canal de miroir brisé, où cependant « des fleurs d’offrande (embaument) la solitude».

Tous les titres de Murmures de l’absence sont éloquents, citons-en quelques-uns : Aux confins de l’absenceL’odeur des printemps révolusRemembrementLeurres du temps, … – toutes ces vagues, « murmures de l’absence en l’abîme de l’âme », déroulent la mouvance de ces lignes de partage existentielles trouées de silence, d’ombre, de sanglots. La structure formelle des poèmes de Gérard Mottet, leur rythme et leurs sonorités, coulent telles des sources vives au cours, lit, résurgences souveraines.

Le poète, par la claire-voie des murmures, tamise la lumière pour la refaire naître de l’ombre, et faire ressurgir « la douleur d’absence »…

« à disparaître dans l’éternité des jours »

… dans le récitatif d’un chant poétique – Petite suite d’ombre et de lumière – tel

 

« Refoulé par les flots

le coquillage vide

en son enroulement

murmure pour lui seul

l’absence de la mer ».

 

Avant de partirparenthèse du présent, l’Oiseau de l’amour murmure sur l’arbre-de-Vie les chemins de solitude. Jusqu’à demander d’écouter sa supplique :

 

« Écoute ma supplique

je te le demande une fois encore

dessine-moi de beaux nuages blancs

dans mon azur tout lisse et monotone

et sur la mer étale de mes songes

trace-moi les chemins des oiseaux voyageurs

 

(…) »

 

Texte très probablement intégré à la quinzaine des poèmes de l’adolescence du poète Gérard Mottet (sur les 72 textes composant le recueil)… auquel celui-ci, sans doute de maturité, fait écho, pour dire aussi le chant à claire-voie de l’Amour :

 

« ô combien mieux je te vois rayonnante

dans la lumière de l’absence

quand je ferme sur toi

d’amour t’enveloppant

l’enclos de mes paupières ».

 

Murielle Compère-Demarcy

 


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A propos de l'écrivain

Gérard Mottet

 

Gérard Mottet est né à Marseille en 1944. Agrégé de philosophie, il a consacré toute sa carrière à la recherche en éducation et à la formation des enseignants. Outre de nombreuses études spécialisées, il a publié La vidéo-formation aux Editions L’Harmattan (1997) et 4 ouvrages à l’Institut National de Recherche Pédagogique sur le thème Des images pour apprendre les sciences. Poète, il vient de publier Petite suite pour ombre et lumière aux Editions Encres Vives (mars 2016) ; Murmures de l’absence, aux éditions Tensing (avril 2017).

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer), Poezibao, Phoenix, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret,  …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Texture, …

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2018

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front