Michel-Ange, Eugène Delacroix (par Philippe Chauché)
Michel-Ange, Eugène Delacroix – L’œuvre et la vie d’Eugène Delacroix par Charles Baudelaire – Préface – Causerie murmurée à l’oreille des spectres – Gérald Duchemin – Editions Le Chat Rouge – 280 p. – 21 euros – 14 avril 2026.
« J’écris sur Michel-Ange : je sacrifie tout à Michel-Ange »
Eugène Delacroix – Journal 1822-1863 (1)
« Je ne connais pas de texte plus beau que le sien à propos de Michel-Ange, à part les pages irradiantes de sieur Henry Beyle, dit Stendhal, dans son Histoire de la peinture en Italie (1860). »
Causerie murmurée à l’oreille des spectres – Préface par Gérald Duchemin
« Eugène Delacroix était un curieux mélange de scepticisme, de politesse, de dandysme, de volonté ardente, de ruse, de despotisme, et enfin d’une espèce de bonté particulière et de tendresse modérée qui accompagne toujours le génie. »
L’œuvre et la vie d’Eugène Delacroix par Charles Baudelaire.
« Les ouvrages de Michel-Ange donnent incontestablement la sensation la plus épurée et la plus élevée qu’il soit possible d’éprouver par un art. »
« Ébloui de l’éclat d’un si grand génie, et regrettant d’en avoir donné une si faible idée, c’est bien à lui que nous devons appliquer ce qu’il disait lui-même de Dante dans ce vers :
« Quanto dirne si dee non si puo dire. »
« On ne dira jamais de lui tout ce qu’il faut en dire. »
Michel-Ange – Eugène Delacroix.
On ne peut que se réjouir de la réédition du Michel-Ange d’Eugène Delacroix par les Editions le Chat Rouge, qui ne manquent jamais d’inspiration, comme Michel-Ange et Delacroix. Un éditeur inspiré qui nous inspire. En parallèle à cette vivifiante lecture, nous nous sommes plongés dans le Journal de Delacroix, où ses passions, qui ne sont jamais tristes, défilent sous nos yeux au fil du temps. Des noms surgissent : Dante, George Sand, Rubens, Shakespeare, et se dessine le portrait d’un peintre savant et savoureux, curieux de l’histoire de l’art et de la pensée – Il faut, si je vais à Cannes ou ailleurs, me faire une bibliothèque portative des principaux bons ouvrages. La Bruyère, Montaigne, etc. Ce petit ouvrage nous offre la vie et l’œuvre, les instants et les doutes silencieux de Michel-Ange, le sculpteur et le peintre, l’homme des nuits inspirées, placés sous des heureuses protections, Laurent de Médicis – Ce prince, dont les lumières étaient supérieures à son siècle, avait en même temps l’esprit le plus fin et le plus propre à apprécier le beau. -, le pape Jules II – Au milieu des horreurs de la guerre, il relève les arts, il appelle à lui le mérite. -, le pape Paul III et le Jugement dernier de la chapelle Sixtine, qui plonge Delacroix dans un éblouissement, par sa force, son originalité, sa fidélité, non à des modèles plaisants, mais à son imaginaire, terrifiant imaginaire pourrions-nous préciser.
« Chacun des grands peintres s’est servi de la couleur ou du dessin qui allait à son esprit, qui surtout donnait à son ouvrage cette qualité suprême dont les écoles ne parlent pas, et qu’elles ne peuvent enseigner, la poésie de la forme et celle de la couleur. C’est sur ce terrain qu’ils se sont tous rencontrés et à travers toutes les écoles. »
Questions sur le beau – Eugène Delacroix
Dans ce recueil où l’admiration pour Michel-Ange se conjugue avec celle pour le beau, et Delacroix sait de quoi il parle quand il réfléchit sur le beau, celui qui saute aux yeux du peintre, et celui, plus subtil qui irrigue en profondeur les tableaux et les fresques, sans jamais chercher à épater l’amateur d’art. Ce portrait de Michel-Ange à l’œuvre, acteur de ses créations, de ses sculptures, de ses œuvres picturales, de sa vie, est passionnément servi par un beau style, ce classicisme qui va si bien à la nature du peintre, qui ne craint toutefois pas de bousculer les habitudes et les regards, sa Barque de Dante, en est l’exemple, le plus éclairant, le plus troublant, et peut-être le plus admirable des tableaux inspirés par La Divine Comédie. Michel-Ange ne sera pas confronté à une nouvelle Divine Comédie, mais au Jugement dernier qu’il portera durant six ans, l’absolue chef-d’œuvre commandé par le pape Clément VII pour la chapelle Sixtine, immense tâche, inouïe inspiration, que Delacroix nous fait vivre presque au jour le jour. En peinture comme en littérature, le style est un révélateur, Eugène Delacroix embrasse l’incroyable l’histoire de pierres et de couleurs de Michel-Ange, avec la distance du respect et de l’admiration, et son petit livre est une merveilleuse introduction aux œuvres des deux artistes, bien écrire lorsque l’on sait bien peindre, n’est pas donné à tout le monde. Les admirations ainsi portées sont des transmissions lumineuses.
Philippe Chauché
(1) Plon – Collection Les Mémorables - 1980
- Vu : 176

