Identification

Lisières d’instants, Pascal Mora (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres le 11.10.21 dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Lisières d’instants, Pascal Mora, éditions Unicité, mai 2021, 82 pages, 13 €

Lisières d’instants, Pascal Mora (par Didier Ayres)

 

Hic et nunc

J’ai été heureux de découvrir le dernier livre de Pascal Mora, où j’ai trouvé beaucoup de matière et néanmoins une espèce de sobriété poétique allant à l’essentiel. Cette impression est due à la concentration du propos, lequel se quintessencie, prend la poésie pour matière avec discrétion et finesse. Et cette poésie est dynamique, mouvante, oscillatoire, s’attachant au hic et nunc de façon hésitante mais toujours avec assez distance, visant à couvrir davantage que le poème lui-même – ce qui pour moi est proprement l’affaire de la poétique, qui ne se contente pas de son propre cercle de périmètre mais vibre, tremble dans la prosodie de l’écriture. De plus ce mouvement est ascensionnel, conduit vers une forme de spiritualisation du monde et de moments du monde. Cette poésie est chant et allant musical.

Nous sommes dans une poétique du lieu, dans une herméneutique du déplacement. On va avec le poète aussi bien à Meaux qu’à Antioche, autant à Bari qu’à Ostie. Cet aspect physique est rendu précieux par ce que Pascal Mora désigne. Villes, territoires sont plutôt des lieux métaphysiques, des lieux découverts par l’intuition du poète (y compris pour des lieux juste imaginés). Est-ce une aventure littéraire semblable à celle de Saint-John Perse qui, dans Vents par exemple, fonde une musique ? Ou bien dans une spiritualité anxieuse comme celle de Max Jacob ?

 

Je suis poussière cheminant

Dans les allées de la cité sacrée

En passant la main

Sur les murs des palais décrépits,

Dans leurs fissures

Par fumées des cuisines et du tabac.

 

Il ressort de ce recueil, de la lumière, un pontil vers l’inconnu et le précieux. D’autre part, par cette instabilité de la lecture, on ne cesse d’explorer ce que le langage autorise, avec parfois ici ou là des mots difficiles, des références bibliques ou des mythologies gréco-latines, ajoutant un panache très ajusté au propos. Se défaire de sa connaissance pour conquérir des territoires nouveaux, un imaginaire où la ville, le lieu, la lisière du poème sont autant de bord d’une forme, là est le goût principal de ces textes.

 

Didier Ayres


  • Vu: 355

A propos du rédacteur

Didier Ayres

 

Lire tous les textes et articles de Didier Ayres


Rédacteur

domaines : littérature française et étrangère

genres : poésie, théâtre, arts

période : XXème, XXIème

 

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplômé d'une thèse de troisième cycle sur B. M. Koltès. Il a voyagé dans sa jeunesse dans des pays lointains, où il a commencé d'écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu'esthétique, il a trouvé une assiette dans l'activité de poète. Il a publié essentiellement chez Arfuyen.  Il écrit aussi pour le théâtre. L'auteur vit actuellement en Limousin. Il dirige la revue L'Hôte avec sa compagne. Il chronique sur le web magazine La Cause Littéraire.