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Les indices de l’oubli, Arnaud Genon (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon 30.09.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits, Roman

Les indices de l’oubli, Editions de la Reine Blanche, août 2019, 112 pages, 12 €

Ecrivain(s): Arnaud Genon

Les indices de l’oubli, Arnaud Genon (par François Baillon)

 

On est probablement plus qu’un lecteur lorsqu’on se plonge dans Les indices de l’oubli d’Arnaud Genon. Comme Effie, sa fille de huit ans, on l’accompagne d’un bout à l’autre dans sa découverte ou sa redécouverte des photos de famille qu’il a placées, il y a longtemps, dans une pochette bleue. Et il faut dire qu’Arnaud Genon sait nous prendre par la main. A contre-courant d’une époque de plus en plus gagnée par l’accélération, nous sommes amenés à parcourir, presque une à une et quasi chronologiquement, les photographies qui constituent le passé de l’auteur – un passé parfois oublié à jamais, parfois retrouvé partiellement ou, de manière plus rare, complètement. Ce récit, dont les phrases descriptives tentent de saisir le réel dans son objectivité, a d’abord l’essence d’un texte technique, tel le photographe s’appliquant à une mise au point. Or, bien vite, ce travail de reconquête de son histoire ouvre des réflexions et des questions qui dépassent l’image elle-même, et c’est finalement bel et bien sur la mémoire, ses fluctuations, ses coffres-forts fermés à double tour ou ses armoires grand ouvertes sur le temps, que porte l’ouvrage. Ainsi rencontre-t-on au détour d’une pensée sur les contradictions du geste photographique : « l’expérience photographique se transforme immanquablement en une épreuve métaphysique » [p.102]. Aucune narration, aucune élaboration fictionnelle ne découlera pour autant de ces observations, comme le souligne Marta Caraion, la préfacière.

En prenant en compte le fait que nous avons tous, à un moment ou à un autre, posé les yeux sur un album de famille, malignement le récit nous relie à notre histoire personnelle, malgré nous, et il ne serait pas étonnant qu’à l’issue de la lecture, nous nous sentions conduits à sortir de leur cachette des photos de famille anciennes et à les regarder attentivement – comme je l’ai fait.

C’est que l’histoire d’Arnaud Genon, présentée sous cette forme, est l’histoire de chacun. Ce qui est assez extraordinaire, c’est que derrière la rigueur d’un travail méthodique sur l’image et ce qu’elle représente, l’ouvrage nous saisit soudain avec émotion et nous plonge dans des réflexions vertigineuses sur ce qui reste de notre existence passée, ce qui s’éloigne de nous et ce qui n’est plus. Une phrase résume admirablement les choses à cet égard : « L’acte photographique (comme l’on parlerait d’un acte amoureux) n’est jamais que la rencontre du sentiment de la perte d’un brin d’éternité et de la vaine tentative de le retenir pour toujours » [p.62]. Une personne apparaît comme au centre de cette œuvre « photolittéraire » : la maman disparue, dont l’absence est évoquée avec pudeur et comme une volonté de distance, qui contribue probablement à faire naître cette émotion particulière en nous. A ce titre, on ne saurait trop inviter chacun à prolonger sa lecture en visitant le site « Le chant des matelots », où certaines photos évoquées dans le livre, dotées d’accompagnements audio ou vidéo, nous sont dévoilées.

Par ailleurs, et presque logiquement, l’ouvrage accueille certaines photographies d’Hugues Castan, qui complètent idéalement le récit aussi personnel qu’universel d’Arnaud Genon.

 

François Baillon

 

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A propos de l'écrivain

Arnaud Genon

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Arnaud Genon est docteur en littérature française, professeur certifié en Lettres Modernes. Il enseigne actuellement les lettres et la philosophie en Allemagne, à l’Ecole Européenne de Karlsruhe. Visiting Scholar de ReFrance (Nottingham Trent University), il est l´auteur de Hervé Guibert, vers une esthétique postmoderne (L’Harmattan, 2007) et de L’Aventure singulière d’Hervé Guibert (Mon petit éditeur, 2012). Ses travaux portent sur l’écriture de soi dans la littérature contemporaine.

Il a cofondé les sites herveguibert.net et autofiction.org

Arnaud Genon est rédacteur à la Cause Littéraire.


A propos du rédacteur

François Baillon

 

Diplômé en Lettres Modernes à la Sorbonne et ancien élève du Cours Florent, François Baillon a contribué à la revue de littérature Les Cahiers de la rue Ventura, entre 2010 et 2018, où certains de ses poèmes et proses poétiques ont paru. On retrouve également ses textes dans des revues comme Le Capital des Mots, ou Délits d’encre. En 2017, il publie le recueil poétique 17ème Arr. aux Editions Le Coudrier.