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Les frôlements infinis du monde, Richard Rognet (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx 06.02.19 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

Les frôlements infinis du monde, mars 2018, 152 pages, 17,50 €

Ecrivain(s): Richard Rognet Edition: Gallimard

Les frôlements infinis du monde, Richard Rognet (par Philippe Leuckx)

 

 

Quelle déception quand le poème attendu, tant vanté par ailleurs, rassemble plus de défauts que d’atouts !

Et pourtant, les thèmes – une nature touchée du regard, une attention de tous les instants aux « frôlements » – ne sont pas étrangers, au contraire intimement proches.

L’écriture, alors, concède des agacements : ainsi, pourquoi ces incessants retour à la ligne, à d’autres vers, quand le poème en prose s’impose de lui-même aux yeux de son auteur ? Lisons :

Dans cette averse froide

où se sont invités

quelques flocons de neige

on voit le fragile azur

d’un monde qui ne veut pas finir,

un azur qui fut celui

d’un temps immémorial

où je vivais déjà, bien avant ma naissance,

dans cette averse qui se déchaîne

sur la terre et aplatit le jour,

j’aperçois des reflets inquiets

que n’adouciront pas mes rêves,

de joie, en équilibre sur ma vie… (p.50)

 

Pourquoi donc ? Je n’en ai pas la réponse. Le procédé m’apparaît artificiel. Cette manière de « découper » la prose poétique, de la « rogner » serait-elle indispensable ? En tout cas, le retour à la ligne rompt le rythme et me paraît moins clair.

Ce découpage, ailleurs est assez aléatoire :

 

Marcher vers l’inconnu

est un sublime éveil, marcher

avec la nuit, le jour

les traces du soleil… (p.90)

 

Nombre de poèmes souffrent de la lourdeur imposée par une enfilade de conjonctions et/ou de relatives et de fréquentes anaphores :

 

Et voici que j’entends la pluie

cogner la terre, la pluie qui m’annonce

une bonne nouvelle dont je veux ignorer

plongent ses racines. La pluie

est rouge… (p.44)

nous sommes du matin qui a besoin de nous

pour que son existence soit le signe

qu’un monde est prêt à lever ses paupières

sur nos maisons résistent, avec le présent,

les ombres multiples qui nous accompagnent… (p.111)

 

Ajoutons à ces pesantes phrases un recours immodéré aux verbes faire, être, à il y a…

Sinon, le ton douceâtre des poèmes (ces vocatifs, à l’adresse des mésanges) trouvera peut-être des lecteurs, peu regardants en matière de fluidité. Sans compter les clichés, les poncifs (azur – blancheur de la neige – temps immémorial, etc.)

Soyons juste : le titre est beau, qui, en rien, ne relaie l’écriture, ressassante, pesante, qui en évacue toute la musique. Ce n’est plus le frôlement, c’est l’éraflure.

Dommage.

 

Philippe Leuckx

 


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A propos de l'écrivain

Richard Rognet

 

Richard Rognet est un poète français né 5 novembre 1942 au Val-d'Ajol, dans les Vosges. Il vit actuellement à Dommartin-lès-Remiremont.

 

A propos du rédacteur

Philippe Leuckx

 

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Philippe Leuckx est un écrivain et critique belge né à Havay (Hainaut) le 22 décembre 1955.

 

Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature française, italienne, portugaise, japonaise

Genres : romans, poésie, essai

Editeurs : La Table Ronde, Gallimard, Actes sud, Albin Michel, Seuil, Cherche midi, ...