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Légèrement seul, Daniel de Roulet

Ecrit par Lionel Bedin 06.05.13 dans Recensions, La Une Livres, Les Livres, Récits, Phébus

Légèrement seul, Sur les traces de Gall, avril 2013, 12 €

Ecrivain(s): Daniel de Roulet Edition: Phébus

Légèrement seul, Daniel de Roulet

 

Ce qui fascine Daniel de Roulet c’est l’écoulement du temps. « J’aime me mettre dans la position d’un ancien (…) essayer de retrouver ce qu’il voyait pour le mettre en rapport avec ce que je vois ». Que pouvaient bien voir, dire, penser, des moines partis d’Irlande quatorze siècles plus tôt ? Et qu’est-ce qui a bien pu les décider à traverser l’Europe et fonder des monastères ? Pour le savoir, rendez-vous à Saint-Coulomb, à 9h15… « La plage où Gall et une dizaine de moines sont censés avoir débarqué ».

Daniel de Roulet est un marcheur solitaire, on le savait déjà. « Je marche sur des routes qui relient un point à un autre, c’est obstiné, je sais. Ni promeneur ni randonneur. Ça me vient de la course à pied ». Il le confirme ici, avec de longues journées de marche et de solitude. Et des soirées, aussi. Comme ici dans « le seul restaurant ouvert ce soir : un turc où j’arrose mon kebab de calvados ». Mais ces moments de solitude, en marchant ou à l’étape, sont propices à l’émergence, à l’affleurement de souvenirs et réflexions. Sur le voyage, par exemple. Gall ne voyageait pas avec une carte de crédit, le « nécessaire » du voyageur d’aujourd’hui par rapport au pèlerin de VIe siècle, qui emportait « l’essentiel » – en fait souvent tout ce qu’il possédait – : quelques livres et des vêtements. « Pèlerins du XXIe siècle, nous sommes des imposteurs, ce que nous appelons l’essentiel n’est que le nécessaire ».


Les villes défilent. Avranches, Falaise, Lisieux, Pont-Audemer, Le Havre, Fécamp, Rouen, Beauvais, Compiègne, Soissons, mais aussi la pittoresque Roncherolles-sur-le-Vivier, « commune labellisée protection du ciel et de l’environnement nocturne, village étoilé »… En chemin, Daniel de Roulet croise des gens qui semblent tous avoir la même question, « la même nostalgie d’un grand projet au-dessus de leurs forces, et une raison pour ne pas l’entreprendre ». Ce qui n’est évidemment pas le cas de notre écrivain marcheur. Qui avance, en constatant que bientôt certaines habitudes s’effacent, mais d’autres continuent de manquer. En attendant ce moment étrange vers la fin de la route, « l’appel du retour », ce moment où l’on n’est pas encore arrivé mais presque…

Les paysages sont variés, parfois exceptionnels : « La rue principale va droit à la mer et la mer me va droit au cœur. Elle a toutes les couleurs dont parle Delacroix et bien d’autres encore. Je ne pensais plus être capable d’autant d’émotion face à un simple paysage : le ciel, la mer, une falaise percée ». On aura reconnu ce « simple paysage »… Ailleurs ils sont aussi d’une beauté simple, mais une beauté parfois terrible. « On peut appeler ces endroits pittoresques, mais on doit aussi comprendre l’épouvantable misère de la vie par ici ».

Légèrement seul est un récit au style épuré, sans effets, à la fois récit de voyage, essai, livre sur un moment d’histoire, réflexions sur le monde, sur soi. On y croise Du Guesclin et Léo Ferré, de nombreux autres personnages dans les paysages de Madame Bovary, là où, malgré le temps passé, « arbres, prairies, la brume au fond des vallons et le ciel, tout est de Flaubert ». Daniel de Roulet ne veut pas qu’on le classe comme écrivain-voyageur, « une catégorie inventée par les éditeurs et les libraires ». Il dit qu’il est un marcheur. Pas un promeneur. La différence entre un promeneur et un marcheur ? « Le premier dort à la maison, le second change de lit souvent. Le premier habite, le second transite, n’écrit jamais sur la même table ». Voyage, quand tu nous tiens…

 

Lionel Bedin

 


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A propos de l'écrivain

Daniel de Roulet

 

Né à Genève en 1944, Daniel de Roulet a suivi des études d’architecte, programmé d’énormes ordinateurs, couru le marathon de New York et réalisé ses rêves avant d’inventer des personnages de fiction qui les vivent à sa place. Il est l’auteur de livres sur le voyage, la marche, les frontières, et d’essais comme Tu n’as rien vu à Fukushima.

 

A propos du rédacteur

Lionel Bedin

 

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Lionel Bedin est né en 1954 à Sancerre, il vit aujourd'hui à Annecy (Haute-Savoie). Il aime la nature, la musique - toutes les musiques, et la littérature. Toutes les littératures. Avec  une préférence pour la « littérature de voyage ».

En 2009 il fonde l’association La Route Bleue (www.laroutebleue.net) pour la promotion de la littérature de voyage et des écrivains voyageurs. L’association a emprunté son titre et cette citation à un récit de Kenneth White, son parrain.

Enfin, et toujours pour « dire et voir le monde », il crée en février 2010 une maison d’édition (www.livresdumonde.net ) pour publier les Bouvier, Maillart et Cendrars d’aujourd’hui et de demain…

Il est l’auteur d’un livre de chroniques « Un livre dans le sac à dos – 70 livres pour voyager » et coauteur d’une biographie consacrée à Sylvain Tesson.

Il partage sa passion pour la littérature de voyage – important : dans « littérature de voyage » il y a le mot « littérature » – en publiant des chroniques sur son blog et dans notre magazine.