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Le mendiant de Velázquez, François Rachline

Ecrit par Philippe Chauché 03.05.14 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Albin Michel, Roman

Le mendiant de Velázquez, mars 2014, 272 pages, 19,50 €

Ecrivain(s): François Rachline Edition: Albin Michel

Le mendiant de Velázquez, François Rachline

 

« Elevez-vous, Velázquez, je vous soutiendrai toujours ».

Vitalité du 17° siècle espagnol, vitalité de Velázquez et de ses Ménines, de La Famille. Le tableau prend vie à l’Alcázar, la demeure royale, il illumine aujourd’hui Le Prado, Palais des peintres, et n’aura cessé d’interroger Picasso, 58 toiles peintes en 1957 s’en inspirent directement. Tout espagnol sait que « la vie est un songe », Velázquez n’en a jamais douté et François Rachline en bon romancier ne saurait s’en défaire.  Songez donc à cette improbable rencontre entre le carrosse du peintre et un mendiant, Mendigo. Songez que le peintre va l’inviter à s’installer à ses côtés à L’Alcázar, un palais où les plus grands peintres dialoguent avec le sévillan, à devenir son modèle, son confident, son allié. Songez à ce qui se joue là, dans l’entourage de Philippe IV, les hommes de cour qui voient d’un œil noir ce peintre qui intrigue pour porter la croix de Santiago, et ce manant qui désormais le suit comme une ombre.

« Velázquez, sans quitter des yeux son ouvrage, se plut à évoquer des souvenirs. Il expliqua où et en quelles circonstances il avait acquis les œuvres rapportées dans la capitale, comment certains grands personnages s’étaient évertués à rendre plus difficiles ses démarches – notamment le secrétaire de Francisco d’Este, Gimignano Poggi. Il relata sa rencontre avec le peintre français du nom de Nicolas Poussin, dont il admira la technique, l’invitation de Claude Lorrain à venir en France, sa visite à son ami Ribera, dont la santé l’inquiétait vivement, ses discussions avec le célèbre Bernin, qui tournèrent à l’aigre au sujet de Raphaël, et bien d’autres rendez-vous plus ou moins utiles. De ses échanges naquit l’idée d’un tableau différent de tous les autres, dont la nouveauté ne frapperait peut-être pas aussitôt, mais dont il estimait, lui, qu’il ouvrirait une voie nouvelle ».

Vitalité du style de François Rachline, qui croit aux belles manières de l’intrigue, de la description acérée, du dialogue aiguisé, du trait de moraliste, qui a lu et bien lu ses illustres maîtres classiques. Il n’est ainsi pas interdit de penser à Cervantès. Mais ici le maître n’a d’autre chimère que celle d’achever ce tableau inouï, mais il faut pour cela développer une stratégie d’alliance fine avec le pouvoir royal,Mendigo en sera le témoin actif. Songez un instant que l’on croise dans ce roman un jésuite inspiré qui connaîtra l’exil pour avoir mis en lumière l’art de gouverner dans la vérité, l’homme du Criticón,observateur de la Roue du Tempsde l’Auberge de la Vieet les Caves de la Mort. Songez au temps qu’il faudra pour que ce tableau du théâtre de la cour prenne corps, qu’il dévoile sous les pinceaux et les brosses, le tempo.

« Il ne suffit pas de saisir la perspective, la lumière, l’attitude, il faut encore pénétrer dans l’esprit du sujet, savoir ce qu’il dirait en face de toi ».

Songez que La Famille ou Les Menines va non seulement bouleverser pour les temps futurs l’art de la peinture, mais aussi plus directement la vie du peintre – il aura sa croix rouge et une éternelle reconnaissance, celle de son mendiant complice qui va perdre la tête, au risque, on ne le saura pas, d’y laisser la vie, et du roi saisi par tant de vérité, ou de songe ainsi mis en lumière ?

« Le roi tendit sa main au maître, qui la prit humblement, et ajouta :

– Je vous ai vu concevoir cet enfant, mais, comme chaque fois que Dieu consent à nous octroyer un bienfait, je tombe d’admiration devant le miracle de sa naissance.

Sa Majesté eut alors un geste inattendu. Il envoya de sa main gantée un baiser à son peintre.

– Vous seul m’apportez de la joie ».

 

Philippe Chauché

 


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A propos de l'écrivain

François Rachline

 

François Rachline, né le 9 juin 1948 à Paris (16e) est universitaire français. Professeur d'économie à l'Institut d'études politiques de Paris, il est le conseiller spécial du président du Conseil économique, social et environnemental, depuis janvier 2011.

 

 

A propos du rédacteur

Philippe Chauché

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature française, espagnole, du Liban et d'Israël

Genres : romans, romans noirs, cahiers dessinés, revues littéraires, essais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Minuit, Seuil, Grasset, Louise Bottu, Quidam, L'Atelier contemporain, Tinbad, Rivages

 

Philippe Chauché est né en Gascogne, il vit, travaille et écrit à Avignon. Journaliste à  Radio France, il suit notamment le Festival d’Avignon. Il a collaboré à « Pourquoi ils vont voir des corridas » publié par les Editions Atlantica et publie quelques petites choses sur son blog : http://chauchecrit.blogspot.com