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La Variation lexicale des français, Dictionnaires, bases de données, corpus, Hommage à Claude Poirier

Ecrit par Matthieu Gosztola 28.11.14 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Editions Honoré Champion

La Variation lexicale des français, Dictionnaires, bases de données, corpus, Hommage à Claude Poirier, Annick Farina et Valeria Zotti (dir.), août 2014, 368 pages, 60 €

Edition: Editions Honoré Champion

La Variation lexicale des français, Dictionnaires, bases de données, corpus, Hommage à Claude Poirier

Nous tous qui nous passionnons pour la langue française, dans la « pluralité » qui en est le suc, le sang, dans la « diversité » qui constitue l’entrelacs de ses nerfs, que nous soyons lexicologues, métalexicographes, lexicographes, ou simples amoureux de la richesse ontologique d’une langue qui nous a permis de naître à nous-mêmes…, nous toutes, nous tous, nous demeurons des élèves… – l’étymologie de ce dernier terme, en tant que déverbal d’élever, « faire monter plus haut », n’est pas sans noblesse –, des élèves de Claude Poirier, promoteur sans relâche de la connaissance de la variation linguistique francophone.

En effet, la « variation lexicale du français » est le thème-clef auquel plus que tout autre Claude Poirier aura apporté sa dimension. Ce linguiste peut être considéré comme un précurseur dans la diffusion de la connaissance de la variation linguistique francophone et dans la promotion de cette variation. Au point d’imposer le pluriel à la langue française, l’observation scientifique des français ne pouvant plus, grâce à ses recherches, être ignorée. C’est le thème de cet ouvrage à plusieurs voix, bel hommage rendu.

Mais que dit-on au juste, lorsque l’on dit : « variation lexicale » ?

Comme le rappelle Jean Pruvost, du Laboratoire CNRS « Lexiques Dictionnaires Informatique », il faut « attendre le XVIIIe siècle et le développement des sciences pour voir apparaître la “variation du langage” signalée par Littré à travers une citation tirée de Condillac, “L’art de raisonner a suivi toutes les variations du langage et c’est ce qui devait arriver”, marquant bien combien le langage oriente la pensée, thème privilégié de Condillac et de Rousseau ». L’on s’approche alors – déjà ! – d’une définition plus précise donnée par le Trésor de la langue française en 1993 : « LING. Propriété d’un système linguistique de présenter des différences d’une part entre des états successifs (variation historique) et d’autre part entre des emplois dus à la localisation géographique, des emplois sociaux, institutionnels ou situationnels ».

Poirier, « [p]artisan d’une vision mosaïque de la langue française nourrie des apports de la multitude de lieux où elle est parlée et des cultures dont elle se fait le vecteur », note ainsi dès 1980 : « L’avenir du français comme grande langue de civilisation est sans doute lié […] à la capacité de cette langue d’intégrer et laisser s’épanouir ses variantes régionales ».

« Aboutissement […] d’un processus qui ne fait que réconcilier le français avec ses origines, la reconnaissance des différentes facettes de la langue française » est aussi « l’heureuse issue d’une véritable bataille que  Poirier n’a eu de cesse de mener, aux côtés d’autres linguistes », contre « ce qu’il considère comme une tradition malherbienne de la langue française : « […] il existe », écrit Poirier en 1990, « […] une contrainte d’ordre “idéologique” qui explique la piètre connaissance que nous avons de la variété du français sur le plan spatial ; c’est le fait que, parmi les éléments de variation, ceux qui tiennent à la localisation des usages sur un territoire donné ont été traditionnellement jugés de façon beaucoup plus sévère que les autres. Avoir un accent régional a été considéré comme un handicap dans le monde français depuis que Malherbe a sonné le glas de l’émancipation des parlers régionaux ».

C’est dans le sillage de ces travaux dont Robert Vézina, en ouverture à ce volume, dresse un tableau complet (dans « La lexicographie selon Claude Poirier : une contribution scientifique et sociale »), que les différents intervenants se situent. « [L]es textes présentés ici ont le but de mettre en lumière différents aspects de la variation lexicale et de participer, sur plusieurs plans, à la connaissance et à la reconnaissance de celle-ci », ainsi que le résument Annick Farina et Valeria Zotti.

Certains articles sont particulièrement pertinents. Il nous faut citer, et mettre ainsi en avant : « De l’autocensure à une forme de légitimation des belgicismes : avatars dans les représentations qu’ont les Belges francophones de leurs particularités lexicales de 1970 à aujourd’hui » d’Hugues Sheeren ; « L’antillanité est-elle traduisible ? Analyse des diatopismes de Éloge de la créolité dans sa traduction anglaise » d’André Thibault ; « La métaphore zoomorphe dans les dénominations féminines : analyse d’un corpus suisse » de Cristina Brancaglion ; « Pour une approche discursive de la variation lexicale en terminologie : les termes français de la Gender Equality dans les glossaires des institutions transnationales » de Rachele Raus ; « Dictionnaire de nos fautes contre la langue française de Raoul Rinfret : “Il nous faut apprendre le français tel qu’il existe en France” » de Gabrielle Saint Yves.

 

Contributions de G. Acerenza, D. Aquino-Weber, C. Brancaglion, S. Cotelli, A. Farina, K. Gauvin, A. Giaufret, C. Molinari, C. Nissille, J.-F.. Plamondon, C. Poirier, J. Pruvost, N. Raschi, R. Raus, P. Rézeau, G. Saint-Yves, H. Sheeren, A. Thibault, R. Vézina, V. Zotti.

 

Matthieu Gosztola


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A propos du rédacteur

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com