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La Une CED

Un Cri, chose et signe, Jean-Paul Michel (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 31 Janvier 2022. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Un Cri, chose et signe, Jean-Paul Michel, éditions William Blake, janvier 2022, 8 €

 

L’être

Il m’a été difficile de trouver une approche de ce texte court et dense. L’ensemble constitué d’un dactylogramme corseté par des italiques, l’utilisation de crochets, de parenthèses, de guillemets, de points de suspension, d’interrogation, de décalages linéaires et d’une mise en page savante, se prête à la conjecture. L’entrée du lecteur se trouve armée par le poème tel qu’il se présente, c’est-à-dire, comme un ouvrage complexe. Cette escorte accompagne le « dit » de l’auteur, celui-ci prenant la place d’un aède ou d’un fou.

Cette poésie est d’abord architecture (prise dans le plan d’un architexte si l’on veut). Le lecteur est visiteur. Et cette demeure poétique augmente le liseur. L’agrandit. Lui offre des perspectives, des lignes de fuite, des arêtes, des fenêtres et des huis. Le texte est maison vivante.

La Carte postale, Anne Berest (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 26 Janvier 2022. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Roman, Grasset

La Carte postale, Anne Berest, Grasset, août 2021, 512 pages, 24 €

Roman ? Récit autobiographique ? Ou alors essai, et bien plus recherche historique racontée par une documentariste de haut vol ? On se prend à penser aussi : archéologie d’une lignée, enquête. Mais quelle lignée que ces Rabinovitch, Juifs Ashkénazes d’Europe, quelle enquête sinueuse, longue et difficile, de l’après-première guerre mondiale à nos jours ; et quelle archéologue qu’Anne Brest, la descendante, se percevant si peu juive, tellement laïque et intégrée à son sol, mais – oui – juive avec majuscules, par le lien, l’histoire et finalement la culture au bout… On suit donc une démarche, à travers une histoire effarante, pour beaucoup d’entre nous, inouïe.

Le titre – passe partout, modeste – qu’elle a choisi, « la carte postale », est le fil rouge de la recherche, clignotant dans l’immense histoire racontée, tel un signal constant, mais sans éblouissement aucun ; une veilleuse, bien plus sûrement. Anne est celle qui raconte sa famille – première partie du livre, dont on sort sonnés – puis parle depuis son quotidien – seconde partie, enquête encore, d’une autre eau, non moins intéressante.

Le Thé se boit sans sucre, Marie Hourtoule (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 25 Janvier 2022. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Essais

Le Thé se boit sans sucre, Marie Hourtoule, éditions Douro, juin 2021, 380 pages, 21,50 €


Ce livre de la journaliste spécialisée en politique étrangère, Marie Hourtoule, propose un véritable art de vivre et ce, dès ces citations en exergue invitant le lecteur à la table d’un festin raffiné en parfums et plaisirs tout en saveurs. Le sous-titre, Chroniques d’un monde épicurien, est explicite et annonce à point les mets en mots qui attendent les lecteurs.

Marie Hourtoule, en convive du monde, curieuse de rencontres offertes par ses voyages et dégustatrice de conversations autour de la table à l’occasion de ses déplacements en tant que journaliste (« Il ne faut pas tant regarder ce que l’on mange que celui avec lequel on mange », affirmait Epicure), nous régale de réflexions sur notre temps, d’anecdotes croustillantes, nous convie à partager des vies aussi multiples que multicolores, ravivées par le partage de l’art culinaire dont l’anthropologue et ethnologue français Claude Lévi-Strauss disait qu’il symbolisait un vecteur de communication, révélateur de la structure d’une société.

Quand j’étais ton père, Guillaume Viry (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 24 Janvier 2022. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Théâtre

Quand j’étais ton père, Guillaume Viry, Les éditions Moires, novembre 2021, 88 pages, 13 €

Au tréfonds

Cette pièce de théâtre de Guillaume Viry m’a beaucoup touché dans le sens où je comprends dans ma chair cette relation du père au fils, qui relate quelque chose qui va aux tréfonds de la psyché, celle du fils tout autant que celle du père. Ma propre histoire familiale ressemble en un sens à celle que narre la pièce. De ce fait j’ai revécu, un peu « cathartiquement », mon rapport au père.

Les trois actes de ce texte filment, si je puis dire, les possibilités et les impossibilités de la conversation entre les deux protagonistes. Ainsi, puisque je viens de parler de catharsis, je me suis remémoré une conversation où nuitamment mon père adossait les destins de poète et d’industriel, avec évidemment un choix radical pour celui-ci. Donc, il s’agissait pour finir d’une fin de non-recevoir.

Ce commerce de la parole finit ici par confiner à la haine, et sans doute aussi à l’amour impossible venant du père, lui-même pris sans doute par une carence, un manque et peut-être, devine-t-on, un secret de famille. Donc : respect et colère, sentiment d’empathie et d’antipathie, d’approche et de rejet, de douceur et de violence, de connaissance et d’aveuglement.

Correspondance, Édition intégrale, Clarice Lispector (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 21 Janvier 2022. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Amérique Latine, Correspondance, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Correspondance, Édition intégrale, Clarice Lispector, décembre 2021, trad. portugais, Didier Lamaison, Claudia Poncioni, Paulina Roitman, 400 pages, 26 €

Confidences

Un choix important de la correspondance de 1940 à 1977, nous fait traverser une part du destin de la grande figure des lettres brésiliennes, Clarice Lispector. Ces archives privées contiennent des formes confidentielles d’écrits, et ce qui en résulte est tour à tour une activité d’écrivain qui écrit pour se dire que « ce qu’il offre est un trop-plein qui gonfle sa propre vie (…) qu’il trouve en lui-même ou autour de lui », et d’écrivant, selon la terminologie de Barthes, « lequel est un homme transitif, “celui qui pose une fin de témoigner, expliquer, enseigner”, dont la parole n’est qu’un moyen », une communication (Falardeau, J.-C. (1961), Écrivains et écrivants in Liberté). Corroborant cette analyse, en cela, Clarice Lispector se parle à elle-même, se répond, interroge et s’interroge, se livre et se délivre du trop-plein de son existence d’écrivaine. Par ailleurs, elle se positionne en écrivante quand elle rédige son courrier professionnel. Elle s’adresse à des poètes, dramaturges, romanciers influents tels Lúcio Cardoso, José Lins do Rego, Natércia Freire, Fernando Sabino, Érico Veríssimo, auxquels elle demande des avis sincères.