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La Dernière Lettre de Rimbaud, Frank Charpentier

Ecrit par Philippe Chauché 21.11.13 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

La Dernière Lettre de Rimbaud, octobre 2013, 256 pages, 18,50 €

Ecrivain(s): Frank Charpentier Edition: Gallimard

La Dernière Lettre de Rimbaud, Frank Charpentier

 

« La Providence fait quelque fois reparaître le même homme à travers plusieurs siècles » (A. R.)

Rien ne t’oblige à entendre dans « lève-toi et marche » de la Bible, « lève-toi et écris ce que tu es en train de vivre », mais aussi « marche et écris ce que tu as vécu dans les siècles et des siècles et ce que tu vivras ». Si tes phrases savent s’accorder au mouvement du verbe et du temps, de la Genèse au Grand siècle, alors une nouvelle lecture est possible, une nouvelle aventure est là, il faut la saisir et ce livre étrange t’y invite.

Et si Rimbaud, soi-disant poète éphémère de la jeunesse révoltée et insouciante, était pour qui sait le lire de face ou de biais un homme de l’immersion dans une langue et sa mécanique sacrée, un poète qui en sait beaucoup sur la mesure du silence et la couleur des phrases ? Rimbaud : écrivain de l’escapade vagabonde au centre du Livre, où tout déplacement dans le temps est un mouvement dans l’espace. Ici et maintenant à Paris. C’est aussi ici et maintenant, au Harar, de nouvelles Illuminations livrées par la poste et décachetées par Frank Charpentier. D’une lettre l’autre, comme l’on passe de l’enfer au paradis, de Verlaine à Noé, de l’Occident à l’Orient… Tout un roman !

« Définition de l’enfer : le centre est nulle part et la circonférence partout, ça s’appelle aussi l’enfer-me-ment ! Le paradis : la circonférence n’est nulle part, le centre est partout chez lui, infracassable noyau de lumière nature, et ensuite pas de limites, de mauvaises limites ».

Comme chez le gnostique Philippe, Rimbaud expérimente un retournement : la résurrection durant la vie – scandale des scandales. Immersion permanente dans le Livre,  autrement dit dans la liberté libre. Je fais ce que j’entends et n’attends rien de ce que l’on veut que je sois – l’inverse de la domination sociale. Le narrateur du roman de Frank Charpentier met l’œuvre du poète au diapason de sa vie et inversement. Ayant tout connu de l’état des hommes et de leur surdité, il peut musicalement traverser l’aventure de la poésie, et l’illuminer d’une autre lecture : l’hébreu en son jardin. Prendre chaque phrase, chaque poésie à la lettre. A. R. – Arthur Rimbaud, mais aussi A Réaliser –, L… – le Lien, elle seule –, sans s’encombrer des fariboles fumeuses et funestes que véhiculent les gloseurs assis. Roman évènement, La Dernière Lettre de Rimbaud est aussi un roman avènement.

« L… est assise en face de moi. Deux vodkas-pamplemousse, d’abord ; et, évidemment, une cigarette, plus une autre, pour moi, chaque fois savourée comme chacune des Muratti que j’allume, ces cigarettes italiennes que je fume depuis l’âge de dix-sept ans, c’est-à-dire depuis que j’ai décidé d’être sérieux exclusivement à ma façon mais aussi fidèle, et depuis plus longtemps encore jusque dans les plus petits détails très tôt choisis ».

Très tôt choisis, les poètes vous prennent au sérieux.

 

Philippe Chauché

 


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A propos de l'écrivain

Frank Charpentier

 

Professeur d'université. Auteur.

 

A propos du rédacteur

Philippe Chauché

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature française, espagnole, du Liban et d'Israël

Genres : romans, romans noirs, cahiers dessinés, revues littéraires, essais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Minuit, Seuil, Grasset, Louise Bottu, Quidam, L'Atelier contemporain, Tinbad, Rivages

 

Philippe Chauché est né en Gascogne, il vit, travaille et écrit à Avignon. Journaliste à  Radio France, il suit notamment le Festival d’Avignon. Il a collaboré à « Pourquoi ils vont voir des corridas » publié par les Editions Atlantica et publie quelques petites choses sur son blog : http://chauchecrit.blogspot.com