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L’ombre de la terre, Christine Fizscher (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando 08.01.19 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

L’ombre de la terre, Dumerchez, janvier 2019, 54 pages, 15 €

Ecrivain(s): Christine Fizscher

L’ombre de la terre, Christine Fizscher (par Sylvie Ferrando)

 

Le lent récit d’un oubli, le récit d’une ou de deux années, mois par mois, le récit d’un journal sous forme poétique, à la fois carnet de voyage et récit d’un amour fervent et passionné, puis manqué, non partagé, délité, le récit d’une rupture amoureuse, d’un oubli.

Voyage intérieur et voyage extérieur se mêlent tout au long des vers et des phrases au rythme parfois mélodieux, parfois haché.

D’une île de la mer Egée, puis de New-York jusqu’à Salamanque, en passant par Paris et Ville d’Avray, la poétesse-narratrice emmène son lecteur dans un voyage de réflexion sur l’ailleurs, l’amour, l’oubli et la rupture. Le voyage à la fois comme stimulant de l’amour et comme remède lorsqu’il s’est enfui.

Il s’agit d’un lent découpage du temps, mois par mois, parfois à rebours : l’été, août dans les îles grecques, à Hydra où :

« Je vais à la terrasse des cafés du port

attendre

qu’on drisse les auvents

[…]

dans la lumière sourde ».

C’est ensuite l’entrée progressive dans un hiver météorologique et sentimental ; le retour à Paris depuis New-York, en octobre :

« Dans l’intervalle du ‘jet-lag’ :

trottoir sous le soleil

où ni les pieds ni les yeux ne se posent,

veines et iris et paupières de coton,

la nuque plus molle qu’une tige,

je foule plusieurs mondes ».

A Ville d’Avray, où se trouve la maison de l’ancien amour, vide de l’amour absent :

« Il pleut

L’hiver nous rejoint

dans le parc de feuilles.

Mortes elles recouvrent

l’herbe et les arbres bas,

les perrons et les massifs,

les allées ».

[…]

« Aujourd’hui la clémence

de l’automne

Prodigue mille étés ».

Puis c’est décembre et l’approche de Noël :

« Je me suis réveillée comme une brassée de glaïeuls.

Rien ne me reliait assez fort au jour

et je me rendormis ».

[…]

« Mon âme est lourde comme un vol de canards

Sur une eau pleine de phosphate.

Les sapins se vendent à l’arraché ».

Arrive janvier, où une part du mystère est levée, car cette histoire d’amour enfui, enfoui, est un secret que dévoile peu à peu la poésie.

« Nos baisers furent rêvés

Ton bateau a quitté le port d’Hydra

Et depuis,

Nos mémoires se sont tues ».

Enfin, c’est avril et l’arrivée sur Salamanque, en autobus, depuis Madrid ; Salamanque, ville parée de souvenirs :

« Salamanque comme un palais du Rajasthan,

cité de la Renaissance »

[…]

« Cependant sur le bottin son nom

ne se trouve plus.

Plus de vingt ans j’ai gardé ce nom

tombé de lui-même ».

La poétesse-narratrice, seule, solitaire, mais non isolée, entrera « dans l’inconnu, l’esprit désert ».

 

Sylvie Ferrando

 


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A propos de l'écrivain

Christine Fizscher

 

Christine Fizscher est l’auteur de La nuit prend son temps (Seuil, 2007), et de documentaires sur l’Afrique. Elle réalise des entretiens avec des artistes pour Artnet.

 

A propos du rédacteur

Sylvie Ferrando

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Rédactrice

Domaines de prédilection : littérature française, littérature anglo-saxonne, littérature étrangère

Genres : romans, romans noirs, nouvelles, essais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Grasset, Actes Sud, Rivages, Minuit, Albin Michel, Seuil

Après avoir travaillé une dizaine d'années dans l'édition de livres, Sylvie Ferrando a enseigné de la maternelle à l'université et a été responsable de formation pour les concours enseignants de lettres au CNED. Elle est aujourd'hui professeur de lettres au collège.

Passionnée de fiction, elle écrit des nouvelles et des romans, qu'elle publie depuis 2011.

Depuis 2015, elle est rédactrice à La Cause littéraire et, depuis 2016, membre du comité de lecture de la revue.

https://www.edilivre.com/?s=Ferrando