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L’île au trésor, Robert Louis Stevenson (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy 25.10.18 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Aventures, Iles britanniques, Roman, Tristram

L’île au trésor (Treasure Island, 1883), septembre 2018, trad. anglais Jean-Jacques Greif, 302 pages, 19,90 €

Ecrivain(s): Robert Louis Stevenson Edition: Tristram

L’île au trésor, Robert Louis Stevenson (par Léon-Marc Levy)

 

Quel bonheur littéraire plus grand que de relire L’île au trésor ? Il n’en est guère d’imaginable, surtout quand nos souvenirs de la première lecture sont rabotés, mis à neuf, vivifiés par la grâce d’une traduction qui est en fait une véritable rénovation du texte de Robert Louis Stevenson. La langue des gens de mer explose à chaque page, rendue dans sa crudité, ses sonorités râpeuses, sa poésie brute. Aussi, c’est avec une joie rageuse que l’on retrouve Jim Hawkins, Long John Silver et les silhouettes inoubliables qui ont peuplé notre jeunesse.

Robert Louis Stevenson écrivait là le modèle suprême du roman d’aventure. On y retrouve le thème essentiel de l’initiation d’un enfant à la vie, le dépaysement absolu, les méchants et les gentils, l’amitié et la traîtrise, la peur et le courage. Rappelez-vous la scène du tonneau sur le pont du navire : qui n’a pas tremblé avec Jim découvrant, terrifié, les plans funestes et meurtriers de Long John Silver et ses acolytes ? Qui n’a pas ri aux bordées de jurons de Cap’n, le perroquet de la cuisine du navire ? Qui n’a pas applaudi aux victoires de Jim, Smollett, le docteur et toute la bande ? En un mot, qui n’a pas rêvé ? Et ce rêve, est celui du souffle de la grande aventure, celui qui tient les adolescents les yeux ouverts.

Cette édition est un cadeau à la part d’enfance qui jamais en nous ne s’éteint. La langue des dialogues nouvellement traduits, râpeuse et drôle, rend les personnages plus proches que jamais, plus réels que jamais. Dès le début, la rencontre avec le Capitaine annonce la tonalité :

« Comment vous faudriez m’appeler ? Vous faudriez m’appeler capitaine. Oh, je vois ce que vous attendez – voilà ! ». Il a jeté trois ou quatre pièces sur le seuil. « N’avez qu’à me préviendre quand j’ai dépensé ça »…

Le rêve de la mer se glisse en Jim comme un doux poison au rythme étonnant des paroles du capitaine, qui, aux oreilles de l’enfant, deviennent des morceaux tangibles de cet univers onirique. L’aventure est toujours poésie chez Stevenson et la traduction de Jean-Jacques Greif l’a parfaitement compris, qui compose une ode à la fiction littéraire.

« Les docteurs c’est tous des crétins ; et ce docteur, là, non mais y connaît quoi sur les gens de mer ? J’suis été dans des endroits aussi chauds que du goudron fondu, et des gars tombent comme des mouches de la fiève jaune, et la terre s’prend pour la mer à monter et à descendre et à secouer les maisons – y connaît quoi sur ces pays-là, l’docteur ? – et j’ai vécu de rhum, j’te dis ».

L’arrivée à l’Île au trésor est une scène qui n’a jamais cessé d’être reprise dans toutes les formes de fiction. On ne peut s’empêcher de voir le tableau qui s’offre aux yeux de l’équipe de cinéastes du premier King Kong de James Whale. Une vision de l’autre monde.

« Tous les hommes se pressaient déjà là. La ceinture de brume s’était élevée au moment où la lune était apparue. Nous apercevions deux collines basses au loin, dans la direction du Sud-Ouest, séparées l’une de l’autre de deux milles environs. Derrière l’une d’elles se trouvait une troisième colline plus haute, dont le sommet se cachait encore dans le brouillard. Toutes les trois avaient une forme conique ».

L’Île au trésor n’est pas une île. C’est une métaphore de tous les rêves dont les hommes sont capables. C’est – comme le dit le grand Will – « (…) such stuff as dreams are made on » la matière dont sont tissés nos rêves (La tempête, Acte IV, Scène 1).

Ajoutez l’écriture « legato » de Stevenson – Ah ! L’usage somptueux du point-virgule – et vous avez l’un des plus grands romans de l’histoire littéraire dans sa traduction la plus parfaite à ce jour. La quintessence du roman d’aventure et – par conséquent – le cœur de toute littérature.

 

Léon-Marc Levy

 


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A propos de l'écrivain

Robert Louis Stevenson

 

Robert Louis Stevenson, né le 13 novembre 1850 à Edimbourg et mort le 3 décembre 1894 à Vailima (Samoa) est un écrivain écossais et un grand voyageur, célèbre pour son roman L’Ile au trésor (1883), pour sa nouvelle L’Etrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886), et pour son récit Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879). Stevenson est parfois considéré comme un auteur de romans d’aventures ou de récits fantastiques pour adolescent, mais son œuvre a une tout autre dimension : il a d’ailleurs été salué avec enthousiasme par les plus grands de ses contemporains et de ses successeurs. Ses nouvelles et romans manifestent en effet une profonde intelligence de la narration, de ses moyens et de ses effets. Il exploite tous les ressorts du récit comme la multiplication des narrateurs et des points de vue, et pratique en même temps une écriture très visuelle, propice aux scènes particulièrement frappantes.

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil