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L'homme à la carrure d'ours, Franck Pavloff

Ecrit par Yann Suty 24.01.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Albin Michel, Roman

L'homme à la carrure d'ours. Janvier 2012. 208 p. 15 €

Ecrivain(s): Franck Pavloff Edition: Albin Michel

L'homme à la carrure d'ours, Franck Pavloff

 

Le verre à moitié plein ou à moitié vide ? S’agissant, ici, d’un livre, celui-ci est-il seulement à moitié réussi ? Ou à moitié raté ? C’est en tout cas un sentiment mitigé qui ressort de la lecture du dernier livre de Franck Pavloff, L’homme à la carrure d’ours.

Ce qui séduit, verre à moitié plein, c’est le cadre, plus qu’insolite, dans lequel se déroule l’action. On se trouve aux confins de la Russie arctique, dans un endroit appelé « la Zone » où un froid d’acier, souvent en dessous de -30°, fige toute vie.

Quelques années plus tôt, un ordre d’évacuation générale d’urgence a été donné par les autorités, et l’ancien site minier a été déclaré territoire à hauts risques. Des fûts de carburant nucléaires ont été enfouis sous la terre à la hâte, et des mineurs enterrés vivants. Un décret a assigné à résidence à vie les reclus de la Zone. Personne ne peut s’échapper. Et personne ne peut plus non plus y entrer.


« Nul n’a jamais franchi les frontières de la Zone ».

Ceux qui s’y essaieraient se feraient tuer par les snipers qui surveillent l’endroit.

Plusieurs communautés abandonnées à leur sort du jour au lendemain, qui ne connaissent que fatigue et privations, cohabitent. Ou plutôt se font la guerre.


« L’impasse de la Zone, ce n’est pas la réclusion imposée par d’invisibles gardiens dans un territoire figé aux limites floues, c’est le cœur des reclus racorni comme une peau mal tannée ».


Parmi ceux-ci, Kolya, le sculpteur d’ivoire, l’homme à la carrure d’ours du titre, qui n’aurait de toute façon jamais voulu quitter les terres sur lesquelles son clan vit depuis des siècles.


« Comme chaque jour depuis plus de vingt ans il continue de sonder les profondeurs, malgré son flanc qui le taraude, malgré la lassitude. Il refuse de prendre acte de sa désespérance, et aujourd’hui encore se persuade que les larmes qui mouillent ses joues ne sont que des gouttes de sueur ».


Il y aussi Lyouba, la dernière femme, ou la première. Elle qui a choisi de devenir muette plutôt que de se soumettre aux hommes de la Zone. Ils l’ont quasiment tous violée, espérant ainsi que naîtrait un enfant qui redonnerait l’espoir.

Tout est en place, mais ensuite, verre à moitié vide, il ne se passe pas grand-chose, un peu comme si les scènes d’exposition succédaient aux scènes d’exposition. L’intrigue ne démarre jamais vraiment, ce qui fait que l’auteur tombe un peu dans la complaisance en passant son temps à décrire le monde qu’il a créé.

Comme souvent quand on met en place un univers clos, l’auteur se retrouve dans une impasse et ne sait pas comment s’en sortir autrement qu’en sortant de l’endroit, ou en y faisant entrer quelqu’un. On devine aussi trop à l’avance ce qui va se passer, la tension dramatique s’éteint à petit feu, ou plutôt, gèle. Et c’est dommage, car le livre est porté par une écriture dense et lyrique, très travaillée et maîtrisée, singulière à tous points de vue.


Yann Suty


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A propos de l'écrivain

Franck Pavloff

Franck Pavloff, dont « Matin brun », traduit dans le monde entier, revient régulièrement sur la liste des best-sellers, se définit comme un " écrivain de l'ailleurs ", qui rend compte des exils intérieurs ou géographiques que les guerres, les drames, la corruption, le cynisme et l'intolérance ont engendrés. Ancien éducateur de rue, il a fait de la psychologie et des droits des enfants sa spécialité. Il a également passé plusieurs années à lancer des projets de développement communautaire à travers l’Afrique et l’Asie.

Aujourd’hui, il vit à Grenoble.

Il a publié aux éditions Albin Michel, « Menace pour la ville (1998), "Haute est la tour" (2003), "Le Pont de Ran Mositar" (2005), récompensé par le Prix France Télévision, "La chapelle des apparences" (2007) et "Le Grand Exil" (2009) pour lequel il a obtenu le Prix des Grands Espaces.


A propos du rédacteur

Yann Suty

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Membre fondateur


Yann Suty est écrivain, il a publié Cubes (2009) et Les Champs de Paris (2011), chez Stock