Identification

L’Affaire Du Collier, Evelyne Lever (par Vincent Robin)

Ecrit par Vincent Robin 07.01.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Histoire, Fayard

L’Affaire Du Collier, Evelyne Lever, Arthème Fayard Pluriel, 2004, 510 pages, 10 €

Edition: Fayard

L’Affaire Du Collier, Evelyne Lever (par Vincent Robin)

 

En évoquant intrigues et événements de cour dans la monarchie française finissante, ce récit procède à la reconstitution d’un puzzle historico-judiciaire dont, en dépit du recul éclairant fourni par des archives savamment conservées, l’assemblage n’aura jamais été finalisé. Au XVIIIe siècle, ainsi juste avant que n’éclate la Révolution française de 1789, explosait cette sulfureuse affaire dite « du collier ». L’évènement éclabousserait bientôt de façon retentissante ni plus ni moins que la tête de l’Etat avec l’implication de la reine Marie-Antoinette. Sur ce tableau marqué de prodigalités insensées, de mœurs aristocratiques oisives et dispendieuses, de justice absolutiste, serait également épinglée de façon cinglante et vengeresse l’image rocambolesque du grand aumônier de France, le cardinal de Rohan. D’autres rouages incarnés par de loufoques intrigants ou satellites de cour de piètre reconnaissance viendraient en outre articuler cette sorte de machination révélant la part belle faite à la cupidité et à la révérence malicieuse. Scandale soudain, où ce qui aurait probablement dû rester sous le boisseau s’exposa subitement au grand jour. Voyant la rejoindre de derniers prévenus couverts d’étiquettes et de disgrâce, la célèbre Bastille verrait en même temps l’investir ses tout derniers pans de lumière blafards et brisés.

Tant elle s’est répandue par ses branches filiales et possessions à travers le territoire national (et même au-delà) depuis son apparition bretonne que la maison de Rohan ne peut être ignorée de la dynastie du Bourbon, notamment en considérant sa représentativité aristocratique au siècle des Lumières. Fidèle à la tradition et à la réputation de sa lignée nombreuse, Louis de Rohan se voit à son tour désigné à des postes privilégiés de l’administration du jeune roi Louis XVI. De diplomate à Vienne à Grand Aumônier de France désigné par le monarque : inutile d’expliquer longuement que l’évolution clinquante de sa carrière honore tout particulièrement ce cardinal-évêque de Strasbourg jouissant de préférences en haut lieu et malgré des facéties personnelles sur lesquelles on ferme pudiquement les yeux. Sa relation étrange avec Jeanne de Saint-Rémy, autoproclamée comtesse de la Motte-Valois et prétendue familière du giron de la reine, l’entraînera pourtant dans la disgrâce et la déchéance, également suite à ce rôle complice et douteux qu’il se donna dans une acquisition de pierres précieuses curieusement destinées à l’épouse du roi « très chrétien ». N’étant semble-t-il jamais parvenus sur les épaules de la première dame de France, ces bijoux aux assemblages éphémères mais au coût faramineux se disperseront au contraire dans la nature d’assez étrange manière, aussi au préjudice de banquiers-financeurs tout au départ visant profits accrus et fastueux… A l’initiative du capétien absolutiste, et pour mettre à mal cette spoliation dégradant la réputation souveraine, arrestations et procès scelleraient sitôt les destinées hasardeuses des divers membres présumés ou avérés de ce complot…

Tirer d’un brouillard épais tout ce qui, dans une affaire de délit, scintille encore du plus petit effet lumineux, relève généralement d’une scrupuleuse investigation policière. Mais lorsque de tels effets environnants se trouvent de surcroît attisés par les vents brûlants d’un contexte socio-politique éminemment scabreux, sans doute la science et la manière de traitement des informations recueillies dépassent-elles alors l’étendue d’une démarche de pure routine judiciaire. En poursuivant avec brio sa recherche par-delà les frontières et en poussant sa quête jusqu’aux décryptages des correspondances de Marie-Antoinette avec sa famille autrichienne, bien sûr en consultant aussi les pièces transmises par la conservation, l’historienne Evelyne Lever réalise en cet ouvrage la performance d’approcher sans doute au plus près une vérité pourtant couverte d’un subsistant et soupçonneux chapeau du mystère. Comment la très soutenue innocence d’une Marie-Antoinette sortirait-elle intacte de ces intrigues mettant en relief son train de vie défiant de très criantes injustices contextuelles ?

Un plongeon de lecture dans lequel, alors, les hommes politiques actuels les plus convaincus des vertus supérieures de leurs orientations dirigeantes trouveraient sûrement incitation à examiner préalablement leur propre modèle. Et peut-être même selon les critères parfois si nettement revendiqués d’un examen de conscience.

 

Vincent Robin

 

Evelyne Lever occupait la fonction d’ingénieur de recherche au CNRS et devient spécialiste de l’histoire du XVIIIe siècle. Elle est aussi l’auteur de nombreux livres sur la vie de Marie-Antoinette et de Louis XVI. Passionnée par la vie de certaines femmes du XVIIIe siècle (comme la favorite de Louis XVMadame de Pompadour), Évelyne Lever retrace dans certaines de ses œuvres leurs parcours. Elle est l’épouse de l’historien Maurice Lever. Elle est membre du Haut comité des commémorations nationales jusqu’à sa démission en 2018.

  • Vu : 572

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Vincent Robin

 

Lire tous les articles de Vincent Robin

 

Rédacteur

Domaines de prédilection : histoire, politique et société

Genres : études, essais, biographies…

Maisons d’édition les plus fréquentes : Payot, Gallimard, Perrin, Fayard, De Fallois, Albin Michel, Puf, Tallandier, Laffont

 

Simple quidam, féru de lecture et de la chose écrite en général.

Ainsi né à l’occasion du retour d’un certain Charles sous les ors de la République, puis, au fil de l’épais, atteint par le virus passionnel de l’Histoire (aussi du Canard Enchaîné).

Quinquagénaire aux heures où tout est calme et sûrement moins âgé quand tout s’agite : ce qui devient aussi plus rare !

Musicien à temps perdu, mais également CPE dans un lycée provincial pour celui que l’on croirait gagné.

L’essentiel paraît annoncé. Pour le reste : entrevoir un rendez-vous…