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Jules Verne en la Pléiade, avril 2016

Ecrit par Matthieu Gosztola 24.05.16 dans La Une Livres, Les Livres, La Pléiade Gallimard, Critiques, Aventures, Roman, Science-fiction

Ecrivain(s): Jules Verne Edition: La Pléiade Gallimard

Jules Verne en la Pléiade, avril 2016

 

Voyage au centre de la terre, écrit en 1864, témoigne de l’engouement de Verne – qui peut apparaître par certains aspects comme un écrivain fantastique – pour la science. Celle-ci est devenue, à cette époque, comme en témoigne Arvède Barine dans un ouvrage paru en 1898 (Névrosés, Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval), « l’alliée, et, plus encore, l’inspiratrice de l’écrivain fantastique » et ce également parce qu’« elle l’encourage à rêver de mondes imaginaires en lui parlant sans cesse de mondes ignorés », que l’on aurait pu juger parfaitement impossibles.

Les voyages extraordinaires : l’on se souvient que c’est le nom qu’a donné Pierre-Jules Hetzel à la collection créée par lui pour abriter la production romanesque de Verne, écrivain on ne peut plus prolifique, puisqu’il est l’auteur de près de deux cents romans, nouvelles, poèmes, essais, pièce de théâtre, livrets d’opérettes et d’opéras comiques, volumes d’histoire et de géographie…

Ainsi, pour donner forme à l’extraordinaire, Verne fait-il usage, de romanesque manière, de la façon qu’a la science – tout à la fois frémissante et toute-puissante – d’affleurer au quotidien, à cette époque, dans les découvertes qui lui donnent et son aura et son mystère… Ainsi en est-il, par exemple, de l’électricité.

Remarquons du reste, comme le fait Jacques Noiray à propos des Voyages Extraordinaires (cf. Le romancier et la machine, L’image de la machine dans le roman français, 1850-1900) que « [l]’électricité n’a [ainsi] pas besoin, pour être efficace, d’être soumise à un ensemble d’appareils précis et vraisemblables. Il lui suffit de paraître et d’être nommée, opération purement magique qui confirme le caractère non scientifique mais surnaturel de l’électricité […] ».

En conséquence, image parfaite en cela de la science dans son ensemble, si l’électricité incarne le progrès, elle ne perd rien pour autant de « son aura magique et mystérieuse qui la prédestine à un rôle théâtral ou romanesque », ainsi que le constatent Bernadette Bensaude-Vincent et Christine Blondel dans Des savants face à l’occulte, 1870-1940.

Des voyages perçus comme impossibles, ces voyages de Verne ?

Comme l’écrit Villiers dans L’Eve future (roman paru en 1886) : « [t]ant [de] choses, d’apparence impossible, se réalisent autour de nous […] ». Et, de fait, « [a]utour de 1900, la science prêtait au mystère, la technique faisait rêver et cette euphorie scientifique et technique cohabitait avec une attention soutenue aux phénomènes occultes », comme le résument Bernadette Bensaude-Vincent et Christine Blondel.

Le roman en proie au merveilleux scientifique (dont Voyage au centre de la terre est le parfait – car le plus abouti – exemple) devient ainsi le « répertoire de l’irréalisé actuel », ainsi que l’écrit Jarry dans sa chronique intitulée De quelques romans scientifiques parue dans La Plume la première quinzaine d’octobre 1903.

Il s’agit bien avec le « roman scientifique » de l’« irréalisé » seulement « actuel » car, comme le remarque Sophie de Velder dans son article intitulé Fantastique et créatures artificielles : « La science-fiction dessine les contours non de l’impossible perturbant les lois qui gouvernent la réalité, mais du monde possible que la science nous promet ».

Il fallait semblable édition, érudite et d’une clarté sans ombre, dans la collection de la Bibliothèque de la Pléiade, pour nous donner toute la mesure de l’œuvre de Verne (et de ce chef-d’œuvre qu’estVoyage au centre de la terre), œuvre qui communiquera et son allant et son rêve à tout adulte, n’étant pas réservée aux seuls enfants*.

 

Matthieu Gosztola

 

* Cf. Isabelle Jan, « Le Voyage au Centre de la Terre est-il un livre pour enfants ? », in Jules Verne,écrivain du XIX° siècle, actes du colloque d’Amiens, 11-13 novembre 1977, Minard, 1978.

 

Jules Verne, Voyage au centre de la terre et autres romans, édition publiée sous la direction de Jean-Luc Steinmetz avec la collaboration de Jacques-Remi Dahan, Marie-Hélène Huet et Henri Scepi, 15 Avril 2016, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, n° 612, 1376 pages, 247 ill., 50 € (jusqu’au 31 décembre 2016)

 


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A propos de l'écrivain

Jules Verne

 

Jules Verne, ou Jules-Gabriel Verne sous son nom de naissance, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est unécrivain français dont l'œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures et de science-fiction (ou d'anticipation).

En 1863 paraît chez l'éditeur Pierre-Jules Hetzel (1814-1886) son premier roman Cinq semaines en ballon, qui connaît un très grand succès y compris à l'étranger. Lié à l'éditeur par un contrat de vingt ans, Jules Verne travaillera en fait pendant quarante ans à sesVoyages extraordinaires, qui compteront 62 romans et 18 nouvelles et paraîtront pour une partie d'entre eux dans la revue destinée à la jeunesse le Magasin d'éducation et de récréation. Les intrigues des romans de Jules Verne — toujours richement documentés — se déroulent généralement au cours de la deuxième moitié du xixe siècle, prenant en compte les technologies disponibles à l'époque (Les Enfants du capitaine Grant (1868), Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873), Michel Strogoff (1876), L'Étoile du sud (1884), etc.) mais aussi d'autres non encore maîtrisées, ou plus fantaisistes (De la Terre à la Lune (1865), Vingt mille lieues sous les mers (1870),Robur le conquérant (1886), etc.).

L’œuvre de Jules Verne est populaire dans le monde entier et, selon l’Index Translationum, avec un total de 4 702 traductions, il vient au deuxième rang des auteurs les plus traduits en langue étrangère après Agatha Christie1. Il est ainsi en 2011 l'auteur de langue française le plus traduit dans le monde. L'année 2005 a été déclarée « année Jules Verne », à l'occasion du centenaire de la mort de l'auteur2.

 

(Wikipédia)

 

A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com