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J’étais à deux pas de la Ville Impériale (9/10)

Ecrit par Didier Ayres 29.10.14 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

J’étais à deux pas de la Ville Impériale (9/10)

 

Dans une salle de répétition de l’Opéra Garnier


Merci.

C’est fait.

Une menthol ?

Reprends.

Après le do dièse.

Une menthol ?

Reprends.

Je dois dire ?

Ça compte plus que tu ne crois.

Deux somnifères et un flacon d’éthanol.

Tu veux dire, avant ce matin ?

Oui, au réveil, je n’avais pas dormi une minute et il appelle à sept heures ce matin pour parler du contrat.

En même temps une dose d’alcaloïde n’est pas si mauvaise prise avec douceur.

Ça compte, tu vois.

Elle et lui, c’est une catégorie d’artistes qui ne s’habillent jamais deux fois pareil ; je crois qu’elle a soixante-quinze paires de bottes griffées.

Moi, ça me déprime.

Les alcaloïdes ? Tu crois que c’est à cause de la glande spinale ?

Juste un milligramme. Un quantité infime.

C’est une destinée de toute manière. Non ?

1819.

Tout juste.

Ce n’est pas la version définitive ?

Lui, il dit qu’il faut connaître le fond, le fond politique et aussi ce qui n’est pas politique.

Trois milligrammes, c’est bien dit.

Un 5 août.

Il ne savait pas ce qu’il faisait.

Je refuse.

La paire de lunettes, oui, celle qui est derrière.

Juste avec les vertèbres cervicales.

Ils partent en Floride.

C’est horrible.

Ça tu peux le dire.

Je n’aime que Philadelphie, et Boston à la limite, mais le reste, j’en suis dégoûtée.

Tu vois, lui, sur la photographie de presse, cela lui plaisait beaucoup qu’on le voie dans cette soirée idiote où même Éliane ne va pas !

Ils ne savent pas ce qu’ils font.

Respecte la prescription, tu verras.

Ça guérit alors ?

Mon opinion ?

Négatif.

Négatif.

Et ton taux de transaminases ?

C’est lyrique, tu trouves pas ?

La Bavière ! tu me parles de la Bavière !

Enfin.

Rejoue le passage connu.

Connu ?

Oui.

Oui ?

Il n’a pas dirigé ce chœur de Britten depuis quinze ans.

Britten ?

Avec lui ?

En personne.

Et la petite Li ?

Ils disent : formellement interdit.

Non : déconseillé.

La tachycardie.

De la tachycardie ?

Une forme grave.

C’est de l’hypertension et ils donnent des vasodilatateurs.

Oui, c’est une sorte d’élément bizarre qui a scellé notre amitié.

Il était très doué.

Tout ce qu’il touchait.

On l’appelle Monsieur J’ai su.

Je vois.

Britten ?

Oui, à l’époque de Billy Bud.

Pour la musique de la Sainte-Cécile ?

Non, pas lui, le poète, Dylan Thomas.

Une œuvre qui date de 1957.

C’est un chiffre ; 1+9, 10, donc 1, 1+5, 6, 6+7, 13, donc 1+3, 4.

1963 : 1+9, 10 ? Donc 1, 1+6, 7, 7+3, 10, donc 1.

Il neige.

Je n’aime pas les oiseaux.

L’hiver.

L’hiver.

On considère que c’est une musique historique.

Nous le disons.

Ne pas dire.

Directement.

Sa sœur s’est jetée dans le Dniepr.

N’est-ce pas ?

Très typique.

Par rapport ?

À l’hypertension ?

Refais.

Je ne peux pas.

Une abeille, oui, regarde comme elle tourne sur le verre de liqueur du maestro. C’est beau, non ?

Britten ?

Gagné le prix Marguerite Long.

Impossible. Trop froid. Trop technique.

Pas d’âme.

Il veut garder le clavecin dans l’appartement !

Je me refuse à tout commentaire.

L’alcool ?

Lui, il dit, l’éthanol.

Des alcaloïdes en tout cas.

Rien. Non, rien.

C’est le secret de sa musique, et même quand il en approche simplement.

Une méthode ?

Faire tout à la mode.

Ne rien faire de la mode.

Refaire ce que fait la mode.

La Bible ?

Toujours à son chevet.

Avant il avait un Baudelaire. Un vieux.

C’était toi ? Mais, sur la photographie de Londres, oui.

Il a signé : le 6 XII 08 ? C’est bizarre, ça correspond à rien.

Tu vois, une sorte de mission, une occupation bien vivante.

J’ai plié parce que je ne pouvais pas aller contre la série de propos faibles qu’elle tenait. J’ai plié.

Mais, je suis ainsi, je retrouve la signification après, dedans.

Je suis à peu près certaine que c’est parce que j’ai de l’influence, une manière d’aura, que mes propos tiennent.

Je sais que cet hiver, elle voulait revenir. Mais, je ne pouvais pas abandonner mon travail.

Je veux dire m’employer à quelque chose. Tu vois, une sorte de mission, une occupation bien vivante.

Mais, j’ai plié. Il fallait mieux plier.

Tu connais le Café Central ?

Prends une tasse de vin chaud.

Tu aimes les mots croisés ?

C’est ma première matinée sans téléphone.

Cinq semaines.

Oui, et tout cela à deux pas de la Ville Impériale.

Huit semaines.

Huit semaines.

C’est une sorte de vie sacrée.

Moi, je ne pourrais pas.

Tu devrais dire : violente.

On ne sait pas.

Moi, ça m’indiffère.

Il faut regarder ailleurs.

Après ?

Oui.

Une visite, en six lettres ?

Ce n’est qu’un exemple.

Tu veux du vin ?

Il dit que d’après les physiciens d’aujourd’hui, il est avéré que le ciel est un cercle.

Tu as entendu ?

Non.

Un coup.

C’est la porte.

Il voulait s’orienter vers la psychanalyse.

Puis, rien.

Et les étoiles ?

Une spirale, un truc dans le genre.

Donc, il faut les réunir.

Les rassembler.

Comme dans un enclos ?

Oui, comme des brebis.

Une petite troupe gentille comme tout.

À lui ? Rien.

Ça ne faisait du tort à personne.

Il voulait savoir, c’est tout.

Ça le concerne cependant.

Douze années.

Et là les questions de successions ?

Il a évité.

Accueil en sept lettres ?

 

Didier Ayres


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A propos du rédacteur

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Rédacteur

domaines : littérature française et étrangère

genres : poésie, théâtre, arts

période : XXème, XXIème

 

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplômé d'une thèse de troisième cycle sur B. M. Koltès. Il a voyagé dans sa jeunesse dans des pays lointains, où il a commencé d'écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu'esthétique, il a trouvé une assiette dans l'activité de poète. Il a publié essentiellement chez Arfuyen.  Il écrit aussi pour le théâtre. L'auteur vit actuellement en Limousin. Il dirige la revue L'Hôte avec sa compagne. Il chronique sur le web magazine La Cause Littéraire.