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J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), Frédérique Martin

Ecrit par Fabrice del Dingo 14.04.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Nouvelles, Belfond

J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), janvier 2016, 224 pages, 17,50 €

Ecrivain(s): Frédérique Martin Edition: Belfond

J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), Frédérique Martin

De t’acheter surtout !

De son recueil de douze nouvelles intitulé J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), il ressort que l’univers de Frédérique Martin est personnel, étrange et parfois angoissant. A partir de situations d’apparence anodine, elle concocte de courtes histoires qui peuvent dériver jusqu’à la folie (Remugles) d’une plume tantôt légère, tantôt grave mais toujours belle.

Le titre du recueil est tiré de sa première nouvelle, Le désespoir des roses, histoire cruelle d’un jeune homme qui a décidé de vendre sa mère. Elle est veuve, elle commence à vieillir et il la propose contre la somme de 1500 € (avec le fauteuil où elle est assise). « Pour quitter l’enfance, vendre sa mère est indispensable ». Et il le faut bien : aucune femme n’accepterait d’épouser un célibataire qui garde encore sa mère auprès de lui. Après un marchandage sordide, il parvient à la céder pour un prix raisonnable. Rentré chez lui, il poursuit son existence misérable. « Je pleure sans pouvoir redresser la tête ». Parfois il croit reconnaître le pas de sa mère. « Je cours ouvrir la porte. Mais il n’y a personne dehors, rien d’autre que le désespoir tranquille des roses ». Moralité : ne vendez pas votre mère, elle n’a pas de prix.

Remugles débute comme une belle histoire d’amour. Laurent, le narrateur, a entendu le rire de Lilou, il l’a vue « pâle et blonde dans une robe de velours noir » et il en a été foudroyé sous le ciel bleu. « Son rire m’a rendu fou à lier » et ils se sont aimés tout de suite. « Je me suis noué à son odeur avec la ténacité de l’ombre quand elle s’attache au corps ». Puis, avec un art consommé du fondu-enchaîné, Frédérique Martin décrit le désamour : Laurent n’aime plus l’odeur de Lilou, suivi de son détachement quand elle accouche de leur enfant qui naît « dans la merde et le sang ». Laurent confesse « je n’ai jamais pu attraper cette larve pour lui couper son cordon ». De quoi vous dégoûter de la paternité.

Les alliances met aux prises Caroline et Nathalie, en apparence les meilleures amies du monde. Mais Caroline possède tout où Nathalie, fille de modestes coiffeurs, n’a que des dettes. Leur mariage respectif va faire voler en éclat leur belle amitié car Caroline s’est mis en tête de se payer le seul bien que possède Nathalie : son futur époux et de se faire surprendre par son amie en train de lui tailler une turlutte royale.

On sent que Frédérique Martin a été invitée à de nombreuses noces et qu’elle y a profité de divines libations !

Dans La prophétie de la goutte d’eau, Franz et Hélène se prélassent avec leurs enfants près de leur piscine lorsque qu’une explosion les projette au sol : ils vont être pris en otage par les brigades de l’eau qui veulent leur faire prendre conscience du gaspillage de cette ressource indispensable par certains pays. Une rafale fait taire leur chien. Attachée sur une chaise, Hélène cherche vainement son mari…

Le recueil se clôt par Les manquantes, récit de science fiction qui raconte la révolte des jeunesses féministes dans une société où les femmes n’ont plus aucun droit, pas même celui de sortir. Anticia, la mère de Poénui, projetait un départ massif vers les États nordiques plus favorables à la cause des femmes mais, trahie, elle a préféré se jeter dans le vide avec ses consœurs plutôt que de subir la loi des mâles. « Il pleuvait des femmes et tout (…) a été couvert de rafales de sang ». Elevée pas ses grands-parents, Poénui a grandi mais elle n’a jamais connu la liberté d’aller et venir. La raréfaction des femmes a rendu les hommes fous et ils sont prêts à tous les crimes pour s’en approprier une. Un récit qui fait froid dans le dos. Frédérique Martin voit-elle le monde s’orienter vers une société aussi terrifiante ?

Quoi qu’il en soit, il est urgent d’envisager d’acheter J’envisage de te vendre.

A noter qu’un court métrage est sorti à l’occasion de la parution de ce recueil de nouvelles. Il est visible en cliquant sur le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=xA_PgPRwTwE


Fabrice del Dingo

 


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A propos de l'écrivain

Frédérique Martin

 

Frédérique Martin a découvert la littérature très jeune et a rapidement fait preuve d’un goût prononcé pour l’éclectisme (Blyton, Cesbron, Flaubert, Anouilh, Vian…). Elle a publié des romans dont Le Vase où meurt cette verveine (2012), et Sauf quand on les aime (2014), un recueil de poèmes et un livre pour la jeunesse. Les nouvelles restent son domaine de prédilection. Elle vit près de Toulouse et anime des ateliers d’écriture. Modeste, elle croit que la vie l’a ratée mais elle se trompe !

 

A propos du rédacteur

Fabrice del Dingo

 

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A publié quatre livres dont des pastiches sous le titre global de « Rentrée littéraire ». Y figuraient notamment l’inénarrable Premier roman de Margarine Peugeot, la fille cadette de Dieu, et les testicules alimentaires de Michel Ouelleburne (éditions J-C Lattès).

 

Prix concours en 2010 pour « La tarte et le suppositoire » signé Michel Ouellebeurre (éditions de Fallois 2011).

A publié « Mein lieber Sarko » d’Angela M (éditions de Fallois 2012).

A également prêté sa plume à quelques ouvrages d’auteurs à la dérive

A concocté de nombreux pastiches en prose ou en vers : http://dominikdevillepai.e-monsite.com/

A collaboré à la revue Critic@.

A publié un roman, "Barcarolle" en Février 2014 aux Editions de Fallois sous la signature de Fabrice Amchin.