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J’ai vingt ans, Matthias Vincenot

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 10.04.18 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

J’ai vingt ans, éditions Fortuna, mars 2018, 68 pages, 10 €

Ecrivain(s): Matthias Vincenot

J’ai vingt ans, Matthias Vincenot

 

 

La poésie de Matthias Vincenot s’exécute comme une chanson nous insufflant l’air qui manque, une nostalgie douce comme le refrain d’une mélodie que l’on fredonne encore, avec du sang neuf dans les circuits / « dans les anfractuosités de la mémoire » parfois ombrageuses, dans le flux de nos artères, de nos escapades et par toutes les veines du poème.

« J’ai vingt ans », affirme le poète Matthias Vincenot, le temps après tout n’étant (presque) qu’accessoire, puisque seules comptent les minutes d’enchantement qui nous maintiennent en apesanteur ; puisque l’on garde l’âge intemporel de ses vingt ans tant que le cœur bienveillant offre la possibilité des rencontres accueillantes, des roses, des sourires et des durables choses. Ainsi ce sentiment d’« Être parmi nous » qui fédère les amitiés :

« (…)

Nous sommes faits de l’écorce

Des amitiés centenaires

Indifférentes aux ressacs, plus fortes

que la force des choses

(…)

Nous harmonisons nos déséquilibres

Précieux

Et quand il faut

Nous ne craignons pas le silence

 

L’implacable réalité

Nous la mettons à distance

Pour être un peu moins vulnérables

Il nous reste notre évidence ».

 

Matthias Vincenot bouscule la chronologie, nous offrant par le poème-étendard le sang toujours réactivé des chansons de demain. « Quand je serai jeune »… écrit-il du haut de ses vingt ans endossés à contre-temps dans l’air libre, la résistance à « l’implacable réalité » dressée avec les poings généreux du poème levé pour engager le bonheur de vivre. « Je serai libre pour toujours / Et je jouerai à avoir peur »…

Après le Vivre-Écrire d’Un autre ailleurs (son premier livre, aux Lettres du Monde, en 1998) jusqu’à Génération deux mille quoi(aux éditions Fortuna, en 2015), il entonne pour son 15erecueil : J’ai vingt ans, sur l’air du poème qui regarde en avant, l’espoir têtu, solidaire comme les vraies amitiés fortifient au-delà du temps qui passe et portent nos cheminements en les jalonnant de leurs belles références (« On est toujours l’ancien d’un autre ») :

 

« (…)

Dans le regard des autres

On est ce qu’on devient

 

Remontons en selle

Tant qu’on ressent le vent

Et qu’on reste rebelle

Au lent délitement

C’est que la vie nous porte

Que le regard des autres

C’est d’abord le nôtre

Que la réalité

N’est que ce qu’on en fait

Et qu’on passe parfois

Sa vie à la chercher

Un café en terrasse

Dans l’espace que fait

La brume des jours lointains

On se retrouve enfin

Comme on tente d’être

Plus ou moins »

 

Et « la froide réalité » peut bien se tenir face à la confiance accordée aux autres, à la ronde du temps que le poète affirme sans cesse à renouveler, à partager, sans saper les socles (« À vouloir tout effacer, on oublie ce qui doits’écrire »).

Une nostalgie salutaire pointe, forte de ses pieds-de-nez lancés au quotidien morose, restituant le poète dans sa posture authentique : posté à l’avant-garde du temps et n’oubliant pas les pierres édifiées dans le passé, il regarde le monde et en parle, lucide, et prend position loin de l’image édulcorée du poète perdu à perte dans ses rêves. Ici le rêve est salle d’attente pour un rendez-vous engagé sans arrêt (« Remontons en selle ») avec un réel revu et touché par les mots vrillés à « la force de la patience », désolidarisés des « importuns », « contre les empêcheurs de rêve », noués à l’espoir intarissable qui alimente les sources vives (« Et c’est lorsque la viesurprendQu’elle se fait// Et qu’elle peut être ce rêveDans la froide réalité »).

 

« Moi je suis de l’époque des albums photos

Du repos le dimanche, quand rien n’était

Ouvert

Quand on prenait la peine de cultiver l’ennui

(…)

Je suis du temps béni des débats politiques

Des joutes enflammées, des cohabitations

(…)

Nous avions nos passions, nous avions

nos logiques

Nous discutions aussi, nous prenions position

Je me souviens si bien de nos naïvetés

Et de la folle envie de ne pas renoncer

(…)

 

Dans la cour de récré, la guerre pour de faux

S’en croyant protégés, notre belle illusion

Les conflits étaient loin, dans la télévision

On pouvait sans problème avoir le cœur

sensible

On n’imaginait rien de tout ce qui viendrait

C’était avant le temps des guerres invisibles »

 

Le poète sait peser le cours du temps, chanter la course à contre-courant, aller en avant / de l’avant. Le poète Matthias Vincenot est ce chroniqueur-troubadour-là, à nous offrir « l’éternité dans un instant ».

 

Murielle Compère-Demarcy

 


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A propos de l'écrivain

Matthias Vincenot

 

Matthias Vincenot, né le 27 janvier 1981, Docteur es Lettres, Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, Professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne. Fondateur, organisateur et Directeur artistique, depuis 2003, du Festival DécOUVRIR de Concèze (en Corrèze) en partenariat avec l’Académie Charles Cros et France-Bleu Limousin, qui, chaque soir, accueille des poètes, des chanteurs, des musiciens et des comédiens. Devise de ce festival : « croiser poésie et chanson, univers et styles, dans un esprit d’ouverture et de découverte » : www.festivaldecouvrir.com

Douze recueils de poèmes, et de nombreux poèmes publiés en revues et en anthologies (chez Larousse, Seghers, Ellipses, au Cherche-Midi, au Temps des Cerises…).

 

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer), Poezibao, Phoenix, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret,  …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Texture, …

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2018

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front