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Il nous est arrivé d’être jeunes, François Bott (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux 21.05.20 dans La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon, Critiques, Les Livres, Essais

Il nous est arrivé d’être jeunes, février 2020, 272 pages, 8,10 €

Ecrivain(s): François Bott Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

Il nous est arrivé d’être jeunes, François Bott (par Patrick Devaux)

 

L’érudit François Bott nous donne, avec brio, des nouvelles d’une kyrielle d’auteurs dans Il nous est arrivé d’être jeunes, nouvelles récentes s’il en est ! C’est que le temps semble ne pas avoir d’emprise sur les auteurs recensés par l’ancien journaliste qui, naguère, dirigeait les pages littéraires de L’Express.

Dosage corsé, parfois humoristique de propos mêlant le temps, rencontres fictives entre plumes parfois distanciées entre elles de plusieurs générations mais faisant écho dans leur esprit rendu commun : « Tant pis pour le décalage horaire, la différence d’âge, la différence de siècle… Il faut les imaginer se promenant dans Paris et faisant ensemble l’école buissonnière, échangeant des idées et des rires, philosophant comme on se divertit, comme on s’amuse. L’un, c’est René Descartes, le héros, l’athlète de la métaphysique, le plus aventureux des aventuriers de la philosophie. L’autre, c’est Paul Valéry, l’artiste de la pensée ». Joignant ces appréciations littéraires à, notamment, celles du Discours de la Méthode, ou Monsieur Teste, l’auteur me fait encore davantage penser à Léon-Paul Fargue avec ce sens inné d’observateur.

L’auteur se fait sérieux par rapport aux tragédies du siècle passé comme avec son sous-titre Alceste à Auschwitz, quand il évoque Charlotte Delbo. Ainsi, ne quittant pas sa chaise dans les « Jardins du Luxembourg », endroit magique de Paris, François Bott nous invite à ses « croquis littéraires », autant de bonheur de lectures diversifiées prises sur une sorte de vif intuitif rendu à chaque courte évocation autant plausible qu’évocatrice.

Assez proche dans le ton des Propos sur le bonheur, d’Alain, Francis Bott aurait pour lui, dans ce beau parc, la vivacité de l’écureuil à cacher, de ci, de là, ses belles noisettes littéraires, son humour laissant pourtant place à la grandeur émotive quand il évoque des amitiés, telle celle de Pierre Drachline.

Quelques heureux cadavres littéraires exquis sortent ainsi, le temps d’une page et demie, du placard empoussiéré du soi-disant purgatoire littéraire, suscitant l’envie d’en savoir davantage quand l’auteur, parmi d’autres, nous parle de Jean Freustié : « Chez les vrais écrivains, le style compte plus que l’histoire. Il n’est pas nécessaire ni suffisant d’avoir assassiné sa grand-mère ou d’avoir été la maîtresse du président de la République, pour écrire de bons romans. Dans cette arrière-saison, il ne se passe rien, justement ».

Avec son avis sur tous, François Bott a le mérite de susciter la controverse. Sa sincérité est absolue. Donnant aussi parfois son avis sur un genre : « La nouvelle, c’est quelques séquences, quelques morceaux de vies fugitives », l’auteur nous restitue ainsi le sens d’une véritable bibliothèque personnelle avec le souci du détail ou de l’anecdote prenant d’ailleurs très souvent l’image de ses « croquis » à contre-pied.

Subsiste cette impression de mime qui change de peau à chaque évocation d’auteur, tant celui-ci s’en accapare le rôle : « Je préfère sa timidité, ses tourments, ses airs d’enfant égaré sur les Grands Boulevards. On me dira que Ducasse et Lautréamont c’est le même homme… C’est plutôt un homme et son double ».

On se demande où il va chercher à ce point, pour presque chaque auteur, l’anecdote qui le révèle : « A l’heure de mourir, Simon Leys ne cherchait pas ses lunettes, comme Thomas Mann ».

Sans classement autre qu’alphabétique, le grand Stefan Zweig clôture la joyeuse série des croquis, précédé, dès lors, de Vian, Villon, Woolf et de bien d’autres. Ainsi dit-il de Woolf : « Mrs Woolf était peut-être la romancière la plus tourmentée et la plus déprimée des îles britanniques. L’ovale, la pâleur de son visage, et la profondeur, la tristesse du regard, tout chez elle trahissait la fragilité de ses relations avec la vie. Du reste, c’était une récidiviste du suicide. Elle était pressée de s’en aller ».

Si j’avais son talent, j’ajouterais l’auteur lui-même à la lettre B de son brillant abécédaire…

 

Patrick Devaux

 

Après une licence de philosophie, François Bott débute comme journaliste à France-Soir. Il dirige ensuite les pages littéraires de L’Express puis fonde Le Magazine littéraire en 1967. L’année suivante, il rejoint l’équipe du journal Le Monde où il dirige Le Monde des livres pendant une dizaine d’années et au sein duquel il tiendra une chronique d’histoire littéraire. C’est en 1995 qu’il décide de quitter le journalisme pour se consacrer à l’écriture.

 

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A propos de l'écrivain

François Bott

Ecrivain et journaliste, François Bott a longtemps dirigé Le Monde des livres. Il a publié une trentaine d’ouvrages, romans, nouvelles, essais et portraits littéraires dont, notamment, au Cherche Midi, Sur la planète des sentiments (1998), Dieu prenait-il du café ? (2002), Femmes extrêmes (2003), Faut-il rentrer de Montevideo ? (2005), Femmes de plaisir (2007), Vel’d’Hiv (2008) et La traversée des jours (2010)

 

A propos du rédacteur

Patrick Devaux

 

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Patrick Devaux est né en Belgique sur la frontière avec la France, habite Rixensart, auteur d’une trentaine d’ouvrages auprès d’éditeurs divers en poésie, quelques prix d’édition, 3 romans parus dont 2 aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune; 2 recueils de poésie récents (2016 et 2017) parus aux éditions Le Coudrier ; membre de l’AEB (association des écrivains Belges) et de l’AREAW (association royale des écrivains et artistes de Wallonie), il a aussi de nombreux contacts en France ; il anime une rubrique « mes lectures » sur le site de la revue Vocatif www.moniqueannemarta.fr de Nice depuis 2013 et fréquente de près ou de loin les écrivains du groupe de l’Ecritoire d’Estieugues de Cours la Ville  et de l’association LITTERALES de Brest ; publie aussi dans diverses revues de poésie. Fréquente aussi les réseaux sociaux, faisant ainsi connaitre la poésie d’auteurs moins connus ou disparus.