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Ienisseï suivi de Russie blanche, Christian Garcin

Ecrit par Lionel Bedin 09.05.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Verdier

Ienisseï suivi de Russie blanche, février 2014, 96 pages, 11,80 €

Ecrivain(s): Christian Garcin Edition: Verdier

Ienisseï suivi de Russie blanche, Christian Garcin

 

 

Ça n’est pas la première fois que Christian Garcin voyage en Sibérie, ni la première fois qu’il propose des récits de ces voyages et de ses « croisière » sur un fleuve : voir par exemple le récit sur la Lena dans En descendant les fleuves, Carnets de l’Extrême-Orient russe, avec Éric Faye, (Stock, 2011). Il nous propose ici deux courts textes, dont le premier, Ienisseï, est un récit qui raconte ce qu’il voit, ce qu’il entend durant la descente du fleuve Ienisseï, de Krasnoïarsk à son embouchure dans l’Arctique. Et ça commence mal : pas assez d’eau pour que le bateau, l’Alexandre Matrosov, puisse naviguer… Un moment il est même envisagé d’ouvrir les vannes d’un barrage. Il y a toujours des problèmes, en Sibérie, et il y a toujours des solutions… Plus ou moins démesurées. La solution sera plus naturelle. Et l’on pourra partir.

Partir, longer des côtes. Accoster. Visiter les lieux, chargés d’histoires, rencontrer les habitants, plus ou moins résignés. Ici l’un de ces « villages des babouchkas », là où les hommes ont déserté, « vaincus par l’abus d’alcool ». Là, une « chanteuse dogane dans la lumière ocre du tchoum, entre odeur de chèvres et brouet de poissons de rivière ». Ailleurs, « des théories de conteneurs reconvertis en baraques de pécheurs, posées là comme des dominos de sucre roux sur une nappe claire ». Le bateau transporte des troupes d’artistes et de chanteurs qui se produisent depuis le pont lors des escales. Et quand il n’y a pas assez de fond pour s’approcher des côtes, ce sont les villageois qui viennent autour du navire sur leurs barques, pour écouter, et qui, enchantés, font demi-tour et retournent au village. Des instants probablement magiques pour tout voyageur.

Magique aussi, mais pour d’autres raisons : l’arrivée à Doudinka, là où ont débarqué des milliers de prisonniers du Goulag que l’on dirigeait ensuite vers les mines de Norilsk, ville qui apparaît aujourd’hui à l’auteur « violemment jaune et tragiquement schizophrène ».

La lenteur de la navigation redonne à l’auteur le « sentiment géographie » que nous avons tous un peu perdu, et ces moments sont ressentis comme « des tentatives de restitutions de l’espace, voire de sensations (même illusoires) d’appropriation de ces mêmes espaces ». Aller doucement, prendre le temps d’écouter, de voir, de comprendre. Comme le fait Christian Garcin, qui écrit ce voyage au-delà du cercle polaire comme s’il nous parlait, là, comme ça, assis à la terrasse d’un café. Tranquillement. Comme un long voyage qui se déroule. Et le récit du voyage – la causerie à la terrasse – est agrémenté d’informations diverses, actuelles ou historiques, sur les camps, les anciennes usines, le délabrement, les risques écologiques, les coups d’éclats des Pussy Riots. D’anecdotes, de rencontres, de brefs dialogues parfois un peu surréalistes. Russie blanche est une brève évocation de la Biélorussie – qui n’est pas la Russie. Deux promenades, un peu courtes, peut-être. Il y aura sans doute d’autres livres pour approfondir. Mais ces deux récits sont déjà des invitations au voyage, à l’écoute des autres.

 

Lionel Bedin

 


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A propos de l'écrivain

Christian Garcin

 

Christian Garcin, né en 1959 à Marseille, est l’auteur de nombreux ouvrages (romans, nouvelles, essais, carnets de voyage…), parmi lesquels : Le vol du pigeon voyageur (Gallimard, 2000), prix du Rotary International, Du bruit dans les arbres (Gallimard, 2001), La Piste mongole (Verdier, 2009), Des femmes disparaissent (Verdier, 2011), En descendant les fleuves (Stock) avec Eric Faye.

 


A propos du rédacteur

Lionel Bedin

 

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Lionel Bedin est né en 1954 à Sancerre, il vit aujourd'hui à Annecy (Haute-Savoie). Il aime la nature, la musique - toutes les musiques, et la littérature. Toutes les littératures. Avec  une préférence pour la « littérature de voyage ».

En 2009 il fonde l’association La Route Bleue (www.laroutebleue.net) pour la promotion de la littérature de voyage et des écrivains voyageurs. L’association a emprunté son titre et cette citation à un récit de Kenneth White, son parrain.

Enfin, et toujours pour « dire et voir le monde », il crée en février 2010 une maison d’édition (www.livresdumonde.net ) pour publier les Bouvier, Maillart et Cendrars d’aujourd’hui et de demain…

Il est l’auteur d’un livre de chroniques « Un livre dans le sac à dos – 70 livres pour voyager » et coauteur d’une biographie consacrée à Sylvain Tesson.

Il partage sa passion pour la littérature de voyage – important : dans « littérature de voyage » il y a le mot « littérature » – en publiant des chroniques sur son blog et dans notre magazine.