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Grand cru bien coté, Éric Dejaeger

Ecrit par Cathy Garcia 20.10.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits

Grand cru bien coté, Cactus Inébranlable éditions, septembre 2014, 90 pages, 7 €

Ecrivain(s): Éric Dejaeger

Grand cru bien coté, Éric Dejaeger

 

 

Grand cru bien coté (contrepétez ! vous dit l’auteur) c’est du Dejaeger pur jus (de chaussette) et il ne plaira pas à tout le monde, oh non, et d’ailleurs c’est bien le dernier des soucis de l’auteur : plaire.

Par contre déplaire, ça c’est déjà bien plus drôle pour celui qui aime à jouer avec les préfixes et en inventer des listes de mots rien que pour s’amuser. Ce cru bien coté (et son alter-scato) c’est la boule puante balancée sous la chaise du professeur, et quand c’est un professeur qui l’a pondue, le monde peut bien continuer à boire l’apéro. D’ailleurs, il est déconseillé de s’emparer de l’objet à jeun, comprenez : il est recommandé de le prendre en mode post-apérotoire, chacun décidera de la dose, pour ma part, ce fut cul-sec, mais c’est que je commence à savoir bien tenir le Dejaeger, sans avoir besoin de reprendre ma respiration, bien qu’un copieux pipi-caca soit au menu.

Dejaeger se foutrait-il de notre gueule ? Oui et plutôt deux fois qu’une, mais on ne lui en veut pas, bien au contraire, car à le lire on se sent moins con, ou pas moins finalement qu’un « cendrier en baudruche», « un pinceau sans poil », un « burin en caoutchouc » ou « un élastique en bronze ». Le cru bien coté contient aussi des blagues privées concernant un territoire belge un peu flou mais cependant assez peuplé de potes de Chimay bleues & calembours, qui comme l’auteur sans doute apprécient dans l’opéra qu’il soit l’anagramme d’apéro. Un carnet tout taché de potacheries.

« Ce type est nul. C’est le plus qu’on puisse dire ».

Mais tout de même, on en apprend un peu sur la vie, par exemple que pour s’endormir les prisonniers comptent les matons et qu’un cyclope bien élevé ne se fourre jamais le doigt dans l’œil en public, et on admettra qu’un cyclope qui louche n’est pas spécialement laid. On assistera à des scènes bucoliques comme devant la gare où « deux sales gamins jouent à crache-crache », sans doute deux de cesnécroliers dont la devise est No future ! mais qui finiront peut-être ébénistes chez IKEA ou surveillants de nains de jardin, voire détricoteurs de scoubidous. On se posera aussi des questions importantes comme : quelle est encore la date de la fin du monde cette année ? On apprendra que le proctocole estl’ensemble des règles à observer lors d’une défécation en public, ça peut servir, de même qu’on saura reconnaître le proctuor, cet ensemble de huit musiciens pétomanes et on découvrira d’incroyablesanimaux-valises et même valises-gigognes, trois en un, mais oui, de quoi occuper les soirées d’hiver (même s’il n’y a plus de saisons, sauf à la télé pour ces conneries de séries) ou les futurocrates, cesimbéciles qui se roulent les pouces en étant persuadés que ça ira mieux demain sur l’air connu de crétin entends-tu le vol noir des banquiers sur ton compte.

Alors, on se dit qu’on ne classera pas encore, pas tout de suite, Dejaeger dans la liste « des allumés qui feraient mieux de s’éteindre : ils participent trop au réchauffement climatique », car une chose est sûre « le dindon de la force s’oppose à la farce de l’habitude » !

 

Cathy Garcia

 


  • Vu : 1888

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A propos de l'écrivain

Éric Dejaeger

 

Éric Dejaeger (1958-20**) continue son petit mauvaishomme de chemin dans la littérature, commencé il y a plus de trente ans. Il compte à ce jour près de 700 textes parus dans une petite centaine de revues, ainsi qu’une trentaine de titres chez des éditeurs belges et français. Refusant les étiquettes, qui finissent toujours par se décoller et valser à la poubelle, il va sans problème de l’aphorisme au roman en passant par le poème, le conte bref, la nouvelle, voire le théâtre. Sans parler de l’incontournable revue Microbe, qu’il commet depuis de nombreuses années, de mèche avec Paul Guiot.

Derniers titres parus :

Buk you ! Ouvrage collectif autour de Charles Bukowski, Éd. Gros Textes (France, 2013)

Les cancans de Cancale et environs (recueil instantané 3), autoédition, tirage strictement limitée à 64 exemplaires (2012)

La saga Maigros, Cactus Inébranlable éd. (Belgique, 2011)

NON au littérairement correct !, Éd. Gros Textes (France, 2011)

Un Grand-Chapeau-Noir-Sur-Un-Long-Visage in Banlieue de Babylone (ouvrage collectif autour de Richard Brautigan), Éd. Gros Textes (France, 2010)

Je ne boirai plus jamais d’ouzo… aussi jeune (recueil instantané 2) autoédition, tirage strictement limitée à 65 exemplaires (2010)

Le seigneur des ânes, maelstrÖm réÉvolution (Belgique, 2010)

Prises de vies en noir et noir, Éd. Gros Textes (France, 2009)

Trashaïkus, Les Éd. du Soir au Matin (France, 2009)

De l’art d’accommoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry et de Je suis un écrivain sérieux, Les Éd. de la Gare (France, 2009)

Blog de l’auteur : http://courttoujours.hautetfort.com/

 

A propos du rédacteur

Cathy Garcia

 

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Rédactrice

Domaines de prédilection : littérature française et étrangère (surtout latino-américaine & asiatique)

Genres : romans, poésie, romans noirs, nouvelles, jeunesse

Maisons d’édition les plus fréquentes : Métailié,  Actes Sud

 

Née en 1970 dans le Var.

Premier Prix de poésie à 18 ans. Premiers recueils publiés en 2001.

A Créé en 2003 la revue de poésie vive NOUVEAUX DÉLITS. http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

Fin 2009, elle fonde l’association NOUVEAUX DÉLITS :

http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Plasticienne autodidacte, elle compose ce qu’elle appelle des gribouglyphes,  mélange de diverses techniques et de collages. Elle illustre plusieurs revues littéraires et des recueils d’autres auteurs. Travail présenté publiquement depuis fin 2008 et sur le net :

http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com

Elle s’exprime aussi à travers la photo, pas en tant que photographe professionnelle, mais en tant que poète ayant troqué le crayon contre un appareil photo : http://imagesducausse.hautetfort.com/ Ce qui  a donné lieu à trois Livr’art visibles sur internet dans la collection Evazine :

http://evazine.com/livre_art.htm