Gerhard Richter. New York 2023 (par Yasmina Mahdi)
Gerhard Richter. New York 2023, préf. David Zwirner, texte Dieter Schwarz, éd. David Zwirner Books, 2023, 192 p., 132 illust., 75$/68,91€
Publié à l’occasion d’une exposition à la galerie David Zwirner de New York en 2023, ce beau catalogue est riche de reproductions photographiques de qualité de peintures récentes de l’artiste Gerhard Richter, ainsi que de dessins, dont certains inédits. Gerhard Richter, né en 1932 à Dresde, a étudié à la Hochschule für Bildende Künste de Dresde, et a entrepris un second cycle d’études à la Staatliche Kunstakademie de Düsseldorf. Il y a cofondé un mouvement nommé « réalisme capitaliste » avec Sigmar Polke, Manfred Kuttner, Konrad Fischer. Son travail a fait l’objet de nombreuses rétrospectives à travers le monde, ainsi que des expositions à la Documenta de Cassel. Ses œuvres sont très recherchées par les collectionneurs et les musées, considérées comme des pièces majeures de l’abstraction contemporaine. Des toiles similaires de cette série abstraite se sont vendues pour plusieurs dizaines de millions d’euros aux enchères. Dieter Schwarz, commissaire d’exposition, directeur du Kunstmuseum Winterthur a rédigé le texte, connaisseur depuis 1985 des travaux de Richter. David Zwirner (marchand d'art allemand, fils de Rudolf Zwirner, fondateur d'Art Cologne), accueille une sélection de dessins, de peinture et une installation de Richter dans sa galerie parisienne. Une rétrospective a lieu à la Fondation Louis Vuitton à Paris.
Le plasticien allemand a exploré un certain nombre de styles et de techniques, des caractères généraux et particuliers de la peinture, notamment les sujets floutés qui l’ont rendu célèbre. Il a renouvelé en quelque sorte le sfumato, qui donne des contours imprécis au moyen de glacis, une texture lisse et transparente. Son médium plastique est étendu, virtuose, allant de la photographie aux images de magazines et aux collages qu’il transpose recouverts d’un brouillard léger qui interroge sur l’identité du sujet - ce qui participe d’une mise à l’écart du sujet, le livrant aux spectateurs comme un instantané, une vision fugace. Le catalogue d’exposition traite d’une certaine expression de Richter, celle de l’abstraction, une abstraction réfléchissante accompagnée d’une maîtrise des signes. 14 Abstract Painting sont visibles pleine page, de dimensions variables. La première période de cet ensemble, daté de 2016 et 2017, offre des tracés fluides à la brosse, des lignes méandreuses sur fonds en glacis. Des empreintes, une graphie sur la surface plane, donnent l’impression d’un morceau de paysage aquatique sous la pluie. Notons également que le flou est ajouté par des brosses en caoutchouc.
Dans l’huile sur toile (CR 945-1, 112 x 70 cm), l’on découvre un précipité, un sédiment de taches, de gouttes, de coulures brouillées. Des reflets verdâtres, roses, bleus, quelques touches de blanc émergent du noir de jais sur une autre composition (CR 945-3). Réalisée dans une exubérance et un foisonnement de la gamme chromatique, résultant d’une substance liquoreuse, la grande Abstract Painting de 2016 (CR 946-2, 200 x 250 cm), semble une campagne entrevue à la vitesse d’un train sous une averse battante. La matière jaillit, de haut en bas, la surface du tableau est entièrement occupée. L’on éprouve la sensation d’être absorbé par le miroitement de l’huile qui s’étale, gicle, se distille par réfraction, par réverbération dans l’espace. Les marbrures de rose vif, rose tyrien, de vert émeraude, de vert printemps, apportent un accent de fraîcheur, de joyeuseté. C’est un feu d’artifice pictural. L’éventail des tonalités va du mauve au rose et des couleurs chaudes qui se heurtent à une barrière froide de verts ou de bleus. D’autres productions, dont 2 toiles carrées de 120 x 120 cm et de 200 x 200 cm, s’apparentent à des dripping, des all over (qui semblent se prolonger au-delà des bords cadre), dans lesquels une calligraphie se révèle. Ces impressions abstraites peuvent traduire des paysages, des ombres, des silhouettes, différentes formes.
Sans doute plus âpre est la série des dessins de 2022, graphite sur papier (plus d’une cinquantaine), souvent de formats identiques (21 x 29,7 cm). Le tracé délicat des figures géométriques, des ronds, des points, des frottages, des traces à peine ébauchées, des cercles, se trouvent en surimpression. Là aussi, le flouté réapparaît, traité autrement. Dans la galerie David Zwirner, au sein d’un dispositif en métal, 4 panneaux de verre transparent font face aux dessins. Cage vide, cabine sans présence, élément architectural sans fonction précise, la création de cette installation instruit le public de la fascination du grand artiste pour le verre. Richter se tient à la rigueur, à l’épure, à l’inachevé.
Ses encres sur papier ont un aspect de laques diaprées, scintillantes grâce à un jeu nuancé de lumières. Les camaïeux de gris se fondent au blanc et au noir en émulsion. Ce rendu est aléatoire et parfois l’on croirait voir du métal en fusion. La série des jets d’encre sur papier, aux couleurs et formes déliquescentes, aux frontières poreuses, intitulée mood, évoque des éléments d’aurores boréales et des phénomènes célestes. Les couleurs complémentaires se vitrifient, s’incorporent les unes aux autres, apportent des contre-jours qui altèrent la vivacité du rouge et du rose.
Expositions :
Galerie David Zwinner, du 20 octobre au 20 décembre 2025
108 rue Vieille du Temple, 75003 Paris
Fondation Louis Vuitton, du 17 octobre 2025 au 2 mars 2026
8 av. du Mahatma Gandhi, 75116 Paris
Yasmina Mahdi
- Vu : 196

