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Entre fauves, Colin Niel (par Marc Ossorguine)

Ecrit par Marc Ossorguine 09.12.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Le Rouergue

Entre fauves, septembre 2020, 352 pages, 21 €

Ecrivain(s): Colin Niel Edition: Le Rouergue

Entre fauves, Colin Niel (par Marc Ossorguine)


Après la Guyane où il nous a emmené plusieurs fois, c’est en Afrique du Sud, plus précisément en Namibie, que Colin Niel nous transporte, avec un ancrage du côté des Pyrénées, au cœur du Parc National et de la Vallée d’Aspe. Au départ une photo qui circule sur les réseaux sociaux, celle d’une jeune chasseresse au regard dur, voire cruel, avec son arc à la main et derrière elle le cadavre de sa victime : un lion parmi les plus rares et les plus protégés. A la brutalité de cette image qui exhibe la mort et la fierté ou le plaisir d’avoir tué, répond une autre violence qui veut pourrir la vie de cette chasseresse au travers des réseaux internet, la livrer à son tour en pâture à un autre type de chasseurs. Mais personne ne sait qui elle est. Personne ne parvient à l’identifier. Mais c’est sans compter sur Martin, le garde expérimenté du Parc National qui va lui aussi se mettre en chasse…

Donnant à chacun la voix, à commencer par le lion lui-même, l’auteur se fait pisteur et nous entraîne sur les traces des différents protagonistes du drame. On pourrait même dire de la tragédie car il y a dans ce récit quelque chose d’inéluctable qui se déroule, comme un destin auquel nul ne peut échapper. Une « machine infernale » dont chacun est un rouage qui tourne malgré lui, par instinct ou débordé par des pulsions, même lorsqu’il garde la conscience la plus claire qui soit de tout ce qu’il vit, ressent et fait.

Chaque personnage témoigne de ce qui se joue pour lui, mais aussi par lui : Charles, le lion du désert à la crinière sombre, solitaire et légendaire, tueur innocent qui ruse depuis si longtemps contre les hommes et décime parfois leurs troupeaux ; Martin, le garde profondément révolté par ce que les humains ont pu faire subir, font depuis toujours subir à la nature et aux animaux ; Apolline, la jeune fille si discrète, éduquée depuis son plus jeune âge à la chasse par sa mère, disparue, et par son père ; Kondjima, le berger Himba, méprisé de tous et qui se rêve grand guerrier, sauveur de sa communauté. Autour de ces quatre-là, d’autres personnages vont aussi jouer leur rôle pour nouer les fils de la tragédie, un père admiratif, une amante secrète et fière, un chasseur très sûr de lui… et l’un des derniers ours pyrénéens.

Tout se joue bien « entre fauves » : certains sont humains, d’autre pas. Ou plutôt, certains le sont plus, d’autres un peu moins. Mais il semble bien qu’au bout du compte il n’y ait que des victimes. Victimes innocentes ou coupables, mais victimes.

Le lecteur peut être tenté de prendre le parti de tel ou tel personnage, mais cela n’implique pas de condamner les autres sans appel. S’ils ont tous leur part de responsabilité et de culpabilité, ils ont tous aussi leur part d’humanité et doivent composer avec ce qui s’impose à eux, à ce que d’autres humains leur imposent ou attendent d’eux.

Au-delà de la construction habile d’un roman prenant, qui croise les voix et les jours, d’un récit d’aventure qui nous immerge dans une nature menacée qui ne pardonne rien aux intrus – que ce soit sous le soleil du désert ou dans la neige profonde, la nuit et le froid des Pyrénées – se découvrent les violences qui habitent chacun des personnages, chacun d’entre nous, et que des événements ordinaires, si ordinaires, peuvent faire exploser.


Marc Ossorguine



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A propos de l'écrivain

Colin Niel

 

Né en 1976 en banlieue parisienne, Colin Niel vit aujourd’hui en Guadeloupe. Ingénieur en environnement, spécialisé dans la préservation de la biodiversité, il a quitté la métropole après ses études pour travailler en Guyane durant six années qui lui ont permis de côtoyer les nombreuses cultures de la région et notamment les populations alukus et ndjukas du fleuve Maroni. Il a voulu faire partager, sous la forme d’un roman policier profondément social et très documenté, le destin parfois tragique d’une partie des habitants de Guyane qui l’ont tant marqué.

 

A propos du rédacteur

Marc Ossorguine

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature espagnole (et hispanophone, notamment Argentine) et catalane, littératures d'Europe centrale (surtout tchèque et hongroise), Suisse, littératures caraïbéennes, littératures scandinaves et parfois extrême orient (Japon, Corée, Chine) - en général les littératures non-francophone (avec exception pour la Suisse)

Genres et/ou formes : roman, poésie, théâtre, nouvelles, noir et polar... et les inclassables!

Maisons d'édition plus particulièrement suivies : La Contre Allée, Quidam, Métailié, Agone, L'Age d'homme, Zulma, Viviane Hamy - dans l'ensemble, très curieux du travail des "petits" éditeurs

 

Né la même année que la Ve République, et impliqué depuis plus de vingt ans dans le travail social et la formation, j'écris assez régulièrement pour des revues professionnelles mais je n'ai jamais renié mes passions premières, la musique (classique et jazz surtout) et les livres et la langue, les langues. Les livres envahissent ma maison chaque jour un peu plus et le monde entier y est bienvenu, que ce soit sous la forme de romans, de poésies, de théâtre, d'essais, de BD… traduits ou en V.O., en français, en anglais, en espagnol ou en catalan… Mon plaisir depuis quelques temps, est de les partager au travers de blogs et de groupes de lecture.

Blog : filsdelectures.fr