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De bons voisins, Ryan David Jahn

Ecrit par Léon-Marc Levy 09.02.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Actes Noirs (Actes Sud), Roman, Polars, USA

De bons voisins (acts of violence), Actes Sud Actes noirs. Décembre 2011. Trad. de l’anglais (USA) par Simon Baril. 270 p. 21 €

Ecrivain(s): Ryan David Jahn Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

De bons voisins, Ryan David Jahn


Tiré d’un fait divers réel, ce roman est conçu comme une pièce de théâtre noire. « De bons voisins » se déroule autour d’une scène centrale : le meurtre, effroyablement violent, de Kat dans la cour de son immeuble. Autour, comme le choeur des tragédies antiques, les « voisins » qui regardent depuis les appartements, immobiles dans leur propre misère, leur peur, leur lâcheté, la perte de toute humanité. Aucun ne bouge.

La plume de Ryan David Jahn, dépouillée, sans effets de style ce qui rend encore plus insoutenable la réalité rapportée, se déplace alors comme une caméra dans un long travelling tournant autour de la cour centrale. Le décor fait irrésistiblement penser au célébrissime « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock. De chapitre en chapitre, le lecteur se déplace d’appartement en appartement, découvrant peu à peu les abîmes existentiels des habitants, torturés par la pauvreté, la dépression, la solitude, la vieillesse.

« Il signe.

Il relit deux fois son mot, hoche la tête et pose le crayon.

Il saisit le revolver et le presse sur sa tempe pour la troisième fois.

Il se demande pourquoi il n’y a pas de bonnes plaisanteries sur le suicide. Le suicide c’est assez drôle, quand on y réfléchit, c’est assez ridicule. »


Vous l’avez compris. Jahn signe ici une tragédie polyphonique. Celle de la « scène centrale » (l’est-elle vraiment ?) et celles de tous ceux qui regardent – victimes de la vie, de la sexualité, de l’horreur du quotidien, de la condition humaine. Victimes comme la malheureuse qui se fait larder de coups de couteau dans la cour et à laquelle personne ne porte secours.

Comme ce flic écrasé par son métier et les images qui le hantent :


« Quand on est arrivés, il était sur le bord du trottoir. Assis. Les bras croisés sur les genoux. Il nous a regardés et nous a souri. Il a levé un bras pour nous saluer. « Bonsoir » il a dit. Un type comme les autres, à part qu’il y avait deux points sur son front. Deux points rouges. Un juste au milieu du front, l’autre au-dessus de son sourcil gauche. »


Ce livre nous parle du temps d’aujourd’hui, de nos abandons, de la fin des solidarités, de la paranoïa qui s’est installée sur les groupes sociaux. Ce livre nous parle – dans la grande tradition du roman noir - de la Ville et de sa noirceur. De son indifférence. De sa brutalité. Une Ville qui n’est plus faite pour les hommes.


« Personne n’a vu ce qui se passait ici ? demande-t-il, regardant d’un visage à l’autre. Personne n’a appelé la police ? »


Tout le monde a vu. Mais c’était personne.

Beau livre,  très très noir.


Léon-Marc Levy


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A propos de l'écrivain

Ryan David Jahn

Ryan David Jahn écrit depuis l'âge de dix ans. Son premier roman De bons voisins (Actes Sud, 2012), déjà traduit en allemand, néerlandais, espagnol, italien, japonais, chinois, islandais, danois et norvégien, a remporté le prix du meilleur premier roman décerné chaque année par la Crime Writers Association. Il vit à Los Angeles.

 

(site Actes sud)


A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil