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Dans l’Utérus du volcan, Andrea Genovese

Ecrit par Patryck Froissart 23.03.18 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Editions Maurice Nadeau

Dans l’Utérus du volcan, janvier 2018, 220 pages, 19 €

Ecrivain(s): Andrea Genovese Edition: Editions Maurice Nadeau

Dans l’Utérus du volcan, Andrea Genovese

 

Vanni, Sicilien d’origine établi à Lyon, est invité dans sa ville natale pour y recevoir le Grand Prix de Poésie Chrétienne qui lui a été décerné par le Parrain de la Mafia locale Lorenzo Ferella, lequel a créé ce prix, accompagné d’un chèque de dix millions de lires, en hommage à son père poète Gaetano Ferella, pour afficher le côté « respectable » et « cultivé » de son statut de notable.

Dès son arrivée, Vanni, qu’accompagne son épouse lyonnaise Louise, est pris à la fois dans la nasse de ses souvenirs d’enfance, dans la trame de ses relations avec sa famille et ses amis d’avant, et dans les mailles du réseau de Ferella, qui se débarrasse de sa splendide maîtresse Lillina dont il s’est lassé en l’envoyant au poète en guise de cadeau de bienvenue en supplément au prix de poésie. Dans le même temps, Roberto Meruli, un comparse du patron mafiosi, est chargé de sonder Vanni pour d’éventuelles « affaires » à monter dans la région lyonnaise.

Le récit baigne d’un bout à l’autre dans la trouble torpidité d’un été torride, d’un climat mafieux ponctué par une scène de torture d’une violence extrême suivie du meurtre d’un traître à la Cosa Nostra locale, et d’un chassé-croisé complexe, sensuel, et bientôt ouvertement sexuel, entre Vanni, Lillina, Louise et Roberto, aux pieds de l’Etna et face à sa menace perpétuelle de cataclysme.

L’auteur entremêle ces éléments narratifs au grand bonheur de tout lecteur qui aime se retrouver pris dans la magie des scènes d’attentes, des ressorts et des rebondissements comme un piroguier descendant un courant alternatif ponctué d’eaux troubles apparemment dormantes, de rapides bouillonnants et de chutes brutales.

Les personnages sont campés comme semblant ne pas maîtriser le cours des événements, comme si, de façon symbolique, l’auteur signifiait globalement que dans ce milieu clanique, les individus abandonnent avec fatalisme leur destinée au parrain et à ses sbires, acteurs tirant les ficelles des réseaux de pouvoir mafieux sous la coupe desquels tous les habitants tombent dès leur naissance.

La loi du plus fort est ici loi naturelle, comme l’exprime métaphoriquement le parrain Lorenzo dans le cours de ses pensées philosophiques en observant sur la mer le manège nocturne d’un pêcheur de poulpes :

Il imagina le poulpe en train de s’approcher du terminus de son voyage, et le bougre à l’affût, prêt à le harponner […] Embûches et guet-apens étaient les modes opératoires de la pêche. Depuis la nuit des temps […] Gare au petit poisson ! Il assurait la survie du gros…

Le récit est agrémenté d’interférences mythologiques et de références à une riche intertextualité littéraire, ce qui permet de tempérer le rythme des péripéties et qui confère à la narration une tonalité culturelle intéressante et, ponctuellement, une couleur poétique, parfois proche d’un certain lyrisme tragique qui accentue l’impression de sombreur ambiante.

La solitude, le désespoir du Cyclope, avec son œil unique, ivre et coléreux dans la nuit orageuse, illuminant la mer livide aux bateaux en détresse et leur cachant la côte abrupte, les écueils et les falaises, le décor de tous les naufrages.

La dramatique actualité migratoire s’impose lors d’un épisode particulièrement troublant du roman, à la limite entre rêve et réalité, lorsque Louise en déconfiture rencontre en pleine nuit sur la grève, accompagné d’un agneau, un jeune immigrant nu avec qui elle vit un moment décalé, et lorsque Lucio, un ami d’enfance de Vanni, pénètre dans la cabane d’une belle Somalienne qui se prostitue au cœur d’un bidonville peuplé de réfugiés.

Une certitude : on ne s’ennuie pas Dans l’Utérus du volcan

 

Patryck Froissart

 


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A propos de l'écrivain

Andrea Genovese

 

Ecrivain italien, Andrea Genovese (Messine, 1937) vit en France depuis 1981. Il définit sa vie comme une Odyssée minime (titre de son premier recueil de poèmes), mais trois romans autobiographiques publiés en Italie nous en révèlent, de l’après-guerre mondiale aux années 1960, à peine une partie. Poète, romancier, dramaturge, critique littéraire, d’art et de théâtre, il édite Belvédère, une revue en ligne entièrement écrite par lui, hors norme et sans tabous. Il a écrit en français des recueils de poèmes et des textes de théâtre joués à Lyon. Dans l’Utérus du volcan est son premier roman écrit directement en français.

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ipagination Editions); en mars 2018, Frères sans le savoir, Bracia bez wiedzy, Brothers without knowing it, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ipagination Editions), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc.