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Ce n’est rien, Daniel Ziv (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 22.10.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Roman, Z4 éditions

Ce n’est rien, Daniel Ziv, juillet 2019, 197 pages, 14 €

Edition: Z4 éditions

Ce n’est rien, Daniel Ziv (par Murielle Compère-Demarcy)

 

Un curieux livre, idéal pour les curieux de tous poils, piqués de bons mots, de littérature, de trains que l’on embarque – combien de fois ? – dans la même trame d’une journée… sauf qu’ici, les rails n’assurent rien, ni de l’espace parcouru ou à parcourir, ni du temps que ce voyage nous prendra, ni de la destination. Il se pourrait bien, même, qu’aucune gare ne se dessine ou qu’elle s’efface au fil de notre avancée puisque se poser, « se reposer ne sert à rien » comme « travailler ça ne sert à rien, (…) rien ne sert à rien, le temps ne fait que passer et (…) il n’y aura peut-être plus personne bientôt / plus tard pour le dire »…

Cocasse, loufoque, renversant, ce roman qui n’en n’est pas un de Daniel Ziv décoiffe comme un coup de vent propulsé sur nos erres sans que l’on s’y attende, sans que l’on s’y prépare bien que posté d’entrée – au chapitre 1 (celui qui précède le chapitre zéro…) – sur les « Starting block »… D’ailleurs la citation en exergue d’un extrait de Monsieur de Jean Tardieu ne nous lance pas un clin d’œil « pour rin », dès le départ…

En écrivant « ce livre inexistant ancré dans notre corps » la vie – s’égouttant/s’écoulant, nuancier grouillant sur feuille blanche pour stylo plume (« Ceci n’est pas un livre, pour ne pas l’écrire, elle ne prend pas ton ordinateur mais son stylo plume ») – nous surprend dans Ce n’est rien, à chacune de ses pages ; nous déstabilise, nous injecte le nec plus viva(n)t de nos débordements où pourraient se rompre nos digues si le temps nous mesurait trop. Mais il ne peut nous limiter car le temps, « ce n’est rien », c’est tout, la totalité de notre vie limitée infinie qui nous saborde et nous déborde… Le fil ténu d’un récit (aux côtés d’« il » et d’« elle ») s’écrit sur les courts-circuits du write in progress ici en route – un récit fascinant, déroutant, « ce n’est pas surprenant » vu le contexte automatique autogénéré par son propre flux :

« Les lames du jour furent dans l’ordre pour un peu de rêve :

le fou, les étoiles, le pendu »

vu le trictrac ou la martingale ici joués sur le tapis volant du tempo ordinaire qui nous catapulte et soulèverait bien, afin de le dérégler, le méridien de Greenwich, « rien » que pour mettre les hémisphères sens dessus dessous. Le lecteur frétille penché sur les eaux vives et troublantes de Ce n’est rien, tel un pêcheur sur le bord de l’automne voyant que ça mord, que ça va mordre, émoustillé par la ligne sidérale/sidérante où s’approchent les mots magnétiques qui arrivent, repartent, déguerpissent, ressurgissent… L’écriture y surgit comme le bond fauve de la vie, danse sa peau de bête réincarnée sur nos réserves de chasse pacifiques, métamorphosée soudain en monstre né entre les tours bizarres et cocasses du coq à l’âne, ses mues reliant les interstices habitées du temps… Ce n’est rien n’est pas un méli-mélo mais un mélange de cocktails sans cesse remués/secoués. Un mélange curieux et drôle, fantaisiste et surréaliste de morceaux non choisis, plutôt sortis spontanément d’un vivier anachronique puisant dans le rêve puisé dans le réel, pour que sorte de l’eau, reflétée sur l’onde invisible, une « réflexion des astres ». Et « ce n’est pas rien » car réfléchir (sur) le rien n’est pas chose facile, surtout dans le cours linéaire où courent les choses, à savoir nulle part ou là où elles n’existent pas.

« Une réflexion sur rien, pas facile, on ne sait pas ce qu’il

va faire de nous.

Elle ne sait toujours pas si la vie a un sens. Personne.

Elle était sérieuse. Il faut savoir mettre un terme à ce

ce qui n’existe pas ».

Que dire d’autre de ce livre déroutant de Daniel Ziv, Ce n’est rien (parce que c’est tout) si ce n’est qu’il est certain que ses histoires et son train de survie échapperont à l’obsolescence programmée, se transformeront à vie, pousseront leur chansonnette éternelle : « Rappelle-toi Barbara (…) Il pleut sur Nantes, j’ai vu deux hommes s’approcher, ils portaient l’habit du dimanche. Tout va très bien Madame la Marquise, pourquoi n’êtes-vous jamais sortie à cinq heures ? »… « Avec de la méthode et de la logique on peut arriver à tout aussi bien qu’à rien » lança l’humoriste Pierre Dac. Histoire de sens… Après tout, après rien, quel sens y aurait-il à être cohérent, la vie, n’est-ce pas celle-là même que nous raconte un extraterrestre ou que déroule sous nos pas le diable en (notre) personne ou « un prince rêveur » depuis « une auberge d’une contrée (…) lointaine » ? Ne pas/ne rien prendre au sérieux, pourquoi pas, puisque la vie, ce n’est rien, c’est du sérieux. Et ne vaut-il pas mieux démonter ses mécanismes plutôt que se laisser enrôler dans ses engrenages ?…

Ce n’est rien, qu’est-ce sinon cet olni (Objet Littéraire Non Identifiable), précieux : rare – un olni où l’agenda perpétuel du rêve et du réel s’égare du calendrier des faits habituels et des fuseaux pour nous étonner, à chaque fois, que tremble furtivement/assurément tout ce qui arrive…

 

Murielle Compère-Demarcy

 

Daniel Ziv, né à Paris en 1953, est successivement professeur d’anglais, démarcheur en souris en latex, vendeur de glaces sur les plages de Saint Tropez, représentant multicartes, archiviste, chargé de statistiques à l’INSEE, monteur de séries télévisées, responsable des risques d’une multinationale agroalimentaire, directeur de banque, censeur d’une Sofica, distributeur de documentaires à l’international, réalisateur (https://youtu.be/qUUQDiuJqsc) chargé de cours à La Fémis et à Paris VIII, astrologue, représentant en vins, chargé de financements audiovisuels pour un cabinet d’avocats international. Il est actuellement éditeur. Licencié de philosophie et d’anglo-américain, il a publié son premier livre, Les bureaux de l’usine Franklin, en 1972.

 

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A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)


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Murielle Compère-Demarcy - publiant aussi sous le nom de MCDem. - est une poétesse, nouvelliste et auteure de chroniques littéraires et d'articles critiques.

Poésie

Atout-cœur, éditions Flammes vives, 2009

Eau-vive des falaises éditions Encres vives, collection Encres Blanches, 2014

Je marche..., poème marché/compté à lire à voix haute, dédié à Jacques Darras, éditions Encres vives, collection encres Blanches, 2014

Coupure d'électricité, éditions du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éditions du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littérature, Chiendants, n°78, 2015

Trash fragilité, illustrations de Didier Mélique, éditions Le Citron gare, 2015

Un cri dans le ciel, éditions La Porte, 2015

Je tu mon alterégoïste, couverture de Didier Mélique, préface d'Alain Marc, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éditions du Petit Véhicule, 2016

Le Poème en marche, suivi de Le Poème en résistance, éditions du Port d'Attache, 2016

Dans la course, hors circuit, éd. du Tarmac, 2017

Poème-Passeport pour l'Exil, co-écrit avec le photographe-poète Khaled Youssef, éd. Corps Puce, coll. Parole en liberté, 2017

Réédition Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, 2018

... dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent..., éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches, n°718, 2018

L'Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes, 2018

Alchimiste du soleil pulvérisé, Z4 Éditions, 2019

Fenêtre ouverte sur la poésie de Luc Vidal, éditions du Petit Véhicule, coll. L'Or du Temps, 2019

Dans les landes de Hurle-Lyre, Z4 Éditions, 2019

L'écorce rouge suivi de Prière pour Notre-Dame de Paris & Hurlement, préface de Jacques Darras, Z4 Editions, coll. Les 4 saisons, 2020

Voyage Grand-Tournesol, avec Khaled Youssef et la participation de Basia Miller, Z4 Éditions, Préface de Chiara de Luca, 2020 [262 p.]

Werner Lambersy, Editions les Vanneaux, 2020

Confinés dans le noir, Éditions du Port d'Attache, illustr. de couverture Jacques Cauda ; 2021

Le soleil n'est pas terminé, Editions Douro, avec photographies de Laurent Boisselier. Préface de Jean-Louis Rambour. Notes sur la poésie de MCDem. de Jean-Yves Guigot. Illustr. de couverture Laurent Boisselier, 2021