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C’est quoi ce roman ?, Corinne Devillaire

Ecrit par Martine L. Petauton 18.01.14 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Thierry Marchaisse

C’est quoi ce roman ?, janvier 2014, 224 pages, 19 €

Ecrivain(s): Corinne Devillaire Edition: Thierry Marchaisse

C’est quoi ce roman ?, Corinne Devillaire

 

Titre adapté, tant dans les mots que dans le point d’interrogation. C’est ce qu’on se dit en abordant les premières pages, mais très vite on complète – c’est quoi ? on veut savoir ! et de lire – grandes enjambées enthousiastes… une pincée d’heures de lecture jouissive !

Roman de littérature « française » (cette compétence labellisée à faire surgir les remous des familles). Comme tant d’autres, plus ou moins attachants, ou même réussis ? Et bien, non ! Tout autre chose, presque indéfinissable : une ratatouille, un salmigondis de sentiments, de relations et rapports entre les uns, les autres, et même le chien. Famille « brouillée », signaux compliqués ; chemins sans repères. Labyrinthe… dans lequel Corinne Devillaire se plaît à nous perdre de la première à la dernière de ces étranges pages.

Tableau posé en quelques lignes : le père, la mère – attention, psy de métier ! un gamin attachant – très –, Pierre, deux filles, Clarisse et Clotilde – grandes ados oscillant entre secrets et mal être qui sied à l’âge, à l’abri d’un scolaire surdoué. Génération qui précède : une grand-mère d’un genre particulier, un grand-père d’un second mariage, Robert –  attention, le chien se nomme aussi Robert – encore plus à part…

Banal ? Que non pas ! Tout est « de travers » dans cette histoire de famille, comme un mécano monté avec erreurs. Ça semble fonctionner ; il y a le bruit de la vie – le quotidien, les activités, les désirs, les affects apparents ; les sentiments – là, ça dérape, et les chemins se perdent, comme s’il n’y avait plus de panneaux (interdit, stop, ralentir, dangereux). Tout est « cul par-dessus tête » par moments, mais c’est pourtant de l’amour qui coule, et en quantité, au risque de tout noyer…

Le père décline au fur et à mesure, une fragilité enracinée dans sa lointaine enfance ; la mère patauge entre la vie telle qu’elle se présente et ses certitudes professionnelles. Le théâtre des opérations est sis chez les grands-parents – essai de réconciliation, sous l’égide de la mère-psy, sur la route de retour des vacances, entre le fils et sa mère : « je précise que papa n’est pas particulièrement proche de sa mère», écrit le petit Pierre. Jusque-là, dirait l’autre, tout va bien, dans un roman ! Sauf que, dès l’abord, la facture du récit nous titille : alternance entre des « dépositions » de Clarisse, les « mémoires » de Clotilde, les « séances d’hypnose » du père ; tout ça encadré par le journal de Malou, la grand-mère. On flaire quelque chose, mais quoi ? Et on ne regrette pas le tour de manège – cœur bien accroché, s’il vous plaît ! Il y a « une » grand-mère du début – 30 Août 15 heures : « l’arrivée à l’improviste de mon fils et de sa famille me ramène avec une violence inouïe à la réalité des années écoulées. Et une idée me terrorise. Se pourrait-il qu’au seul contact de cette progéniture bruyante ressurgissent les rides dont Robert (le mari chirurgien) m’a presque débarrassé le visage ? », et par vagues de transformations successives, « une » autre – 2 Septembre 9 heures : « ne plus chercher à plaire telle que je parais, mais être aimée telle que je suis. Je suis décidée à faire mon âge ». Jusque-là… haussez-vous les épaules ! Mais, l’agent transformateur est une passion (amoureuse ! à n’en pas douter) entre Malou et le gamin… Ailleurs, la marmite aux sentiments bout aussi, à vous faire peur ! Haine recuite entre le fils abandonné (de très belles pages) et sa mère ; cheminement d’une passion absolue – remarquablement déclinée (on croit assez longtemps que ce sont des fantasmes) – entre Clotilde, la secrète littéraire, et, disons, quelqu’un qui n’est pas du tout de son âge, et qui relève du cercle de famille. Nœud gordien de ce récit posé entre « famille, je vous hais » et curieuses déclinaisons du verbe aimer… Pataquès fascinant, étiré sur quelques jours de fin d’été. On termine ce livre en se demandant quel réalisateur – et avec quels acteurs – fera, demain, le film ? Hélas, Chabrol est mort.

 

Martine L Petauton

 


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A propos de l'écrivain

Corinne Devillaire

 

Corinne Devillaire, est professeur d’Allemand. Elle a vécu en Autriche, et ce livre est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Martine L. Petauton

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Rédactrice

 

Professeure d'histoire-géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)