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Aquapoèmes, Laetitia Extrémet (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux 10.09.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Aquapoèmes, Laetitia Extrémet, Editions Le Chat Polaire, juin 2020, ill. Sabine Lavaux-Michaëlis, 84 pages, 12 €

Aquapoèmes, Laetitia Extrémet (par Patrick Devaux)

 

Comme détachée de la marée à « son corps défendant », l’auteure, un peu druidique, semble donner du sens à la primauté originelle : « il me faudrait alors à l’aube remonter/ dans sa robe d’airain et son écrin cuivré/ cette lumière liquide des soleils du matin/… ».

Se révèle progressivement quelque chose de la Genèse à vouloir se sentir autre ; « alors je crie entre les lignes/ priant qu’on ne m’entende pas/ je n’ai que le silence à offrir/ et l’odeur des orages ».

Le thème marin, depuis certains poètes antiques jusqu’à Saint-John Perse, est universel, le poète niant rarement cette force originelle.

Chez Laetitia, il s’agit cependant d’autre chose, une expression sans doute plus maternelle dans le sens même de se sentir presque liquide amniotique. On peut même dire, je crois, qu’il y a une sorte de privation, d’arrachement avec davantage de force que de regret et aussi une grande certitude :

« J’excelle dans cet exil/ à n’être que d’écume ».

Laetitia Extrémet se veut-elle sirène de terre à vouloir retourner à l’écume ? Recherche d’idéal ? Encore autre chose ? A moins qu’elle ne cherche sa propre trace dans une sorte d’écho jumeau répétant sans cesse la vague comme le fit l’auteur de Amers, et Oiseaux ?

Dans ce monde clairement marin il y a cependant le surgissement, très aride lui, du chardon, ce qui confère ainsi à la jeune auteure un asséchement lacrymal par contraste car c’est, en effet, bien l’œil qui capte : « j’aurai pour étancher ma soif/ à mes yeux tes rivières/ que la brise/ l’effleurement du vent sur mes cils/ n’aura pas pu sécher ».

Avec davantage de rage que de litanie, l’auteure utilise régulièrement le verbe « prier ». Si cela peut paraître naturellement assez involontaire, cela n’est cependant pas anodin : « je te ferai prière pour que tu restes ici ».

Régulièrement, la relation est fusionnelle, passionnelle, avec parfois les mots de l’amour incompris, presque parfois la rage de la maîtresse ou l’amant éconduit.

Le style est inventif comme du Satie en musique ; la concision qui semble parfois manquer se retrouve brillamment dans l’étirement de l’idée présentée de ressac en ressac.

La douceur s’active enfin quand, déposée, la vie puissamment éclose s’exprime en mots devenus insectes à tout enjoliver dans un contraste éblouissant : « tu voles en moi ma bourdonnante/ butine, chante encore ma chère ardente/ je t’ai au fond de mes orages/ avec les fleurs de mon jardin ».

En apnée aussi bien sur terre qu’entre les étoiles, l’auteure cherche et trouve sa voie humaine dans les conditions qu’on lui a données ; elle semble manquer d’outils (parce qu’on ne les pas tous) et cherche l’issue tel un insecte se cognant à la lumière d’une fenêtre. L’écriture semble en être l’appel d’air salvateur.

S’il « ne reste de cette apnée qu’une éponge trempée », elle a force de vie et éclabousse au lecteur tout son éclat : « j’ai voulu aller me jeter à la mer/ mais elle m’a recrachée ».

Un rejet habite peut-être l’auteure. Avec ce premier recueil, elle en fait sa force.

Peut-être naufragée, mais rescapée, elle vogue fortement dans l’encre de l’orage qu’elle semble avoir laissé passer.

Les illustrations de Sabine Lavaux-Michaëlis accompagnent brillamment ces « obscur-clair » poétiques traduisant le langage de l’auteure en bleu outremer, rêveries flottantes entre deux eaux semblant s’ancrer dans une progressive réalité. Le format carré choisi par l’éditeur ajoute un cadrage très visuel aux deux sensibilités croisées à chaque bon moment.

 

Patrick Devaux

 

Laetitia Extrémet est pro­fes­seur d’histoire-géographie dans un lycée à Marseille après avoir été jour­na­liste en presse écrite. Venue récem­ment à l’écriture de poèmes, elle vient de se faire publier, avec son premier recueil de poèmes, aux éditions Le Chat Polaire.

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A propos du rédacteur

Patrick Devaux

 

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Patrick Devaux est né en Belgique sur la frontière avec la France, habite Rixensart, auteur d’une trentaine d’ouvrages auprès d’éditeurs divers en poésie, quelques prix d’édition, 3 romans parus dont 2 aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune; 2 recueils de poésie récents (2016 et 2017) parus aux éditions Le Coudrier ; membre de l’AEB (association des écrivains Belges) et de l’AREAW (association royale des écrivains et artistes de Wallonie), il a aussi de nombreux contacts en France ; il anime une rubrique « mes lectures » sur le site de la revue Vocatif www.moniqueannemarta.fr de Nice depuis 2013 et fréquente de près ou de loin les écrivains du groupe de l’Ecritoire d’Estieugues de Cours la Ville  et de l’association LITTERALES de Brest ; publie aussi dans diverses revues de poésie. Fréquente aussi les réseaux sociaux, faisant ainsi connaitre la poésie d’auteurs moins connus ou disparus.