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Après l’incendie, Robert Goolrick

Ecrit par Anne Morin 12.09.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Editions Anne Carrière

Après l’incendie, février 2017, trad. anglais (USA) Marie de Prémonville, 312 pages, 22 €

Ecrivain(s): Robert Goolrick Edition: Editions Anne Carrière

Après l’incendie, Robert Goolrick

 

Roman de la décadence, écrit par ce décadent moderne qu’est Robert Goolrick, Après l’incendie retrace l’histoire d’une grande famille de Virginie à la veille des grandes guerres européennes. Mais pas seulement. C’est aussi une histoire d’amour cruelle et romanesque. Mais pas seulement. C’est aussi l’histoire d’une traque où, par hasard, le narrateur journaliste en quête de vérité sur le mystérieux personnage de Diana Cooke, propriétaire disparue dans l’incendie de sa magnifique demeure… disparue, volatilisée, personne ne sait ce qu’elle est devenue après l’incendie, ni même si elle a brûlé. On n’a pas retrouvé d’elle la moindre trace. Et c’est ce qui attire le narrateur dans cette ruine d’un monde ancien et cruel où les êtres, en fonction de la couleur de leur peau, avaient des droits différents.

Ses droits, la nature les a repris mais dans la friche, il reste quelques vestiges de cette demeure hautaine, comme une personne ruinée garde quelque prestige de son origine, de sa naissance.

Avant l’incendie, et le préfigurant, chaque soir revient l’apothéose du coucher de soleil : « Ce qui l’émouvait le plus intensément, c’était ce quart d’heure juste après l’incendie, lorsque les braises du soleil se répandaient sur le buvard du ciel qui s’assombrissait, les zébrures de rose, d’orange et d’or, les traînées de lumière qui lui élevaient le cœur et l’âme et la rapprochaient du Seigneur de son enfance, du Christ qu’elle avait abandonné bien des années plus tôt » (p.206).

Bien née, il va sans dire que Diana l’était, seule héritière d’une longue lignée exsangue et à moitié ruinée, elle se devait d’épouser celui qui les restaurerait, elle et sa demeure, dans leur éclat.

Comme dans ses précédents romans, plus ou moins autobiographiques, Goolrick se plaît à étudier et à dépeindre, touche après touche, les mécanismes de la descente, de la dégradation. Puis, de la remise à niveau, pour une chute plus spectaculaire encore et/car plus insidieuse.

Mais pas seulement. Car à travers la forêt enchantée de Saratoga, le domaine dont les pierres ont brûlé, la végétation s’écarte pour révéler, comme dans les contes, un chemin au narrateur, celui de l’après : « Elle est ici, quelque part. Vous le sentez. Vous en avez l’intuition. Elle se terre quelque part, mais sur deux mille hectares, quelle piste suivre ?

C’est alors que vous l’apercevez. Ce n’est pas un chemin, rien qu’un espace large d’un mètre où la végétation a moins gagné que tout autour. C’est peut-être une simple passée de cerf, mais vous la suivez. Et vous sentez l’odeur. L’odeur du vivant, de la cuisine, du mouvement. De la couleur et de la lumière, de la terre et de l’eau. Le sentier disparaît. Vous progressez avec votre couteau-machette, balançant le bras avec une excitation croissante.

Ce ne peut être elle. Il y a bien quelqu’un, mais pas elle. Elle aurait quatre-vingt-dix-neuf ans » (p.307).

Que reste-t-il après, quand un pan de voile, de jour ou de rideau se lève/relève ? Quelque chose, là, fait tenir debout : est-il encore un peu d’espace pour le temps ?

 

Anne Morin

 


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A propos de l'écrivain

Robert Goolrick

 

Robert Goolrick a déjà publié aux éditions Anne Carrière Une femme simple et honnête, Féroces, Arrive un vagabond (Grand Prix des lectrices de Elle 2013), La Chute des princes (Prix Fitzgerald 2015) et L’Enjoliveur (une nouvelle illustrée).

 

A propos du rédacteur

Anne Morin

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Rédactrice

genres : Romans, nouvelles, essais

domaines : Littérature d'Europe centrale, Israël, Moyen-Orient, Islande...

maisons d'édition : Gallimard, Actes Sud, Zoe...

 

Anne Morin :

- Maîtrise de Lettres Modernes, DEA de Littérature et Philosophie.

- Participation au colloque international Julien Gracq Angers, 1981.

- Publication de nouvelles dans plusieurs revues (Brèves, Décharge, Codex atlanticus), dans des ouvrages collectifs et de deux récits :

La partition, prix UDL, 2000

Rien, que l’absence et l’attente, tout, éditions R. de Surtis, 2007.