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Qui veut la peau d’Otto Dafé ?, Justine Jotham

Ecrit par Patryck Froissart 29.09.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Roman

Qui veut la peau d’Otto Dafé ?, éd. Oskar, mai 2016, 200 pages, 14,95 €

Ecrivain(s): Justine Jotham

Qui veut la peau d’Otto Dafé ?, Justine Jotham

 

La littérature pour la jeunesse doit évoluer et trouver, de génération en génération, de nouvelles inspirations pour s’inscrire dans les transformations, tant sociales que morales et technologiques de plus en plus rapides du monde dans lequel naissent et vivent enfants, adolescents et adultes.

Justine Jotham, qui connaît bien les jeunes puisqu’elle enseigne dans le second degré, est de ces auteurs qui ont compris que pour que les jeunes lisent, il convient de leur offrir des fictions en relation avec leur environnement, et que, pour que la lecture leur en soit profitable, il importe qu’elles ne se réduisent pas à l’histoire mais qu’elles suscitent la réflexion et le va-et-vient critique entre la société mise en scène dans le texte et celle dont ils sont acteurs et spectateurs dans la vie réelle.

En quelque sorte, hors de ses classes, Justine Jotham, dans ses romans, reste une pédagogue.

L’intrigue est d’une plaisante originalité.

En 1984, le sinistre Otto Dafé, qui dirige la France, installe une dictature totale, ferme les frontières, isole le pays, interdit toute manifestation à caractère culturel, et ordonne la destruction de tous les livres.

Trente ans plus tard, le jeune Lazarillo, orphelin, pauvre, élevé par sa tante Lucida, ne sait rien de ce désastreux événement de l’Histoire de France censuré par le dictateur, et n’a jamais vu un livre. Faisant les courses le samedi pour le vieux Pangloss, afin de gagner un peu d’argent pour aider sa tante, il se lie d’amitié avec cet homme cultivé qui abrite dans une cavité secrète de sa grande maison… un véritable trésor qu’il révèle un jour à son jeune ami.

La découverte incite Lazarillo à combattre le diktat Otto Dafé en « recréant » les livres oubliés. Pour ce faire il constitue, avec l’aide de Pangloss d’une part et de ses anciens camarades d’école d’autre part, un véritable commando littéraire dont les membres sont à la fois de vieilles personnes nostalgiques du temps des livres et des adolescents, fascinés par la révélation progressive des belles histoires contenues dans les livres disparus, qui ne rêvent plus que d’abattre le régime d’Otto Dafé et de remettre le livre à la place qui est la sienne dans une nation cultivée.

Et voilà le lecteur entraîné dans une histoire politico-policière saisissante, dont tous les protagonistes portent des noms de personnages romanesques célèbres. La bande est ainsi mise en relation, par le canal d’un réseau internet secret (car, évidemment, Otto bloque les réseaux sociaux et les communications électroniques), avec Don Quichotte, farouche ennemi numéro un d’Otto Dafé en exil en Espagne, les jeunes équipiers de Lazarillo s’appellent Shéhérazade, Peter Pan, Rouletabille, Nemo, les duos d’anciens se nomment Arthur et Guenièvre, Cyrano, natif de Bergerac, Sinclair, Miss Marple, Ali Baba, le docteur Jekyll, et le chef des sbires d’Otto Dafé n’est autre que le capitaine Crochet.

Sur la piste de l’imprimeur Séchard, qui vit reclus dans la forêt de Brocéliande, nos rebelles traversent des lieux aux noms tout autant évocateurs, tandis que la vieille automobile de Don Quichotte est évidemment baptisée Rossinante…

Tout ce monde prépare avec détermination la révolution du livre…

Justine Jotham, en bonne pédagogue, outre qu’elle crée le plaisir que devraient ressentir ses jeunes lecteurs à se laisser prendre au suspense et au désir de connaître le dénouement, ce qui représente déjà en soi une raison suffisante pour leur mettre ce livre dans les mains, sème ainsi, non seulement en donnant ces noms aux acteurs du complot des livres, mais encore en attribuant à chacun d’eux quelque trait du caractère des héros de fiction que ces patronymes évoquent, de multiples repères littéraires susceptibles d’être exploités en classe en lançant les élèves sur la piste des personnages correspondants.

Faire lire aux jeunes lecteurs d’aujourd’hui un roman qui aurait le pouvoir de susciter leur intérêt pour les grandes œuvres de la littérature, et qui ce faisant, les amènerait à délaisser quelque peu les multiples écrans sur lesquels ils ont le nez collé à longueur de journée, voilà probablement le noble dessein qui a conduit l’auteure professeure à écrire Qui veut la peau d’Otto Dafé.

On ne peut que l’en féliciter !

 

Patryck Froissart

 

 

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A propos de l'écrivain

Justine Jotham

 

Née en 1986 à Dunkerque (Nord), Justine Jotham est agrégée de Lettres. Elle partage son temps entre l’écriture, la lecture, le cinéma, l’enseignement, sa thèse de doctorat et l’association pour la promotion des Sciences humaines qu’elle préside. Ouvrages précédemment présentés dans La Cause Littéraire : Sans rémission, publié en 2013, L’héritage du clan Morgan, publié en 2014.

 

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

Tous les articles et textes de Patryck Froissart

 

Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ipagination Editions); en mars 2018, Frères sans le savoir, Bracia bez wiedzy, Brothers without knowing it, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ipagination Editions), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc.