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Paris-Berry Nouvelle Vague, Thomas Morales (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché 09.09.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Paris-Berry Nouvelle Vague, La Thébaïde, juin 2020, 109 pages, 12 €

Ecrivain(s): Thomas Morales

Paris-Berry Nouvelle Vague, Thomas Morales (par Philippe Chauché)

 

« Le lecteur n’attend pas une leçon de morale vaseuse ou un tirage à la ligne fainéant. Il veut que les mots s’entrechoquent, que la phrase ne soit pas en salle de réanimation, que l’article suspende le temps, durant juste quelques minutes. C’est trop demander, j’en conviens, nous sommes à l’ère du formatage en cascade et des réciteurs subventionnés. Longtemps dans nos journaux, il y eut des feuilletonistes qui piquaient notre curiosité à vif, ils nous prenaient à rebours et nous aimions ça ».

Thomas Morales, grand lecteur de Vialatte, de Bernard Frank, de Jules Renard, s’est retiré le temps du confinement dans sa campagne berrichonne. Il s’est mis au vert, le temps d’écrire ce petit livre intempestif, au style affûté comme celui de Serge Blanco, que l’on surnommait le Pelé du rugby quand il portait le numéro 15 de l’équipe de France de Rugby. Et comme l’ancien joueur du Biarritz Olympique, il possède l’art de l’évidement, du contre-pied, l’art de s’intercaler, de prendre de la vitesse et de laisser ses adversaires perdre pied, devant sa vélocité lyrique.

L’occasion pour l’écrivain et chroniqueur de mettre à nouveau l’accent sur ses fréquentations et ses fidélités : chanteurs (Christophe), cinéastes, comédiens (Jean-Pierre Marielle), et écrivains. Fidélités également aux bistrots, fermés lorsqu’il écrit ce petit livre à la nostalgie rayonnante, sous le rire protecteur d’Antoine Blondin, dont le verbe illuminait tout autant les yeux de ses amis vignerons que les papilles de ses lecteurs de L’Équipe. Fidélité à ces pôles qui magnétisent les français : Le bistrot donne aux hommes une consistance (liquide le plus souvent) à leur existence brouillonne. Thomas Morales s’est donc confiné, comme d’autres écrivains, éditorialistes, journalistes, musiciens, loin de Paris, loin des rumeurs énervées, loin des spécialistes, des donneurs de leçons, des professeurs honoraires du petit écran, loin de la Seine, et près de la Loire, de ses livres et de sa collection du magazine Lui.

Thomas Morales profite de ce confinement pour lire, et relire des auteurs oubliés, des romans essorés par le succès et les exégèsesLe Grand Meaulnes, mais aussi Mendiants et orgueilleux et Les Couleurs de l’infamie, d’Albert Cossery : Le Cioran oriental, l’anarcho-dandyste de la rive gauche, le nonchalant, dilapidait ses heures, juste à la recherche de son plaisir quotidien, Pierre Luccin, l’écrivain des vignesle marin de la Garonne, Henri Calet, Jean Follain, René Fallet – l’ex-zazou de la banlieue sud-est débouchait son litron de mélancolie dans Le Beaujolais nouveau est arrivé. L’écrivain déraisonnable, amateur des films de Max Pécas, de Belmondo, de Lautner et d’Yves Robert, de voitures anciennes (Mythologies automobilesDictionnaire élégant de l’automobile), des calendriers Pirelli, nous offre sa playlist de l’été pour danser après le confinement – une bonne playlist, c’est comme un bon polar –, unique cocktail musical, qui aura tout pour déplaire à Télérama : Pino D'Angiò, Adriano Celentano, Julio Iglesias, ou encore Patrick Coutin (J’aime regarder les filles, qui pourrait devenir un joyeux et pétillant petit livre). Son livre est aussi un recueil de petits sketches qu’il adresse à son ami Pascal Thomas, pour une comédie cinématographie à l’italienne sur le confinement, c’est piquant, ironique et drôle.

« Nous allons devoir nous habituer à croiser des individus gantés et masqués dans les stations balnéaires de France. Le téton libre et le bikini ravageur ne seront bientôt plus que des souvenirs comme la promiscuité du slow et le bol de cacahouètes en commun, symboles évidents d’une civilisation avancée. Les intégristes de tout poil rêvaient de la combinaison intégrale, c’est un virus qui va exaucer leur phobie des corps ».

Paris-Berry Nouvelle Vague est un livre réjouissant. Une chronique rieuse et rugueuse sur nos Temps Modernes confinés. Thomas Morales a l’appétit d’un grand cuisinier et d’un moraliste lecteur de Groucho Marx et George Sanders. Il déguste l’actualité, sans omettre de la faire macérer avec quelques piments d’Espelette, des grains de poivre noir, et un grand verre de vin de Roaix rouge. Il écrit, armé d’un révélateur littéraire, et met en lumière le ridicule, les turpitudes, les postures, le bla-bla et du chichi de ses contemporains, dans un grand éclat de rire dévastateur.

Son livre romanesque et enflammé se joue et joue du confinement et de ceux qui s’y sont drapés. Thomas Morales est un chroniqueur d’élite, un écrivain fantasque et nostalgique, un mousquetaire agile, vif et pénétrant, un Pelé de la chronique.

 

Philippe Chauché

 

Thomas Morales a notamment publié : Un été chez Max Pécas Tais-toi quand tu écris (Pierre-Guillaume de Roux) ; Éloge de la voiture Défense d’une espèce en voie de disparition (Le Rocher) ; Noblesse du barbecue Belmondo et moi (Nouvelles Lectures).

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A propos de l'écrivain

Thomas Morales

 

Thomas Morales est journaliste, critique et écrivain.

 

A propos du rédacteur

Philippe Chauché

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature française, espagnole, du Liban et d'Israël

Genres : romans, romans noirs, cahiers dessinés, revues littéraires, essais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Minuit, Seuil, Grasset, Louise Bottu, Quidam, L'Atelier contemporain, Tinbad, Rivages

 

Philippe Chauché est né en Gascogne, il vit et écrit à Villeneuve-les-Avignon. Journaliste à Radio France durant 32 ans. Il a collaboré à « Pourquoi ils vont voir des corridas » (Editions Atlantica), et récemment " En avant la chronique " (Editions Louise Bottu) reprenant des chroniques parues dans La Cause Littéraire.

Il publie également quelques petites choses sur son blog : http://chauchecrit.blogspot.com