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Orthograve, Manuscrypte & Libricité & Considérations Médiévales & Domincales (par Eric Poindron)

Ecrit par Eric Poindron 05.03.19 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Orthograve, Manuscrypte & Libricité & Considérations Médiévales & Domincales (par Eric Poindron)

 

Les « marginalia » de notre passé

Annotation dans les marges

Ou réflexions écrites dans les marges

Souvenirs enfouis

Secrets d’autrefois

Ne sont peut-être pas

de simples mémoires

des souvenirs ordonnés

classés

mais les graines

qui contiennent

tous nos peut-être futurs

Et cætera, par exemple.

« Et cetera desunt » est une locution adverbiale nous venant du latin médiéval qui signifie « et les autres choses manquent » ou « et le reste est omis » ; car, ainsi que nous le savons, et comme nous le redoutons, ni le livre, ni la vie, ne sauraient être exhaustifs.

Et l’histoire insaisissable à écrire encore est une lanterne sourde et d’infortune.

Durant le Moyen Âge, il n’était pas rare que l’on mette un Z au lieu d’un S au pluriel de certains mots. Toutefois cette orthographe étonnante était due uniquement aux copistes qui trouvaient que, pour leurs manuscrits, les lettres à queue étaient d’un effet plus agréable que les lettres courtes. Alors, les moines substituaient volontiers les premières aux secondes, surtout à la fin des phraseZ.

Le moine copiste est toujours seul

Surtout lorsqu’il doit cesser de copier

Et s’y mettre à son tour

L’imaginaire monastique a su inventer, par – ou avec – facétie, un démon particulier, appelé Titivillus, et parfois « Tytyvillus », « Tutivillus », « Tutuvillus », afin d’excuser les erreurs et les fautes des moines calligrapheZ.

La répétitivité de la tâche des moines copistes occasionnait des erreurs et les mots étaient mutilés, déplacés, mal orthographiés ou tout simplement absents, et il fallait rappeler aux moines leur pêché d’inattention.

Ainsi ces derniers faisaient porter la responsabilité́ de leurs erreurs à ce petit diable, et se dédouanaient en écrivant au dos de leur copie : « Titivillus m’a fait faire cette faute » ou « Ce n’est pas moi, c’est Titivillus ! ».

Il apparaît la première fois dans le Tractatus de penitentia, écrit vers 1285 par John de Galles qui ajoute : « Quacque die mille / Vicibus sarcinat ille ».

Chaque jour, Titivillus devait trouver assez d’erreurs pour remplir son sac mille fois ; erreurs que le démon apportait au diable. Chaque erreur, comme un péché, était dûment enregistrée dans un livre face au nom du moine qui l’avait commise, afin qu’il soit énoncé le jour du jugement dernier.

Et les moines de s’exclamer avant la moindre faute : « Puisse Titivillus ne pas remplir trop sa besace ! ».

Même s’il disparaît peu à peu à la Renaissance, Titivillus demeurera longtemps dans l’imaginaire collectif puisque Shakespeare l’évoque dans le deuxième acte de son Henri IV, et qu’au siècle dernier, le très sérieux dictionnaire de référence The Oxford English Dictionary, mentionnait encore son nom dans une note de bas de page.

Sacré TitivilluZ.

L’esperluette est ma complice & la ❦ma coquetterie.

 

Vers la fin du XVème siècle, Alde Manuce, imprimeur, libraire, éditeur, vénitien, et humaniste imagine les poinçons de la feuille de vigne. ❦ Il fixe ainsi un motif souvent aléatoire que l’on réalisait à la main.

Ainsi naît la feuille aldine, une feuille typographique élégante & délicate parée de sarments ondulés de différentes tailles.

La feuille aldine sera déclinée à l’envi par les typographes et vivra ses belles heures au siècle de l’Humanisme.

Si vous êtes un humaniste, faites confiance à la feuille aldine, ce petit cœur qui sait battre au gré des mots vivants et des pages. ❦

 

Éric Poindron

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A propos du rédacteur

Eric Poindron

 

Éric Poindron est éditeur, écrivain (Actes Sud, Flammarion, L’Épure, Le Coq à l’Âne, Le Réalgar, Les Venterniers,...), piéton, critique et cryptobibliopathonomade.

Il anime la collection « Curiosa & cætera » pour Le Castor Astral. Il s’intéresse à la petite histoire de la littérature et à ses excentricités : auteurs mineurs, petits éditeurs, bibliophilie, fous littéraires, sciences inexactes ou paralittérature. Il lui arrive aussi d’écrire sur la gastronomie, les vins et les alcools. Ou pour - et sur - le cinéma.

Collectionneur d’objets et d’instants insolites, il est aussi le curieux gardien d’un cabinet de curiosités. Il aime à faire croire qu’il pratique la bicyclette avec délectation, et affirme avec méthode, mais non sans stupeur, que les fantômes existent. Il anime au quotidien un cabinet de curiosités en ligne où il mélange en un labyrinthe forcené des pistes de lectures, des découvertes bibliophiliques, des fictions ou des poésies, des voyages insolites, des hommages au jeu d’échecs, des fantômes bienveillants ou l’histoire de la gastronomie, entre autres.

 

Derniers ouvrages parus Comme un bal de fantômes - Meilleur recueil poétique 2017 / Les honneurs de La cause Littéraire et L'Etrange Questionnaire d'Eric Poindron Castor Astral, collection Curiosa & cætera.