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Mes amis (décrits en quelques mots), Marianne Braux

Ecrit par Marianne Braux 05.11.19 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Mes amis (décrits en quelques mots), Marianne Braux

 

J’accroche

avec les gens plein d’épines

et à la langue râpeuse

Auprès des bêtes et des cloches

je suis heureuse

Je suis cul et chemise

avec les démunis les mendiants

Je fais bon ménage

avec les cocus et les adultes errants

Très vite je sympathise

avec les ivrognes au pas lent

En un rien de temps je fraternise

avec les orphelins de tous âges

A merveille je m’entends

avec les sourds au beau langage

Je suis sur la même longueur d’onde

que les hommes au regard vague

que les femmes à la chair molle

les marins d’Amsterdam

et les putains du port

Je suis comme tout le monde

j’aime quand quelque chose se passe

Facilement je m’attache

aux souillons à tous les malpropres

Je préfère Cendrillon

à la princesse derrière qui elle se cache

 

De la compagnie des marginaux

jamais je ne m’ennuie

car moi aussi j’ai des maux

dès lors que je parle (j’é-cris)

 

Ta peau

 

J’ai voulu ta peau

Mate émaillée de mes mots

Doux de plus en plus durs

Dans les draps beaux

Et bleus blancs lourds

De notre littérature

Dans ces draps d’eau

Où tant s’écoule

Où tu me bouges

Et je te tire

Où l’on a maille à partir

Avec le mal de plaisir

 

Notre lit pour patrie

Où l’on sème

Des permanences

Dans le sens du jour

Comme de la nuit

 

Je veux

 

Ne plus parler de nous

Ni pleurer nue

Je voudrais

Fabriquer de l’amour

A en crever la vue

De tous ces mots tabous

Que je vois sur ta peau

Qui n’a rien à cacher

Qui n’en dit jamais trop

Pour moi

Sous mes draps que j’ai cru

Etre ta peau

 

Etre ta peau

 

J’ai voulu ta peau

Mâle et taillée de mes mots

Courts de plus en plus bruts

Sous les drapeaux

Blancs un peu rouges

De notre terrain de lutte

Sous les bravos

De cette foule

Folle dont je doute

Mais qui m’habite

Je voudrais en finir

J’aimerais tant te dire

 

Notre chambre pour champ

De bataille immanente

Où l’on s’étire

En suivant la carte du Temps

Ses moindres soupirs

 

Je veux

 

Ne plus imaginer

Ni dormir sans

Ta peau que mes mots savent

Sur le bout de la langue

Ne plus te prononcer

Tout bas jusque tard

Dans le noir

Je suis exsangue

Moi là

Sous ces draps que j’ai cru

Etre ta peau

 

Etre ta peau

 

Marianne Braux

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A propos du rédacteur

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Marianne Braux est docteure en littérature française et enseignante de français à Adélaïde en Australie.