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Litanie pour les disparus (par Hans Limon)

Ecrit par Hans Limon 14.05.19 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Litanie pour les disparus (par Hans Limon)

 

 

Ce texte fait partie d’un immense ensemble qui s’appellera Le Marcheur de Flammes (et dont l’architecture reprendra celle de la Bible).

 

Le babil ingénu des soyeux rossignols

le roulis chaleureux des modestes envols

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et mes élans crevés d’emblée se font la belle

 

un soleil matinal au chevet des planètes

une gloire azurée nimbant toutes les têtes

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et mon trèfle jauni se ramasse à la pelle

le doux balancement des fesses de Junon

l’ivresse engloutissant l’ombre du cabanon

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et la horde poursuit la mince tourterelle

 

le râle des plaisirs devant la maison close

le secret des ébats que la foule indispose

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et le coup de fusil froisse le bec et l’aile

 

la torsion des corps nus sous la voûte grimée

l’orgasme brut sous la paupière de l’aimée

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et me taille le sexe en forme d’hirondelle

 

des beaux condescendants jusqu’aux faux remontants

l’hypocrisie navrée déploie ses contretemps

puis d’un salut touchant rejoint l’œuvre et l’Enfer

où s’offre au stupre un peu de poils de jambe en l’air

 

le souvenir futur des avenirs passés

la trouble confession de l’ombre aux opiacés

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et couvre de charbon mon pancréaquarelle

 

une heure au pied du pic à guetter les abaques

le désir agressif à se prendre des claques

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et mon verre vidé réfléchit la tonnelle

 

la symphonie du monde émonde à l’aveuglette

les spasmes satisfaits baisant ma joue replète

et la mort qui m’appelle et la mort qui m’appelle

et l’ogre léonin déchire la gazelle

 

mon occiput scié sur le terne chambranle

et la vie qui s’en fout et la vie qui s’en branle

mes derniers jours de paye à la roulette suisse

et la vie qui frémit de voir mon entrecuisse

 

ma gorge lacérée prête à jouer les esprits

et la vie qui s’amuse et chie sur mes écrits

ma poitrine écrasée sous le poids des remords

et la folâtre vie qui multiplie mes torts

 

ma silhouette évasive au quatrième étage

et la vie qui s’agite et boucle mon bagage

le cul par-dessus fête au milieu des passants

et la vie qui nettoie les traces des absents

 

ma poésie languit loin des joies de Paname

et la vie qui s’affaire et la vie qui s’affame

le papier qui s’échange avec de beaux soupirs

et la vie qui se pâme et tringle mes tapirs

 

ce fléau de moi-même aux basques d’un ami

et la vie qui se lasse et s’endort à demi

ce piteux carnaval au milieu de la place

et ma gueule cinglée froide comme la glace

 

et mon corps délabré que lorgne le rapace

et la vie qui fignole et la vie qui fracasse

mon cri d’orfraie sordide au bord des lourds tombeaux

et la vie qui débarque avec ses gros sabots

 

et s’exprime et déplore et termine au bistro

car ce jeune exagère, hallucine allegro

car il faudrait saisir l’avant-dernier métro

car il fait bien trop froid depuis sa brève intro

 

car vit trop celui qui ne vit que pour survivre

et boire aux vieux châssis la tourmente et le givre

 

car je suis l’angelot des gens de la fontaine

qui de sa verge vague, espiègle, inique, hautaine,

arrose vos dictons, purifie vos cervelles

et n’en finit jamais de souffler vos chandelles

 

car ta bouche a prédit mon languissant naufrage

et je ne voudrais pas léser mon équipage

car ta langue a maudit mon entrechat sauvage

et je baiserais bien ta brume et ton ramage ».

 

Hans Limon

 

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A propos du rédacteur

Hans Limon

 

Professeur de philosophie et de théâtre. Ecrivain et poète.