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Les Amazoniques, Boris Dokmak

Ecrit par Patryck Froissart 22.09.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Polars, Ring Editions

Les Amazoniques, avril 2015, 430 pages, 19,95 €

Ecrivain(s): Boris Dokmak Edition: Ring Editions

Les Amazoniques, Boris Dokmak

 

Voici un roman qui est tout le contraire d’un long fleuve tranquille, même si la majeure partie de son cours narratif se déroule sur les eaux généralement languides d’un immense réseau fluvial plus ou moins imaginaire que l’auteur situe dans une région inconnue aux confins de la Guyane et des pays limitrophes.

Dans cet enfer vert et quasi-vierge d’exploration, vit depuis des années le professeur Loiseau, un ethnologue français, en immersion dans des ethnies amérindiennes mal connues.

Un jour, à la stupéfaction des autorités locales, surgit de la forêt un Indien malade à l’agonie, « complètement radioactif », appartenant à la tribu considérée comme totalement éteinte des Arumgaranis cannibales. L’homme, porteur d’un mystérieux carnet noir rend l’âme immédiatement.

Dans le même temps est annoncée la disparition de Loiseau, soupçonné d’avoir assassiné ou fait assassiner au cœur de la jungle, pour des raisons obscures, Mc Henry, un agent américain représentant d’importants intérêts politico-économiques états-uniens. En conséquence, la vie de Loiseau est officiellement tenue pour fortement menacée.

Saint-Mars, alias S.M., alias La Marquise, policier parisien en délicatesse avec sa hiérarchie, fait l’objet d’une mutation disciplinaire en Guyane, avec mission de retrouver Loiseau et de le ramener aux autorités françaises de la région au motif d’assurer sa protection.

Saint-Mars, opiomane, perpétuellement sous morphine pour raisons de santé, se retrouve insupportablement plongé dans un microcosme malsain, sordide et torride.

Là se croisent et s’entretuent des garimpeiros, des aventuriers chasseurs d’Indiens à réduire en esclavage dans de grandes plantations des pays voisins, des Indiens vindicatifs chasseurs d’aventuriers, des trafiquants en tous genres, et, pour compléter la liste des périls de toute nature, une faune féroce et une flore oppressante.

Là végètent, dans des bourgades perdues, des Européens désenchantés dont le cours s’est un jour arrêté là, des Indiens déculturés réduits à accomplir en contrepartie de salaires de misère les travaux les plus difficiles pour alimenter leur alcoolisme chronique, des prostituées locales et pléthore de filles de joie importées…

Dans cet univers où le temps ne compte pas, où les heures paressent et s’appesantissent, où le moindre détail des préparatifs du voyage qui doit mener Saint-Mars au cœur de la jungle à la recherche de Loiseau se heurte à des obstacles démesurés tantôt dus à l’inertie inexplicable des autorités chargées de l’aider, tantôt mis en place par le clan McHenry, le policier va découvrir fort lentement, le mystère et le suspense étant magistralement entretenus par l’auteur, que l’affaire Loiseau-McHenry n’est que l’épisode collatéral d’une gigantesque et scandaleuse histoire d’expérimentation de l’impact de la radioactivité sur des cobayes humains.

On n’en dira pas plus…

Mêlant éléments historiques réels et pseudo-informations de pseudo-services secrets français et américains, Dokmak dénonce, entrecroisant verve truculente, descriptions d’un réalisme brut, voire brutal, et actions scéniques de nature à exprimer sans pudibonderie la cruauté de protagonistes pour qui une vie humaine est de valeur absolument nulle, d’une part et à la fois la cupidité sans limite des envahisseurs blancs ayant pour conséquence l’extermination des peuples indigènes et la destruction massive du patrimoine forestier local, d’autre part l’impitoyable « raison » d’état des puissances se livrant à la course sans fin du surarmement nucléaire et chimique…

Ça bouscule ! Ça « interpelle », comme on dit vulgairement ! Mais ça fait réfléchir…

Attention, toutefois : âmes sensibles s’abstenir !

 

Patryck Froissart

 


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A propos de l'écrivain

Boris Dokmak

 

Né en 1967 à Kiev, Boris Dokmak est passionné de littérature russe, de littérature décadente (fin XIXe siècle), de littérature noire et de jazz West Coast. Agrégé de philosophie, il vit actuellement en Anjou. Il se consacre à l’écriture depuis 2009. Depuis la publication de son premier roman, La femme qui valait trois milliards (Ring, 2013), Boris Dokmak est considéré comme un des prodiges du thriller français.

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littératures française, indienne, arabe, africaine, créole, étrangère en général

Genres : romans, poésie, éssais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Zulma, Actes Sud, JC Lattès

 

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l'Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l'Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice.

Professeur de Lettres, il a publié: en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en 2012, La Mystification, un conte fantastique (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions) pour lequel lui a été décerné le Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF.

Il est co-auteur de Fantômes (2012) et de La dernière vague (2012), ouvrages publiés par Ipagination Editions.

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix.

Actuellement conseiller en poésie et directeur de publication pour les Editions Ipagination, rédacteur de chroniques littéraires, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie.

Membre de la SGDL (Société des Gens de Lettres), et de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), Patryck Froissart est également membre du jury du Prix Jean Fanchette, que préside JMG Le Clézio.