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Le repli du paysage Magdalena Schrefel (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest 30.01.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Théâtre, Espaces 34

Le repli du paysage Magdalena Schreffel, 2019, traduction de Katarina Stalder. 62 pages, 13 euros.

Edition: Espaces 34

Le repli du paysage Magdalena Schrefel (par Marie du Crest)

 

La lecture d'un texte de théâtre contemporain est une expérience, qui assez souvent tient d'un mystère à dévoiler, d'un sens qui ne pourra réellement se donner que lorsque le spectacle effacera le texte « pur ». Il y a dans tout cela une énigme, parfois une impossibilité à tout saisir. La pièce de M. Schreffel, Le repli du paysage témoigne de cette expérience déstabilisante. En effet de quoi parle cette pièce ? Est-ce une fable écologique qui met en lumière l'abandon du travail humble de la terre, dans la campagne de Carinthie, en Autriche, le changement du paysage au profit de l'élaboration d'une Machine toute puissante qui se mettra même à parler et ce, au travers du personnage de Josef, le père désigné dans la liste des personnages comme un « excentrique » que ni son fils, ni le bourgmestre du village ne parviennent à détourner de son entreprise qu'ils jugent insensée. S'agit-il d'une tragédie contemporaine où le Destin ne relève plus des dieux mais des dérèglements inéluctables du climat ? Dans le premier monologue de la pièce, dit par le père, s'annonce le déluge à venir que le tableau 10 décrira par la voix du maire : la rivière a fait sauter son corset (p 46).

La pièce propose à la fois trois personnages qui pourraient soutenir la trame d'une falble dramatique (le père et le fils ainsi que le maire) selon une chronologie qui avance dans le temps et des voix extérieures sans motivation de vraisemblance. Par deux fois dans la pièce, apparaissent deux soeurs, des fillettes de la ville, Maija et Maïdi dont les dialogues en stichomythies demeurent assez décalés par rapport à la trame principale. Elles découvrent, elles partent à l'aventure jusqu'à leur rencontre avec la Machine inconnue. Par ailleurs quatre autres formes de paroles jalonnent le texte sous la forme d'un quintil puis de sizains et d'un huitain qui sont à la fois personnages et modes d'expression de la machine : susurrement ; chuchotement ; murmure et rumeur. Parole à la première personne (je veux) et à la manière d'une comptine finale. Un choeur, une voix hors de l'humanité ?

C'est finalement la Machine qui efface toutes les autres présences, les fait taire en quelque sorte en faisant entendre, dans les toutes dernières pages, son long monologue panthéiste, de Tout, au-delà de la poésie et de la narration dit-elle.

Bref la lectrice, le lecteur ne peuvent trancher, déterminer une seule compréhension du texte qui va jusqu'à inventer d'autres paroles hors du champ des dictionnaires : sururrement et suturrement. Le théâtre inventant ainsi un nouveau langage dans sa traduction française, privée de sa matière originelle : l'allemand.

 

Marie Du Crest

 

La pièce, en février 2019 a fait l'objet d'une lecture au Goethe Institut de Paris en en fin d'année, à la Comédie française (lecture par les sociétaires).

Les germanistes peuvent aller sur Hörspiel Pool, pour entendre une mise en onde, du texte.

 

Magdalena Shrefel est née en 1984 en Autriche. Après des études d'ethnologie et de littérature allemande, elle publie sa première pièce en 2013, mise en scène par Zino Wey. L'année suivante, paraît Le repli du paysage, pièce qui sera mise en ondes sur BR2 en Allemagne. L'autrice continue à écrire pour le théâtre mais elle publie également des nouvelles, des essais. Elle a reçu des prix littéraires pour nombre de ses oeuvres.

Le repli du paysage est la seule pièce à ce jour disponible en français.

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A propos du rédacteur

Marie du Crest

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Rédactrice

Théâtre

Espaces 34, Actes Sud Papiers

 

Née en 1959 à Lyon. Diplômée de philosophie et agrégée de Lettres modernes. Des passions : le théâtre contemporain français et étranger, les arts, l'Asie.

A vécu longtemps à Marseille, ville qu'elle n'oubliera pas. Mer Plages Tongs.

Enseigne depuis cinq ans  avec ironie les cultures de la communication.