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Le Bon Usage, Grevisse langue française, 16ème édition, Maurice Grevisse, André Goosse

Ecrit par Léon-Marc Levy 24.11.16 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Le Bon Usage, Grevisse langue française, 16ème édition, Deboeck supérieur. 1750 pages. 89 €

Ecrivain(s): Maurice Grevisse, André Goosse

Le Bon Usage, Grevisse langue française, 16ème édition, Maurice Grevisse, André Goosse

 

Comment parler du Grevisse ? Comment parler d’un ouvrage dont la réputation touche au légendaire ? « Le Bon Usage » du français se confond totalement avec ce livre de référence dont il ne viendrait à personne l’idée de contester l’exactitude et la richesse. Peut-être peut-on chercher cette réussite parfaite dans le propos même de cet outil unique. La vocation du Grevisse n’est pas normative, elle est exclusivement – et avec la passion de ses auteurs – descriptive du fait que constitue la langue française, dans son évolution permanente. Le Grevisse c’est le français aujourd’hui, mais dans sa dimension historique, tournée donc vers hier et – déjà – demain.

Dès sa naissance, en 1936, le Grevisse constitue une approche radicalement nouvelle de la langue : c’est la première fois qu’un grammairien de haute volée préfère le fait à la règle, le réel du français et des normes imposées. D’aucuns, très vite, parlèrent d’ouvrage révolutionnaire. Et il est révolutionnaire car il n’édicte pas des règles au nom d’une autorité académique mais accumule les exemples et citations littéraires pour présenter les différents usages, styles et niveaux de la langue française parlée et écrite.

Comme l’écrivit Hervé Bazin, Grevisse a une « conception nouvelle du rôle de grammairien, préférant le fait à la règle ; une constante remise à jour ; une érudition jamais rêche, jamais sèche, une somme d’exemples, de citations anciennes ou modernes répondant à d’immenses lectures ; et surtout la modernité de l’analyse, jointe au sens de la mesure. Grevisse n’est ni laxiste ni fixiste. Il constate, explique et trie ; il compare et commente. Contre les grammairiens-gendarmes qui interdisaient, qui s’emparaient de votre bouche pour transformer vos dents en barreaux, il choisit le rôle d’ingénieur du son, d’ingénieur du sens. Contre le magistère, il choisit l’écoute. Il trouve bon qu’une langue parlée par des êtres vivants soit, comme eux, en évolution continue ; que mort et naissance, comme eux, la renouvellent, raniment incessamment ce qui a perdu jeunesse, force et saveur. »

Et André Gide, de son côté en dit : « remarquable ouvrage, d’abondants exemples si pertinemment choisis que le bon usage se lit avec amusement et ravissement (si j’en juge par moi). M. Grevisse ne consent pas à considérer le français comme une langue figée. Il dénonce les incorrections, les infractions aux règles précédemment admises, mais sans s’élever contre elles de parti pris ; sans non plus pour cela les approuver toujours. Il fait le point. »

Que le futur usager ne s’y trompe pas : le Grevisse n’est pas un dictionnaire ou un livre de grammaire. C’est le roman de la langue française, convoquée ici dans toutes ses dimensions : lexicale, syntaxique, orthographique, étymologique, historique, littéraire. Et, comme tout roman, il se lit ! Oh pas forcément du début à la fin, l’entreprise serait bien hardie. Mais par morceaux, à l’occasion d’une recherche, d’un questionnement sur l’une des (nombreuses) énigmes de notre langue. Le lecteur sera toujours surpris, non par la vérité absolue délivrée par le livre (le Grevisse n’a rien de biblique ou de coranique), mais la réponse objective, toujours contrastée, souvent plurielle à la question qu’il se posait. La consultation du Grevisse ne pourra donc que décevoir ceux qui cherchent des règles intangibles et des dogmes, la preuve des erreurs de l’autre, de celui que l’on rêve d’humilier. Mais elle ravira ceux qui, pris de doute, découvriront que d’autres avant eux, des écrivains renommés souvent, ont osé commettre ce qu’ils croyaient être une faute.

L’édition des 80 ans - la 16ème en date - celle qui nous occupe ici, fidèle à la philosophie initiale de Maurice Grevisse, son fondateur, marque néanmoins de très importants réaménagements structurels. En particulier, la marge des pages devient un outil essentiel, puisque chargée désormais de renvoyer vers les « remarques », « historique » et « autres exemples » qui constituent un éclairage formidable du corps de texte.

Rien ne vaut mieux que d’en citer quelques exemples.

A propos de l’emploi de l’italique (P. 80) : Remarque. « Dans un texte manuscrit ou dactylographié, l’équivalent normal de l’italique est le soulignement. On utilise parfois des guillemets […] »

A propos de la phrase complexe (p. 500) : Historique. « L’emploi de pour que après assez est apparu seulement au XVIIème siècle. […] »

A propos de l’adverbe (p. 1296) : Autres exemples. « Avec sonnant, V. Hugo, Misér. IV, VIII, 6 […] Barrès, Colline inspirée p. 245 […] »

 

Compagnon précieux des amoureux de la langue française, le Grevisse est le témoignage incontournable de la vivacité d’une langue, de sa diversité, de son génie.

 

Léon-Marc Levy

 


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A propos de l'écrivain

Maurice Grevisse, André Goosse

 

Maurice Grevisse (Rulles 7 octobre 1895 – La Louvière, 4 juillet 1980) est un grammairien belge francophone.

Le nom « Grevisse » ne prend pas d'accent, mais il est couramment prononcé Grévisse. Familièrement, « le Grevisse » désigne son ouvrage Le Bon Usage.

André Goosse, également grammairien belge, est son successeur à la tête du Grevisse.

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition préférées : La Pléiade Gallimard / Folio Gallimard / Le Livre de poche / Zulma / Points / Actes Sud /