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La leçon du brin d’herbe, Olivier Bleys (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay 14.01.21 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

La leçon du brin d’herbe, Olivier Bleys, éditions La Salamandre, novembre 2020, 146 pages, 19 €

La leçon du brin d’herbe, Olivier Bleys (par Delphine Crahay)


La leçon du brin d’herbe est un essai qui mêle récit et impressions de voyage, anecdotes et descriptions, réflexions et méditations sur les sujets qui importent l’auteur : la marche comme la façon la plus juste de prendre la mesure et le pouls d’un territoire, d’habiter le monde et soi-même ; un rapport à la nature fait d’humilité, d’admiration et de fascination pour ses étonnantes facultés de récupération, de réparation et d’adaptation, ainsi que d’une curiosité et d’un intérêt très vifs pour ses formes multiples et sa foncière étrangeté. L’ouvrage est composé de courts chapitres qui sont autant d’escapades où l’on suit Olivier Bleys dans ses marches intermittentes, des montagnes de Norvège aux baies de Madagascar.

C’est un livre qui donne à voir et à imaginer, offrant au lecteur sédentaire des voyages et un dépaysement par procuration, sans effort – c’est, je suppose, le principal attrait des littératures de voyage. Cet ouvrage donne aussi à réfléchir, et peut-être à penser. Olivier Bleys y expose les leçons qu’il a prises ou conçues – celle du brin d’herbe et les autres.

Il réfute certaines idées reçues, comme le prétexte éculé dont se rengorgent beaucoup d’écrivains-voyageurs à prétentions philanthropiques : rencontrer l’Autre. Il critique ou déplore, avec justesse mais en négligeant la nuance, certains travers et tares de notre époque, comme le sécuritarisme et « l’impossibilité croissante, pour quiconque, de risquer quoi que ce soit », notre excessive sédentarité, l’uniformité grise des grandes villes. Il invite à un changement de regard et d’attitude à l’égard des autres êtres vivants, qu’ils soient animaux ou végétaux, fondé sur « une équité enfin rétablie entre toutes les formes de vie animée », tout en étant conscient des apories auxquelles ces idées peuvent mener, et sans tomber dans l’écueil de l’angélisme – d’un certain idéalisme, peut-être pas. Il rappelle aussi, très opportunément, que l’homme de ce siècle néglige de regarder le ciel, de marcher pieds nus et de marcher tout court, et les bénéfices que l’on peut en retirer.

Tout cela est dit avec une certaine franchise, sans emphase ni moralisme – ou si peu – et il semble qu’Olivier Bleys s’évertue à mettre en pratique ses principes : c’est à mettre à son crédit, de même que l’attention curieuse et passionnée au monde dont témoignent ses propos, et sa façon de se frotter, sans pour autant les rechercher, à l’âpreté et aux aspérités du monde. Il n’échappe pourtant pas à d’autres travers, comme penser que la nature est infiniment supérieure à l’humain, ce qui est encore hiérarchiser, c’est-à-dire répéter un réflexe humain aussi vain que délétère, ou affirmer, sans nuance, que « les êtres humains sont partout les mêmes » – ce que je refuse de croire.

En somme, La leçon du brin d’herbe est une aimable conversation avec une personne assez intéressante, qui a vu du pays et est de bonne compagnie. Il nous offre, dans une prose fluide et élégante, un moment d’évasion, une échappée, et Olivier Bleys y apporte, par son témoignage et ses réflexions qui invitent à l’action, une contribution à l’entreprise de changement des idées, des mentalités et des visions du monde qui est aussi nécessaire et urgente qu’utopique – hélas. Ce n’est pas rien – c’est même beaucoup – mais l’ensemble m’a laissée assez froide : il a quelque chose de lisse, de fade, de plat, tant dans sa lettre que dans son esprit.


Delphine Crahay


Né en 1970, Olivier Bleys, voyageur et marcheur, est l’auteur d’une trentaine de romans et d’essais.


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A propos du rédacteur

Delphine Crahay

 

Lectrice fervente et vorace. Etudiante en lettres – on l’est ad vitam –, enseignante dans un passé révolu, brièvement libraire, bientôt stagiaire dans une maison d’édition. Tient un blog nommé Analectes et brimborions, où l’on trouve des chroniques littéraires et linguistiques, des billets d’humeur, des textes aimés, quelques gribouillages.