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Injection mortelle, Jim Nisbet

Ecrit par Léon-Marc Levy 28.04.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Rivages/noir, Roman, Polars, USA

Injection mortelle (Lethal Injection), janvier 2016, trad. américain Freddy Michalski, 269 pages, 8 €

Ecrivain(s): Jim Nisbet Edition: Rivages/noir

Injection mortelle, Jim Nisbet

 

Les trois premiers chapitres de ce livre vont vous poursuivre longtemps. Leur noirceur, leur violence et – malgré tout – leur bouleversante humanité sont de ces moments de littérature qui entrent dans le panthéon imaginaire des lecteurs. Ils constituent aussi la matrice narrative qui va déployer les lignes de tension de tout le roman : la culpabilité, la quête de rédemption, le châtiment.

Bobby Mencken est au bloc des condamnés à mort. Il attend. C’est imminent. Le prêtre est là, qui radote. Bobby s’en fiche. Il regarde son seul ami dans sa cellule : un cafard.

« Le cafard se tenait là avec ses six bas carmins et son fuselage zébré, à jouer de ses antennes, comme s’il battait la mesure de la prière qui descendait sur lui des hauteurs des cintres, presque comme un acteur sur sa scène, où les jambes noires du prêtre seraient les tentures d’une chapelle funéraire. Matilda le cafard, petite maîtresse du temps et de l’espace, qui savait aller et venir en ces lieux à son gré, témoignage d’un idéal de survie élégante et sans effort ».

La troupe des « exécutants » arrive. Jim Nisbet nous livre alors des pages inoubliables.

« Lorsque la porte se referma, que les longues tiges d’acier qui en verrouillaient le haut et le bas vinrent reprendre place dans leur logement, leur fracas se répercuta à travers le module des cellules, renvoya en écho la peur née des enfers aux machines lointaines. Nul ne pouvait entendre ces bruits sans s’interroger sur les tristesses et les laideurs dont ils étaient porteurs ».

Franklin Royce, petit médecin médiocre, accepte des missions dans des prisons et, ce soir-là, il est chargé d’exécuter un condamné à mort. Il administre ainsi l’injection mortelle à Bobby. Mais il sait, avec la certitude de l’évidence, que l’homme est innocent.

Alors, c’est avec ce poids effroyable qu’il va devoir revenir à sa vie qui, en elle-même, est un châtiment. A commencer par le spectacle de son épouse qui ne cesse de le harceler depuis une erreur de conduite conjugale.

« Il la regarda, Pamela, son adorable épouse ; ses mâchoires hideuses brassaient l’air en hennissant contre lui ; sa femme était en train de hennir ».

Injection Mortelle, grand roman noir, est aussi l’histoire d’une vengeance par procuration. Franklin se fait Ange de la Mort dès qu’il comprend qu’il ne pourra plus jamais se débarrasser du regard de Bobby au moment de l’injection. C’est pour lui le prix à payer : Ange de la Mort il fut, Ange de la Mort il sera. Et encore par une injection mortelle.

Au style impeccable et profond de Nisbet – Jim Nisbet est l’auteur de superbes poèmes –, il faut adjoindre la force de la traduction de Freddy Michalski qui, dans des sonorités sombres, rend magnifiquement ce récit.

Y aura-t-il encore des lecteurs de ce livre pour dire que le roman noir n’est pas de la grande littérature ?

 

Léon-Marc Levy

 


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A propos de l'écrivain

Jim Nisbet

 

Jim Nisbet, né le 20 janvier 1947 à Schenectady dans l’État de New York aux États-Unis, est un poète et un écrivain américain de roman policier.

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil