Griffes 33 (Alain Faurieux)
Je suis drôle. David Foenkinos. Gallimard, Coll. Blanche. 2026. 192p. 20€
David Foenkinos. Auteur connu. Reconnu. Un petit livre de plus. Court, vite lu. Vite oublié sans doute. Doit ressembler aux autres Foenkinos que j’ai dû lire. Oubliés déjà. C’est agréable. Agréable cette sensation de flottement. Aucun effort pour le lire. Écrit sans efforts. Un survol sans moteur d’un paysage sans relief. Une balade digestive en forme de sieste. Bienvenue au pays des somnambules. Le Pitch ? Un jeune homme beau et triste se veut drôle. Et vouloir c’est pouvoir. Le volume se termine par le titre. C’est fort, c’est beau. La patte de David est sans doute de voir tout cela de très loin, très vite. Comme si le livre allait commencer ensuite. Mais non, c’est fini. Le style est limpide : des phrases courtes, des propositions courtes. Le lexique est simple, de tous les jours sans être familier. Du second degré, ou peut-être pas. Peut-être que tous les clins d’œil de David, les piques à sa propre écriture n’en sont pas ; peut-être l’ironie n’est-elle que du cliché…tout est tellement superficiel. Soigneusement, lourdement léger. Presque une grosse nouvelle, sans la précision, ou la chute. Foenkinos délaye au lieu de sabrer, on va très vite mais ça prend du temps. Foenkinos est un maître des paradoxes. Pondre un opuscule par an. Ne rien écrire.
On pourrait ajouter cinq de ses petits légumes sans arriver à la satisfaction d’un bon gros volume d’un écrivain, un vrai. Foenkinos est un faiseur : le tour de main est sympathique, le produit toujours frais, la boutique à la mode. Parce que bien sûr tout ça sent l’air du temps, pas celui des cités, des clivages, de la haine qui monte. Non, un air soigneusement aseptisé, une brise en aérosol. Un monde où Cannes c’est le tapis rouge et la gloire mondiale, où les comiques du stand-up sont engagés dans une compétition bon enfant, où les agents d’artistes n’ont que l’oubli comme problème, où l’art contemporain attire les foules. Tout cela servi avec un petit sourire connaisseur mais bienveillant du maître d’. Pas de flatulences, d’aigreurs, de surprises papillaires. Le client sait ce qui l’attend : une salade composée bien équilibrée, emballée dans un contenant recyclé, à consommer en écoutant une jolie chanson de Jeanne Cherhal. Ou en extérieur, sur un banc du parc Montsouris. Un exemple d’ironie-qui-n’en-est-peut-être -pas : « Quelqu’un de plus solide aurait vécu ce petit échec comme une simple épreuve, et se serait ressaisi aussitôt. Dès qu’on le rejetait, Gustave avait le sentiment que tout le monde était contre lui. Il marcha jusqu’à son immeuble. Une fois dans son lit, il avala une gomme de mélatonine pour s’endormir. »
Comme devrait dire le bandeau distributeur, « si ça vous fait sourire, prenez une heure pour le lire ».
Vamos. Olivia Ruiz. Lattès. 2026. 234p. 20,90€
Attention ! Ce texte n’est qu’un spoiler géant et de plus il abuse des guillemets.
Je croyais avoir bien aimé La femme chocolat dans les années 90. Vérification faite le morceau est paru en 2005. Quel rapport avec le livre d’Olivia Ruiz ? (Celui-ci, j’ai manqué les autres) je ne sais pas trop. Peut-être cette impression d’arnaque, de loupé sur toute la ligne, et un peu plus encore. La couverture vend l’auteure, ok. Ce n’est pas neuf. Livre plus que mince : il dépasse laborieusement la centaine de pages. Le Pitch ? Une quadra trop malheureuse de la vie (entrepreneuse, innovatrice et riche, auto-recyclée en maman télétravailleuse) décide d’emmener fiston découvrir la vie, une année sabbatique à parcourir le monde et découvrir la vraie vie, rien qu’eux deux, juré). Et c’est parti ! Le fiston est un Cm2 super en avance pour son âge. Mais quand même en CM. L’année sabbatique fera 7 mois, pas grave. Et notre gentille autrice accumule les clichés, les formules et les poncifs. Découvrir le monde ? Voici le programme : (sans mentir) Disney World, Universal Orlando Resort, avec gentil biker. Puis (si, si, j’mens pas), Essaouira, ses poissons et ses indigènes. Et Cuba, torride comme de bien entendu, avec soirée Santeria offerte. Suit Marseillette, pour voir Papi à Noël et pour que les enfants (c’est dans leur ADN) dansent joyeusement. « Les palmas et les percussions démarrent. Les enfants miment des danseurs de flamenco avec l’arrogance que l’exercice impose. C’est vif, un chouïa maladroit et assez comique. Pourtant, on distingue dans leurs mouvements l’Espagne qui coule dans leurs veines. » Zut ! Mes enfants n’ont jamais poussé la moindre buleria.
Suit un tour au Caire (musées, tombes et indigènes oh si gentils). Méfiance, la guide est vendue au régime. Et final éblouissant (non) à Madrid pour la découverte incroyable mais vraie du livre : arrière-papi et arrière-mamie étaient… (heureusement ils étaient aussi maltraitants) ...des fascistes. Ce qui semble expliquer quelque chose mais on ne sait pas quoi. L'épilogue quant à lui éclaircira les vraies raisons de notre narrateuse (pourquoi pas l'écrire comme ça) pour accomplir ce périple parascolaire. Des moments de gênance ? Oui, bien sûr. Une fois en Floride l’amour de sa maman (mot secret : cerise) fait montre d’un niveau redoutable en anglais (terminale option anglais Euro), mais se révèlera nul en espagnol, le sang peut mentir. En Égypte il utilisera l’app de son téléphone. Ses copains riches comme lui (il n’a pas QUE des harceleurs dans son école) peuvent venir un week-end à Barcelone, trop sympas. Il discute politique comme un chroniqueur de Radio Nova mais coince bêtement au moment d'échanger sur la bisexualité avec maman. Bref, nous sommes dans une pseudo-réalité pour vieilles midinettes. Le style de Ruiz ? Entièrement au service du récit. Faut qu’ça roule, c’est du roadtrip Marseilette-style. Boursouflé de mignardises, Exagérant le détail, fusillant l'essentiel. Ça va vite, c’est du jeune d'avant-hier. Là où les vendeuses de Dark romance peinent à donner de la chair à leurs intrigues niaiseuses, Ruiz enveloppe sans peine son vide dans des descriptions dignes de fascicules de promotions Voyages du Monde et Découverte de soi. Vignettes de souks et vieilles cylindrées sur le Malecón. Le lexique, fade et quelconque, réussit à transformer la narratrice (redoutable femme d’affaires sans aucun souci financier et fille d’artiste) en bobonne pleurnicharde. La fin étant le pire. Voici les lignes offertes aux acheteurs des excursions supplémentaires à dos de chameau. « N’oublie pas que tous les papillons que tu croiseras seront un peu de mon amour qui s’est échappé du ciel pour te rappeler que je suis là. »
Alain Faurieux
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