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Et la vie continua, Jean Boisdeaufray (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon 10.09.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles

Et la vie continua, Jean Boisdeaufray, Editions du Petit Pavé, 2010, 132 pages, 15 €

Et la vie continua, Jean Boisdeaufray (par François Baillon)

 

Ce recueil de nouvelles se tient comme un funambule adroit sur la corde séparant le rêve et la réalité : d’une part, en raison des différents genres qui sont représentés dans ces nouvelles ; d’autre part, par le fait qu’on y rencontre à la fois des personnages pleinement imaginaires et l’auteur lui-même, exposant des souvenirs à la teinte réaliste ou, au contraire, immergés dans le fantastique.

Ainsi, Le souterrain nous conduit vers un souvenir de jeunesse de Jean Boisdeaufray, condamné à être un découvreur solitaire et incompris, mais seul détenteur d’un secret qui persiste à enchanter son enfance et à lui rendre une saveur particulière. C’est l’une des nouvelles les plus émouvantes de ce recueil.

D’une manière différente, Les cavaliers de Noël s’appuie également sur la mémoire du jeune professeur qu’était Jean Boisdeaufray, mais pour nous emmener, cette fois-ci, dans un mystère qui se tient aux portes du merveilleux et de l’historique.

Nous sommes alors comme un cercle d’enfants ébahis assis autour du conteur : du reste, l’ouvrage atteste continûment de ce talent chez Jean Boisdeaufray. La plupart des nouvelles, dont certaines sont de véritables contes, mériteraient d’exister sous la forme d’une interprétation orale.

Le thème de la figure féminine, perçue comme une énigme et l’annonce d’un bouleversement, est central dans trois nouvelles : si la femme intervient comme une déesse ou un fantôme dans deux d’entre elles, elle s’ancre de façon plus abordable Rue de l’Espérance, à Paris, au sein d’une atmosphère aussi naïve que charmante. Dans cette nouvelle, le système du rituel apporte un refrain qui en fait une chanson légère et optimiste. Un même leitmotiv, mais dans un ton différent, car situé au sein d’un sujet dramatique, est présent dans la première nouvelle Et la vie continua…

Au premier abord, ce recueil semble donc proposer une variété de tons et d’ambiances on ne peut plus voulue : cependant une cohérence, dans la poésie, dans l’humour, fait se dessiner une harmonie subtile.

Citons encore la nouvelle Le bois, qui se range du côté réaliste : au-delà d’un certain éloge de la vie en pleine forêt, qui n’écarte pas pour autant les difficultés qui y sont liées, au-delà des jeux d’enfance incomparables qu’on y développe, le narrateur semble exprimer le vœu d’être son héros. Et si tel est bien le vœu, comment ne pas voir s’imbriquer, de nouveau, le rêve et la réalité, comme un tout indissociable ? D’ailleurs, le conteur nous parle de « l’Eden » d’Antoine : dans Le bois, l’initiation à la chasse comporte forcément des essais ratés, la précarité est incontournable, mais les souvenirs heureux y sont les plus dominants. Le narrateur devient son personnage de façon toute imperceptible, car l’on sent avec tendresse qu’il voudrait ne jamais quitter son rêve d’idéal, auquel cas émerge un risque : « Un éclair soudain brisa l’enfance d’Antoine le jour où les parents lui annoncèrent qu’ils allaient déménager » (p.100).

Si Jean Boisdeaufray nous charme et nous happe incontestablement dans ses nouvelles fantastiques teintées de mystère et de merveilleux, qu’elles se passent à Madère, en Alsace ou en Anjou (Anjou dont certaines histoires issues de l’Histoire nous parviennent ici), il nous émeut plus encore quand il pose un regard réaliste sur les souvenirs de jeunesse.

 

François Baillon

 

Jean Boisdeaufray, né en 1940, a été professeur de lettres à La Flèche et au Mans. Et la vie continua, publié en 2010, est à ce jour le seul ouvrage qu’on lui connaisse.

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A propos du rédacteur

François Baillon

 

Diplômé en Lettres Modernes à la Sorbonne et ancien élève du Cours Florent, François Baillon a contribué à la revue de littérature Les Cahiers de la rue Ventura, entre 2010 et 2018, où certains de ses poèmes et proses poétiques ont paru. On retrouve également ses textes dans des revues comme Le Capital des Mots, ou Délits d’encre. En 2017, il publie le recueil poétique 17ème Arr. aux Editions Le Coudrier.