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Dissonances, revue pluridisciplinaire, #36, Eté 2019 (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest 13.06.19 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Revues

Dissonances, revue pluridisciplinaire, #36, Eté 2019, 48 pages, 5 €

Dissonances, revue pluridisciplinaire, #36, Eté 2019 (par Marie du Crest)

Le nouveau numéro de Dissonances fait suite à la précédente livraison, consacrée à la honte, et s’arrête sur le thème de la vérité qui, on le sait, a comme concept traversé toute l’histoire de la philosophie. En 2016, le vénérable dictionnaire d’Oxford, quant à lui, intégrait dans ses pages le terme de « Post-Vérité » à propos du contenu de l’information politique et ses nouvelles modalités bousculées par une approche émotionnelle des discours. La vérité a par ailleurs en français produit un grand nombre de constructions langagières comme le rappelle l’édito de Jean-Marc Flapp. On comprend dès lors tout l’intérêt de proposer à des auteurs et auteures de produire des textes sur le sujet d’autant que la fiction (dans des récits ou nouvelles) ou l’écriture poétique contribuent à interroger, à braver cette idée du Vrai.

La proposition graphique (comme à chaque numéro) d’Hélène Bautista joue sur la mise en forme plastique et chromatique de la vérité comme le montre sur la première de couverture l’image d’une allumette craquée, dont la flamme et le rayonnement lumineux en autant de petits points éclairent la noirceur du carré noir qui sert de cadre. La vérité comme lumière revient dans d’autres illustrations, au fil des pages. Elle est aussi veilleuse (aux deux sens du terme) de l’écrivain, et réverbère des rues (cf. portfolio).

Les 17 textes retenus par le comité de lecture sont ordonnés selon une progression qui part d’une écriture ample et serrée même visuellement, jouant parfois sur un effet de souffle coupé en l’absence de ponctuation comme dans La cuillère d’Uri Geller de Marie-Paule Ramo, et qui, vers la fin (les deux derniers textes) se donne comme strophe(s) et comme dernier mot en éclat :

soudain immobile, tu cries « vérité ! » Paysages, de Pierre Gondran dit Remoux

un cri aux accents

aigus de la vérité

Premier sang, de Samuel Martin-Boche.

On remarquera le retour ici du mot cri comme si cette vérité que bien des textes ont confrontée au mensonge, au doute, à ses « mouvances » comme l’écrit Jasmin Limans dans son texte où la vie humaine fait route jusqu’à la mort avec la vérité (ou son impossibilité), pouvait enfin, dans la simple puissance du mot, s’articuler et être proférée.

Les textes ne cessent de la chercher, de la saisir ou de l’éloigner comme le personnage de la fille d’un vieil homme en fin de vie qui ne sait si demain la vie de son père lui permettra de le revoir ; il faut faire « comme si ». Dans Champ de blé aux corbeaux (à la manière d’un titre de toile), Joseph Fabro met en perspective les hypothèses autour des circonstances de la mort de Van Gogh : faut-il croire à la thèse du suicide ou bien à celle d’un homicide perpétré par deux jeunes frères, les Secrétan, contre l’artiste à Auvers. La vérité est interrogation, hypothèses ironiques chez Christophe Esnault. La fiction, les histoires innombrables à raconter à propos de Jo Campo (de Thierry Covolo) constituent une manière de vertige. La vérité remet même en cause les diverses strates de l’écriture entre narration et langage dramatique dans Quatre, actrice une, d’Aurélia Declercq, ou encore dans l’art poétique du shibari ou de la coupure, du vide blanc de la ligne et du sens et de la lecture hésitante. Où est la vérité serait alors la machine à penser et à écrire toutes ces expériences littéraires.

Comme le veut le rituel de Dissonances, avec la rubrique dissection, la revue met à l’honneur un auteur contemporain à travers une interview ; cette fois-ci c’est Perrine Le Querrec, poétesse, romancière et pamphlétaire qui parle de son travail et de sa conception de l’œuvre littéraire. Dans disjonction les quatre critiques de la revue « chroniquent » Bastard battle de Céline Minard paru en 2008 et réédité en 2013. Toujours aussi les coups de cœur pour 8 publications.

Le numéro 36 se termine sur di(s)gression consacrée à deux artistes tatoueuses, Dorothy Purple et Carotide.

 

Marie Du Crest

 

Pour rappel, la revue peut être achetée en ligne :

http://www.scopalto.com/revue/dissonances

et dans des librairies à Paris et en province.

Le #37 aura pour thème IMPUR et sera mis en images par Corinne Le Lepvrier.

 

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A propos du rédacteur

Marie du Crest

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Rédactrice

Théâtre

Espaces 34, Actes Sud Papiers

 

Née en 1959 à Lyon. Diplômée de philosophie et agrégée de Lettres modernes. Des passions : le théâtre contemporain français et étranger, les arts, l'Asie.

A vécu longtemps à Marseille, ville qu'elle n'oubliera pas. Mer Plages Tongs.

Enseigne depuis cinq ans  avec ironie les cultures de la communication.