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Dans le confessionnal, et autres nouvelles, Amelia B. Edwards (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon 26.08.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Nouvelles, Editions José Corti

Dans le confessionnal, et autres nouvelles, Amelia B. Edwards, trad. Jacques Finné, 248 pages, 18,25 €

Edition: Editions José Corti

Dans le confessionnal, et autres nouvelles, Amelia B. Edwards (par François Baillon)

 

Si la littérature, comme d’autres domaines, est un champ infini, c’est en partie parce qu’elle nous conduit à porter notre regard vers des écrivain(e)s un peu vite oublié(e)s.

Amelia B. Edwards en sait quelque chose : Jacques Finné s’est intéressé de près à la vie et à l’œuvre de cette romancière et nouvelliste britannique, qui fut également égyptologue. En vérité, Amelia B. Edwards était plus que cela : journaliste, musicienne (elle eut le bonheur d’être soliste en tant que chanteuse lyrique), elle fut par ailleurs une conférencière très appréciée à la fin de sa vie, sillonnant l’Amérique et l’Angleterre.

Dans le recueil Dans le confessionnal et autres nouvelles, ce sont sept récits fantastiques qui nous retiennent, sept récits habités par des fantômes qui ne se révèlent pas aussi effrayants qu’on pourrait l’attendre. Sept nouvelles qui n’apporteront pas de surprise supplémentaire aux amateurs du genre fantastique à l’époque victorienne.

Cependant, il y a bien des qualités à souligner dans chacun de ces récits : en premier lieu, une narration d’une extraordinaire maîtrise, nous tenant en haleine et laissant présager du talent d’Amelia B. Edwards dans ses romans policiers. D’autre part, ces nouvelles ne nous font pas simplement voyager par l’esprit, elles se situent aussi sur différents points géographiques, un aspect qui renvoie au goût qu’avait leur auteur pour l’expédition. La nouvelle Les Îles au trésor le montre admirablement : écrit et paru avant le célèbre roman de Stevenson, outre le fait qu’il rappelle fondamentalement Robinson Crusoé, le récit fait aussi un écho fabuleux au Dit du Vieux Marin de Coleridge. Plus que son caractère fantastique (ceci vaut également pour les autres œuvres du recueil), c’est son atmosphère étrange, toute de solitude et d’angoisse et nous immisçant dans un monde aussi fascinant que diabolique, qui saisit notre imagination. Comme nous n’avons finalement pas les réponses à toutes nos questions, l’auteur nous laisse volontiers poursuivre notre propre enquête intérieure.

Ceci étant, il y a une autre raison, et pas la moindre, qui nous pousserait à relire ou à découvrir les œuvres d’Amelia B. Edwards. Cette raison, on la doit à la veine réaliste de ses nouvelles : en effet, ce qui y est souvent développé, c’est l’échec des relations humaines, particulièrement quand elles touchent à l’amour et à l’amitié. Combien de mélancolie, combien de tristesse, mais aussi combien de trahison et de haine au sein de ces textes remarquables ? Nous sommes plus proches de l’humanité qu’il n’y paraît : ainsi, si le surgissement d’un mystère, si l’apparition d’un fantôme forme bel et bien le pivot de chacune de ces œuvres, il semble que ce soit pour nous emmener vers une vision plus éclairante des rapports humains, et c’est peut-être le premier but que s’est imposé Amelia B. Edwards en les écrivant. On y constate le comportement déplorable, voire abject, de certains de nos semblables ; pour d’autres, qui connaissent la malchance de perdre un être plus aimé que tout, la résignation et le désespoir semblent vouloir les figer. Face à ceux qui restent, des fantômes étrangement humains se dessinent : des fantômes plus humains que jamais, en vérité, sans doute parce qu’ils sont en train de jeter leur dernier cri sur la terre, sans doute parce qu’ils tiennent à imprimer dans la mémoire des vivants le sentiment de l’injustice – ainsi, l’objectif premier n’est peut-être pas d’effrayer.

Ce recueil publié chez José Corti se pourvoit d’une couverture superbe, reprenant une peinture d’Arnold Böcklin, dont l’attrait seul donne envie de tourner les premières pages.

Amelia B. Edwards : à relire assurément, à ne pas oublier définitivement.

 

François Baillon

 

Amelia B. Edwards (1831-1892) fut romancière, nouvelliste, journaliste et égyptologue, entre autres activités. Outre des romans policiers qui eurent beaucoup de succès en leur temps, on lui doit dix-sept nouvelles fantastiques. L’Egypte devient son centre d’intérêt principal après une expédition qui la bouleverse en 1873 : elle fonde la Egypt Exploration Fund en 1882. Les dernières années de sa vie furent consacrées à plusieurs tournées de conférences.

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A propos du rédacteur

François Baillon

 

Diplômé en Lettres Modernes à la Sorbonne et ancien élève du Cours Florent, François Baillon a contribué à la revue de littérature Les Cahiers de la rue Ventura, entre 2010 et 2018, où certains de ses poèmes et proses poétiques ont paru. On retrouve également ses textes dans des revues comme Le Capital des Mots, ou Délits d’encre. En 2017, il publie le recueil poétique 17ème Arr. aux Editions Le Coudrier.