Cézembre, Hélène Gestern (par Alix Lerman Enriquez)
Cézembre, Hélène Gestern
Yann de Kérambrun, professeur d'histoire à l'université de Paris vient de perdre son père, quelques années après sa mère. Son père, puissant chef de l'entreprise familiale de navettes bretonnes basée à Saint-Malo, a toujours représenté pour Yann un être austère et tyrannique, un homme intraitable qui n'a pas su donner d’affection à ses enfants.
C'est donc le moment pour ce quinquagénaire désabusé qui vient de divorcer et dont le fils Paul s'est éloigné de lui pour aller en Allemagne, de retourner aux sources bretonnes afin de prendre du recul et d'interroger le passé familial. Yann décide alors de prendre une année sabbatique dans le manoir familial Les Couërons qui donne vue imprenable sur la mer de St Malo et de ses îles avoisinantes comme l’île de Cézembre :
« Je continue à observer l’île à la jumelle. Après l’agitation, la douceur de ses courbes, sa solitude désertée irradient une paie magnifique. Une apparence trompeuse, pourtant. Ce caillou, dont le relief était resté à jamais défiguré par les cratères qu’y avaient creusés les explosions à la libération, était une poudrière dormante avec son sol truffé d’obus... »
C'est également au cœur de cette vieille demeure familiale que Yann va découvrir les vieux journaux de raison (livres comptables qui relatent également de faits quotidien du maître de maison) de son aïeul Octave de Kerambrun, fondateur de l’auguste firme navale au début du vingtième siècle. L’image très sévère que Yann avait de son père va- t-elle survivre aux révélations qu’il va découvrir ?
Hélène Gestern nous offre ici une saga familiale d’une rare beauté où la petite histoire rejoint la grande, dans une quête effrénée de vérité historique, familiale et personnelle, sur fond de puissants paysages maritimes, à couper le souffle : « j’aime surtout le spectacle de la mer, le mouvement perpétuel qui la ramène au rivage malgré ma tentation du large, la force millénaire qui l’ancre à la terre, en dépit de ses efforts pour s’en arracher »
Un roman qui nous laisse tout à la fois rêveur et subjugué car, dans ce livre, l’empreinte de la mer se loge dans chaque page comme le reflet d’une splendeur éternellement recommencée.
Alix Lerman Enriquez
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