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Âmes volées, Stuart Neville

Ecrit par Léon-Marc Levy 13.12.13 dans La Une Livres, Critiques, Rivages/Thriller, Les Livres, Iles britanniques, Polars, Roman

Âmes volées. septembre 2013. Trad. anglais (Irlande) Fabienne Duvigneau. 410 p. 22 €

Ecrivain(s): Stuart Neville Edition: Rivages/Thriller

Âmes volées, Stuart Neville

 

Stuart Neville continue son voyage terrible dans les bas-fonds de Belfast. Troisième Opus d’une trilogie, « Âmes volées » nous conduit sur les sentes cauchemardesques du commerce de la chair. De la chair humaine, celle des jeunes femmes perdues par la pauvreté, venues de l’Est par des circuits obscurs et conduites rapidement à la prostitution par des réseaux mafieux impitoyables.

Jerry Fegan, le tueur terrible mais « attachant » des deux premiers opus est mort et c’est l’inspecteur Jack Lennon de la police de Belfast qui prend sa place de héros. Il va aller de marche en marche jusqu’au bout de l’Enfer de ces filles égarées, de ces « âmes volées ». Sur la trace d’une fille, Galya Petrova, qui va nous offrir un portrait de femme déchirant et superbe.

Neville oublie les corps – vendus – pour s’intéresser aux âmes – volées. Car derrière les corps martyrisés restent (parfois) des femmes, quand l’horreur ne les a pas éteintes.

« Mais quelques-unes étaient encore vivantes à l’intérieur. Elles l’écoutaient. L’espoir et une ferveur mêlée de crainte s’allumaient dans leurs regards quand il parlait de salut »

Un cauchemar ne suffit pas à Neville. A la chute de la prostitution il ajoute la terreur d’un serial killer qui s’acharne sur ces filles. Trop ? Peut-être se dit-on mais à bien y regarder on sait que c’est l’élément nécessaire à l’achèvement de la déchéance : après s’être fait voler leur âme, on n’a plus que leur vie à prendre encore.

Pour une fois l’Irlande et les déchirements de la Guerre Civile ne fournissent pas la matière dominante du livre. On se rappelle le somptueux et terrifiant « Les fantômes de Belfast » où les morts de la folie irlandaise étaient les vrais héros du livre. Mais qu’on ne s’y trompe pas, le fond d’écran est toujours le même, le miroir noir du cœur de chaque irlandais :

« - Ce sera une première à Belfast, fit observer Uprichard, nous n’avons jamais eu de tueur en série.

- Non. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, tous ceux qui prenaient leur pied en tuant avaient largement de quoi s’amuser. »

Lennon, comme tous les acteurs du drame de l’Irlande, est tenaillé par la culpabilité. Il fera du sauvetage de cette fille un chemin de rédemption – à quel prix ! En sauvant une âme volée il sauve la sienne. Jusqu’à en atteindre, au moins pour Galya, le statut d’ange gardien.

« Quand la femme assise près d’elle lui demanda si tout allait bien, Galya répondit oui, merci, et essuya avec sa manche les larmes qui lui coulaient sur les joues.

Tout le monde croit en Dieu au décollage d’un avion, pensa-t-elle.

Elle fit une prière pour l’âme de Jack Lennon. »

Sombre Belfast que celui de Stuart Neville.

 

Leon-Marc Levy


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A propos de l'écrivain

Stuart Neville

Ecrivain nord-Irlandais. The Ghosts of Belfast est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil