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Polars

Négropolis, Alain Agat

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 06 Mai 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La Manufacture de livres

Négropolis, Janvier 2012, 255 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Alain Agat Edition: La Manufacture de livres

Joris a rejoint la Guadeloupe de son père pour couper définitivement avec sa vie en banlieue parisienne et se ranger des voitures. Mais on ne peut pas si facilement rompre avec le milieu dans lequel on a grandi et l’on s’est forgé une réputation. Croisant le chemin de Chacal et de ses hommes qui tiennent un important réseau de trafic de drogue entre les Antilles et la métropole, et pour lesquels son frère travaille à Paris tout en les doublant, il remet le doigt dans un engrenage qui va le ramener face à la violence mais aussi face à lui-même, à ce qu’il est.

Sous le couvert du polar c’est en fait la question de l’identité qui est au centre de ce premier roman d’Alain Agat. Ainsi voit-on s’affronter deux grandes factions, antillais d’un côté, car on trouve autour de Chacal, le Dominiquais, des Guadeloupéens mais aussi des Martiniquais, « négropolitains » de l’autre, Joris naviguant dans cet entre-deux sans jamais sembler trouver sa place.

Mais, en fin de compte, qui trouve vraiment sa place là-dedans ? Chacun se renvoie ainsi dans les cordes. Les Antillais reprochent aux « négropolitains » leur vision fantasmée de la terre originelle fondée à la fois sur des marqueurs identitaires culturels (la musique, la cuisine) superficiels, et sur l’assimilation du point de vue des colons chez qui ils sont maintenant installés :

Un voyou argentin, Ernesto Mallo

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 22 Avril 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Rivages/noir

Un voyou argentin, trad. de l’espagnol (argentin) par Olivier Hamilton, Mars 2012, 239 p. 8 € . Ecrivain(s): Ernesto Mallo Edition: Rivages/noir

Deuxième volet de la série consacrée au policier Perro Lascano, Un voyou argentin fait suite à L’Aiguille dans la botte de foin, publié en France en 2009, qui s’achevait sur le meurtre putatif du héros.

L’officier de police Perro Lascano revient donc ici littéralement d’entre les morts dans une Argentine du début des années 1980, à peine sortie de la dictature, où la jeune démocratie peine encore à se frayer un chemin. C’est dans cette période trouble, dans une Buenos Aires où le passé traîne à chaque coin de rue que Lascano tente de mettre la main à la fois sur Topo Miranda, braqueur de banque, et son amour disparu, Eva, tandis qu’un jeune procureur déterminé qui compte aussi sur son aide voudrait faire tomber quelques anciens membres de la junte.

Roman choral tant du fait de l’utilisation d’un nombre assez important de protagonistes que de la variété des thèmes abordés, Un voyou argentin condense mille histoires en un peu plus de deux cents pages. Les périodes de transition démocratiques dans des pays qui s’extraient de la dictature sont en effet propices au développement de ce genres d’intrigues, mêlant les destinées personnelles parfois fulgurantes à la lente mise en place d’un processus où l’idéalisme et les grands principes côtoient désir de revanche, débrouille face à une situation économique compliquée et amnésie volontaire.

Une femme seule, Marie Vindy

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 14 Avril 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Fayard

Une femme seule. 400 p. 19 €. Fayard Noir, mars 2012 . Ecrivain(s): Marie Vindy Edition: Fayard

Marianne Gil, écrivain, vit seule dans une grande propriété en Haute-Marne. C’est là qu’un matin de janvier, Joël, le vétérinaire qui s’occupe de ses chevaux lorsqu’elle est absente, découvre le cadavre d’une jeune fille.

Chargé de l’enquête, le capitaine de gendarmerie Francis Humbert, va devoir se pencher sur les zones d’ombre du passé de Marianne, cette femme seule, à la beauté troublante, qui semble expier dans l’isolement, l’écriture et l’alcool, un secret bien difficile à porter.


Pas de suspense haletant ni de scènes d’actions fracassantes dans ce roman. Juste une enquête sur un fait divers glauque menée avec minutie, une rencontre entre deux êtres esseulés et le fardeau des convenances qui voudrait écraser ceux qui ne veulent pas s’y plier. Car, plus que la recherche d’un coupable – que l’on suit par ailleurs avec intérêt même si nos soupçons ne peuvent que se tourner assez vite vers l’un des protagonistes – ce qui compte dans ce livre de Marie Vindy, c’est la mise en place d’une atmosphère pesante, dans un lieu qui nous apparaît gris et froid et singulièrement dénué de chaleur humaine.

Peur Express, Jo Witek

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 11 Mars 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Actes Sud Junior

Peur Express. Février 2012. 323 p. 14,50 € . Ecrivain(s): Jo Witek Edition: Actes Sud Junior

Un bon thriller, c’est déjà quelque chose, ça vous cloue, ça vous colle la frousse, ça vous donne des sueurs froides et vous dévorez les pages comme un addict s’envoie sa dose. Mais un bon thriller qui se termine et se métamorphose en autre chose, c’est inédit, ça vous secoue les méninges après avoir joué avec vos sensations primitives, ça vous emporte au-delà de vos attentes.

Peur Express joue au lecteur ce sacré bon tour et on en redemande. Le thriller pour commencer : un roman choral dans un train où se font entendre successivement une conductrice de TGV, un contrôleur et six passagers adolescents qui ne se connaissent pas. Le pénible voyage ferroviaire une veille de Noel tourne au cauchemar lorsque le train se trouve bloqué sur un pont. Dans la première rame privée d’eau, de chauffage et de lumière, on risque l’émeute. Mais cela n’est rien en comparaison des phénomènes qui s’abattent sur nos protagonistes : un concentré de paranormal à glacer le sang. Fantôme d’un bourreau cru disparu, hallucinations faisant surgir un visage d’outre-tombe, un serial-killer ou un vampire séducteur se livrant à des rites sataniques, résurgence d’un ancien nazi toujours en quête d’une victime juive…

« C’était fou ce qui s’était passé cette nuit et les voyageurs de la rame 2 avaient bien du mal à croire à toutes ces histoires de la rame 1. Pourtant, certains d’entre eux durent admettre que quelque chose ne tournait pas rond quand ils entendirent une femme hurler. »

Le poids des mensonges, Patricia McDonald

Ecrit par Valérie Debieux , le Dimanche, 04 Mars 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Albin Michel

Le poids des mensonges. Mars 2012. Trad anglais (USA) par Nicole Hibert. 336 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Patricia McDonald Edition: Albin Michel

Hartwell, petite ville située dans le Sud du New Jersey. Années 2010. Le prologue : deux orphelins, un frère et une sœur. Le premier, James, seize ans. Exclu de lycée, accro aux médicaments délivrés sur ordonnance, condamné à suivre une thérapie sur ordre du juge aux affaires familiales, sous le coup d’un retrait du permis de conduire. La seconde, Caitlin, vingt-huit ans. Son métier, « directrice du service de recrutement des étudiants issus de minorités », elle s’attache à «repérer des jeunes sans moyens financiers et les encourager à réaliser leur rêve : étudier à Brunswick University. Tutrice de son cadet depuis la mort récente de leurs parents, elle a reçu, en héritage, leur cottage et leurs soucis. « Si seulement James remontait la pente, elle n’aurait peut-être pas l’impression de mener un combat perdu d’avance. Malheureusement, la plupart du temps, il était déprimé et ne lui adressait pas la parole. Elle vivait avec un fantôme qui hantait silencieusement la maison, errant de pièce en pièce ».


Un soir, à son retour chez elle, Caitlin découvre, avec surprise, le véhicule de son père à l’extérieur du garage. L’angoisse. Son frère est au salon, dans l’obscurité. Bref interrogatoire. « Je l’ai juste… déplacé ». Et pourtant.